Viktor Orban joue « la force tranquille »

Vendredi dernier lors d’un de ses habituels discours sur « l’état de la Nation », Viktor Orbán, leader conservateur de la FIDESz, a donné l’impression que son retour au pouvoir n’était plus qu’une simple formalité. Grâce à la situation dans laquelle se trouve son principal adversaire, le MSzP, c’est en en faisant le minimum qu’il gagne un maximum.  Face aux attaques timides d’Attila Mesterhazy, il lui restait le choix, à sa droite, de domestiquer ou de mépriser Jobbik. Il a finalement choisi de répondre sereinement aux critiques à la télévision lundi. Désormais, avec les sondages actuels à l’appui, il prétend jouer seul pour une victoire écrasante au Parlement, qui lui donnera peut-être les pleins pouvoirs.

Comme le montre la photo redimensionnée de la version en ligne de Népszabadsag, le journal démocrate libéral n’a pas manqué de faire apparaître le tribun tant attendu au gouvernement en petit tyran capricieux. Cela rappellerait presque quelqu’un… quoique. Ce que les autres candidats reprochent à Orban, c’est justement qu’il n’a pas besoin « d’en raconter » pour être élu. Personnellement, il n’avait rien proposé de concret depuis des semaines, mais il n’a encore fait aucune grande promesse illusoire, telle qu’incarner le retour du pouvoir d’achat, du plein emploi, de la propriété pour tous… entre autres.

« Parler pour ne rien dire »… mais au bon moment

Orban a été cruellement prévisible lors de son discours d’une heure à Millenaris vendredi dernier. Il a déclaré qu’il était « prêt à assumer personnellement la responsabilité de gouverner la Hongrie« , et que son parti est « prêt pour former un gouvernement fort, responsable et laborieux« . Les poncifs d’actualité tels que le « changement » et « une honnêteté nouvelle dans la vie publique et privée » ont bien sûr été martelés. Toujours aucune trace du moindre programme donc, ni du moindre détail concret de ce que « sera » sa politique gouvernementale.

« Cela fait 20 ans qu’un tel besoin profond de changement a été ressenti pour la dernière fois » a déclaré Viktor Orban, faisant référence à la fin du régime communiste, période à laquelle il s’était fait connaître par un discours exigeant le retrait total de l’armée soviétique du sol hongrois. « A l’époque, nous étions fiers. Aujourd’hui, nous sommes considérés comme faibles, et c’est la faiblesse du gouvernement actuel qui en est responsable » a t-il ajouté.

Les « doléances » du candidat Mesterházy

En face, le candidat du Parti socialiste (MSzP) au poste de Premier ministre, fait figure de sacrifice humain. Attila Mesterházy n’a pour seule stratégie de campagne que le bilan – pas si mauvais – de Bajnai, malgré les scandales qui s’accumulent dans le secteur public. Sur le plan de la communication, il souffre d’un gros manque de notoriété, de charisme et d’assurance. Ainsi, il a passé toute la semaine dernière à demander à Viktor Orban de s’exprimer sur son programme et sur ses intentions politiques concrètes.

Dernier « fait d’arme » en date, une vidéo d’une minute postée sur YouTube, mercredi dernier, dans laquelle il invite Orbán à confirmer si la Fidesz laissera le déficit budgétaire s’agrandir jusqu’à 7 % du PIB, tel qu’elle l’a déja laissé entendre. Il questionne aussi Orbán sur la centralisation des médias d’Etat que la FIDESz a également envisagée. Aussi, et la réponse d’Orban devrait être dans le résultat final de l’élection, Mesterhazy veut savoir si la FIDESz réécrira la Constitution, dans le cas où elle l’emporte avec plus des deux tiers des voix. Il a enfin souhaité connaître la position d’Orban sur les extrémistes en Hongrie et sur le parti nationaliste Jobbik, sachant qu’il est fort probable que ce dernier fasse sa première entrée au Parlement avec un résultat de 10 à 15%.

Les adversaires se débattent, Orban réserve ses surprises…

A la suite de l’intervention d’Orban à Millenaris, Jobbik a déclaré qu’il avait entendu « un enlisement, un discours de campagne idéologique qui n’avait rien de concret. Cela pose la question, deux mois avant l’élection, de ce que sera la politique de la FIDESz ». Question concret, « l’autre parti de droite » dont l’extrémisme n’a d’égal que le populisme, a défini des points clés dans son programme électoral: «Oserait-il (Orban) dire la vérité sur le grand capital multinational, l’Union européenne, le Fonds monétaire international, l’expansionnisme israélien, ou la criminalité tzigane? »

Mesterházy, a, quant à lui, fustigé le discours d’Orban, dépourvu de substance ou de tout autre élément politique réel à son goût. «C’était comme si Viktor Orbán avait peur d’être retiré de la liste électorale de son parti s’il rentrait un tant soit peu dans les détails de son programme » a déclaré Mesterházy. Une réaction candide de la part de l’agneau du MSzP. En ayant pour seule tactique de faire parler Orban sur ce qu’il ferait une fois au pouvoir, Mesterhazy hésiterait presque à employer le futur au lieu du conditionnel. Une chose est très probable: un Orban silencieux et sûr de gagner dans cette conjoncture-là réserve plus de mauvaises surprises que de miracles une fois élu.

…et méprise Jobbik à la télé

Lors d’un entretien télévisé lundi, Viktor Orban a finalement répondu à sa manière à Attila Mesterhazy. Il s’est tout d’abord prononcé sur le cas du Jobbik dans le cadre gouvernemental et parlementaire. Il a exprimé un mépris de façade à l’égard du parti d’extrême droite et a déclaré qu’un vote Jobbik était « une voix gaspillée ». Il a aussi été négatif sur la question d’une possible alliance de la FIDESz avec le Jobbik après les élections en cas de victoire, même dans le cas où une telle association l’aiderait à faire adopter une loi exigeant une majorité des deux tiers au Parlement.

Aux critiques selon lesquelles le parti ne dispose pas d’un programme, il a répondu que la Fidesz avait déjà publié un manifeste… en 2007!  Il a aussi rappelé que son discours du Millenaris comportait des propositions de politiques spécifiques telles que la création d’un million d’emplois… sur dix ans! En effet, Viktor Orban voit très loin… en direction du passé ou vers le futur. Sans forcément proposer quoi que ce soit d’autre, il a réaffirmé la position de son parti sur le fait que le budget 2010 était un pur produit de fiction du gouvernement actuel. Il s’est toutefois félicité de la décision du gouvernement socialiste de mettre en place un fonds destiné à payer les éventuelles amendes encourues par les Hongrois de Slovaquie pour l’utilisation de leur langue maternelle.

Question Défense, il a suggéré une renégociation avec l’OTAN sur la recherche d’un nouvel emplacement pour le radar que l’organisation avait récemment tenté d’installer à Pécs, au mépris de l’opposition locale au projet. Orban a ainsi donné raison au maire de Pécs, Zsolt Pava, en disant que l’installation d’un radar ne doit importuner personne.

Enfin, il a « calmé le jeu » en ce qui concerne la réforme des médias de service public, en pensant que dans le court terme, du moins, une telle démarche serait inutile. Il a ajouté, toutefois, qu’il serait souhaitable qu’un partenariat soit créé entre les grandes figures des médias de service public et le gouvernement pour entrevoir la moindre modification.

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