Mon 23 octobre à Budapest

Par Vincent Baumgartner

23 octobre, jour de fête nationale en Hongrie. En théorie cette journée devrait servir à commémorer la révolution de 1956 dans l’unité, mais cela fait longtemps que les partis politiques hongrois sautent sur cette occasion pour servir leur petite propagande et cracher sur leurs adversaires.

Ce 23 octobre 2012, c’est surtout le manque d’originalité des politiciens qui frappe. Le riche ex-socialiste Ferenc Gyurcsány a surtout critiqué Viktor Orbán durant son discours, il a également fait quelques propositions d’une rare originalité : remettre de l’ordre dans l’économie, rétablir la démocratie, se tourner vers l’Ouest, etc. La seule chose vraiment digne d’intérêt qu’ai dit l’ex-premier ministre, c’est qu’il est prêt à soutenir Gordon Bajnai dans la lutte contre l’affreux Viktor Orbán. Gyurcsány semble prêt à tout pour rester dans la politique, ce qui est compréhensible au vu de l’âge moyen des personnes présentes pour l’écouter (il est possible que tout son électorat ait disparu d’ici 2018).

Orbán n’a pas été beaucoup plus original que Gyurcsány : tout  comme l’ex-socialiste, Viktor a tapé sur ses boucs-émissaires préférés : le FMI et l’Union Européenne, ainsi que tous les méchants étrangers qui veulent la perte de la Hongrie. La Békemenet, organisée pour la troisième fois en soutient à Orbán n’a pas été particulièrement intéressante, le seul commentaire que la presse en fait est que : „ils étaient vraiment beaucoup”.

La manifestation organisée par Milla a également rassemblé pas mal de monde. Beaucoup de personnes se sont exprimées, mais ici aussi l’originalité manquait et les orateurs étaient plutôt mauvais. En fin d’après-midi, ce fut au tour de Gordon Bajnai de s’exprimer, le discours du politicien à la bouille sympathique était très attendu. Celui qui avait succédé à Gyurcsány de 2009 à 2010 a annoncé la création du mouvement „ensemble pour 2014” avec Milla et Szolidaritás. La présence de Bajnai n’a pas fait venir plus de monde que dans d’autres manifestations du même type, l’opposition reste apparemment incapable de faire bouger les masses et même si les chefs de file semblent croire à leurs chances de faire tomber Orbán les jeunes militants sont, eux, beaucoup plus pessimistes et nombreux sont ceux qui pensent que la Fidesz vaincra à nouveau en 2014.

Le défilé de Jobbik

Le Jobbik a également organisé une manifestation sur la place Deák. Le nombre de militants était nettement plus petit que le 15 mars, selon nos estimations 1500-2000 mais selon le journal (de gauche) 168óra, seulement 200-300 personnes étaient présentes…

Vers 18 heures les militants d’extrême-droite ont allumé des flambeaux et se sont dirigés vers Astoria puis vers le bâtiment de la radio hongroise. Le cortège, très impressionnant d’ailleurs, rassemblait des gens venus de tous les horizons : des personnes âgées dans leurs plus beaux habits, des skinheads, des familles avec des petits enfants, ainsi que plusieurs militants complètement ivres et des jeunes avec un look qui les feraient passer pour des militants gauchistes en France. Beaucoup de slogans ont été scandés, les plus populaires étaient „Orbán casse-toi!”,„ria-ria-Hungaria!” et lorsque le défilé est passé devant la grande synagogue : „sales Juifs!” et „retournez en Israël!”.

Il n’y a pas eu de réels débordements : une femme d’un certain âge a bien tenté de cracher sur la porte d’un centre culturel juif mais elle n’a réussi qu’à se salir elle-même, au grand plaisir de quelques jeunes qui ne faisaient visiblement pas parti des militants du Jobbik. Finalement, la foule s’est rassemblée devant le bâtiment de la radio et plusieurs politiciens ont tenu des discours en mémoire de la révolution de 1956. Les militants galvanisés ont scandé des „révolutions!” et „aux armes!”. Environ cinquante militants ont décidé d’aller devant le parlement mais ils n’y sont probablement jamais arrivé car ils ont pris le sens opposé, parmi eux une dame a dit à son fils « viens, nous allons faire la révolution« , son fils lui a répondu : « Je vais plutôt aller au concert de Kárpátia » (un groupe de métal nationaliste)… Finalement, ces valeureux révolutionnaires sont partis vider des pintes de bière dans les tavernes les plus proches. C’est sûr, les combattants de 1956 seraient fiers d’eux…

Photos et vidéo : Vincent Baumgartner

13 Commentaire

  1. :-)

    le statut facebook d’un ami le 22 au soir:
    « What’s funny about strikes in Hungary, is that people are so well-behaved that they always wait for the next National holiday to express their anger/hatred/political incompetence. In other words, many people sacrifice their bank holiday weekends to mark the anniversary of a failed revolution with a failed strike. What a waste of beautiful weather… »

    quoi c’était téléphoné un tel 23 octobre?… ça fait plusieurs années déjà qu’il se passe la même chose cad rien.

  2. Pierre Waline a dit :

    Excellent ! En plus, j’aime beaucoup le style de Vincent.
    (Sauf que j’ai plutoit aimé le style de Bajnai, le seul apparemment « normalement constitué » dans le lot.)
    Et puis, on a beau faire, il n’en empeche que 4 millions de Hongrois sont bien décidés a rester chez eux le jour des élections. Et connaissant mes Hongrois, ils seront bien difficiles a bouger…

  3. Je pense que c’est bizarre qu’il n’y a des photos QUE sur la manifestation de Jobbik. D’ailleurs, avec ma famille, nous étions dans le cimetiere au les exécutés politiques sont enterrés, nous avons allumé une bougie pour les martyrs etc. Nous n’étions pas les seuls. En plus, il y avait d’autres commémorations non-politiques dans la capitale et partout en province aussi. C’est une fete vraiment importante, et c’est naturel, que ce ne sont pas les partis politiques qui la commémorent avec la plus d’authenticité, je pense que ca se passe a peut-peut pres de la meme facon partout.

  4. Sans parler du fait que tous les musées pouvaient etre gratuitement visités, donc ceux qui voulaient connatre l’histoire exacte de ces jours héroiques, ont eu la possibilité.

  5. Pierre Waline a dit :

    … Ceci dit, je suis tout-a-fait d’accord pour déplorer que le souvenir des combattants de 56 passe en second plan ou, pire, soit exploité a des fins politiques en cette date aniveraire. Mais il en est ainsi depuis des années. Et Orban n »est pas innoncent (voire hypocite) dans ce petit jeu, du moins est-ce mon avis.

    Ce qui me remet un peu de baume au coeur est de voir qu’ailleurs, le souvenir est respecté, comme par ex. a Paris ou une gerbe est déposée chque année sous l’Arc de Triomphe.

  6. @ lesdeux -

    Il n’y a que des photos du Jobbik pour plusieurs raisons:

    1) Mon article est surtout centré sur cette manifestations
    2) Ce sont mes photos, pour Bajnai j’étais à 300 mètres du coup les photos ne sont pas terribles!
    3) On peut penser ce qu’on veut du Jobbik mais ces manifestations aux flambeaux sont très belles d’un point de vu esthétique, c’est pourquoi j’ai beaucoup photographié.

    Cette année j’ai fais le choix de suivre les manifestations politiques mais il m’est également arrivé de commémorer entre amis ou en famille.

    Donc, rien de bizarre à ce qu’il n’y ait que des photos du Jobbik, qui sais, l’année prochaine peut-être qu’il n’y aura que des photos d’Orbán ou des militants du LMP.

  7. AUSPITZ Georges a dit :

    « 3) On peut penser ce qu’on veut du Jobbik mais ces manifestations aux flambeaux sont très belles d’un point de vu esthétique, c’est pourquoi j’ai beaucoup photographié. »

    quand on est français, parler avec cette légèreté du nazisme, n’est pas acceptable; nous avons été envahi par eux, et avons résisté pour que disparaisse cette idéologie raciste;
    donc on ne peut pas en penser ce que l’on veut; cette esthétique est comparable à celle de l’hitlérisme;
    elle devrait effrayer plutôt que de provoquer de l’admiration;
    ce sont ds sujets avec lesquels il est interdit d’être naïf; il faut faire très attention;

  8. « donc on ne peut pas en penser ce que l’on veut » ah elle vaut de l’or celle la…
    Si, on en pense ce qu’on veut. Rien à faire de votre police de la pensée, mettez la vous la ou je pense. Ca vous paraitra peut être incroyable, mais il y a des gens qui ne regardent pas le réel avec les lunettes filtrantes du politiquement correct.
    C’est vraiment marrant, tous ces républicains, ces démocrates qui s’évertuent à vous dire ce que vous devez penser du réel.

  9. AUSPITZ Georges a dit :

    je maintiens et je redis:
    6 millions d’innocents morts du fait de leur origine, victimes du racisme, le même que l’on voit réhabilité aujourd’hui; ces morts pèsent sur nos consciences, et nous empêchent de penser ce que l’on voudra;
    aucune excuse;

  10. Après la Gestapo et Auschwitz, nous avons le cruel déplaisir de subir les oukases visuels de la Gauchapo du sieur Auspitz. (bon ok elle était facile mais vous tendez la perche …). Et puis c’est sûr que quiconque défilant aux flambeaux est un nazi, la dernière fois, mes plombs ayant sauté, j’ai craqué une allumette, nulle doute qu’en avançant ainsi dans mon appartement j’ai donné l’impression aux voisins de simuler un remake des défilés de Nuremberg … Non mais qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre …

  11. Chers amis, il y a bien de lieux qui sont déstinés aux commémoration des victimes de l’holocauste des juifs. Ici, c’est un article qui évoque la festivité de commémoration des victimes de l’holocauste commis par le communisme. Ne mélangeons pas les 2 s.v.p. D’autant plus que parmi les bourraux communistes un grand nombre étaient juifs: péter gábor (eisenberger benjámim), rákosi mátyás (rosenfeld mátyás), münnich ferenc… Sur leur conscience pése le sang de beaucoup – beaucoup de Hongrois!

  12. Quand est-ce qu’on va faire le procès des victimes du communisme ?
    Toutes les vies humaines ont la même valeur, race et religion confondues. Ou je me trompe peut être ? Si je me trompe, dites le moi !
    Le communisme depuis 1917 jusqu’aux nos jours a massacré dans le monde plus de 180 millions de personnes. L’URSSS, Chine, Cambodge, Vietnam, Les Pays de l’Est de l’Europe, Corée du Nord etc.
    Ce n’est pas du nazisme ? En plus, ils ont commis ces meurtres sans être en guerre. Il y a une grande silence qui recouvre tous ces crimes. Les médias aussi sont très réservées quand on évoque le malheur des familles de tous ces victimes, comme si idéologiquement ce serait justifiable. J’ai l’impression que les valeurs humanistes sont exclusivement réservées à certaine catégorie d’individu, tendit que les autres sont condamnables. On confonde la sélection naturelle avec la sélection de statut d’homme. Ce n’est pas nous les racistes, c’est eux les nègres, alors on les ignore. S’ils crèvent, c’est bien fait pour leur gueule. Ils n’avez qu’à naître comme il faut et avoir la bonne religion, ou de ne pas avoir du tout. De toute façon, Dieu reconnaîtra les siens, qu’ils soient athées ou non. Cependant nous faisons tranquillement nos sélections selon nos humeurs du moment et notre appréciation prématurée à l’égard de la valeur de le vie de certaines parmi nos semblables. Il est des bourreaux qu’on aime bien, pendant que d’autres sont mis sur le banc des accusés. On s’en moque de la réalité des actes, ce qui compte c’est d’être parmi les gagnants. C’est comme ça qu’on refait l’histoire et endoctrine le monde. La Vérité, rien que la Vérité ! Quel beau rêve. N’est ce pas ? Ce n’est pas étonnant que Prométhée avait subi le pire supplice. Ça continu. C’est ainsi que nous sommes devenus la race élue. Nous sommes tous égaux disent les démocrates, mais il y a toujours plus égaux que les autres. Tout dépend de la faculté avec laquelle on parvient à prouver l’exactitude de ce qu’on veut obtenir comme résultat. C’est ça la politique. A nous de les démasquer, ou les ignorer, mais surtout pas se laisser manipuler.

  13. Je suis tout á fait d’accord avec vous, Louis. Et ce qui est bien pire encore qu’on tolére aujourd’hui des partis politiques qui se réclament du communisme! Le mszp (parti socialiste hongrois) est l’héritier du parti communiste de la dictature! Et parmi leurs dirigeants, comme horn gyula des années ’90, il y a des criminels (« gyula tirait comme un fous » – disait on de lui en ’56!). Et il est devenu premier ministre. De plus, les usa ont refusé de reconnaitre le gvt révolutionnaire de ’56, de qui on attendait l’intervention. Maintenant encore, une association de h. clinton et de georges soros aux usa oeuvre pour nous imposer un ex-premier minisitre de l’idéologie communiste, connu pour ces actes d’avoir ruiné la vie de nombreuses familles dans l’est de la Hongrie. Effectivement, un vrai enterrement de la dictature communiste devrait déjá venir!

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