Vers une criminalisation du négationnisme?

Samedi dernier plusieurs centaines de manifestants d’extrême droite, subtil melting-pot composé de la Magyar Garda, du Jobbik et de néo-nazis, manifestaient dans les rues de Budapest pour exprimer ouvertement leur négationnisme et critiquer l’hégémonie sioniste.

Lundi, le Ministre de l’Education István Hiller a demandé aux parlementaires de créer une loi visant à criminaliser le négationnisme, tout en soulignant que c’est déjà le cas dans plusieurs pays européens. Si le texte passe, ces manifestations seraient alors illégales.

Le Fidesz a demandé la création d’une enquête parlementaire visant à savoir pourquoi les forces de l’ordre ont encadré la manifestation plutôt que de l’avoir dispersée. Le chef de la police hongroise a demandé un rapport sur l’incident aux forces de l’ordre de la capitale.

Chose plus ou moins étonnante lorsque l’on sait que le parti conservateur a souvent tissé des liens idéologiques avec l’extrême droite (MIEP et Jobbik), notamment en n’hésitant pas à faire des amalgames entre communistes (aujourd’hui « socialistes », MSzP) et « juifs », tout en jouant avec certains symboles (la grande Hongrie). De nombreux juifs étant, après la deuxième guerre mondiale, devenus dignitaires communistes, le ressentiment à l’égard des juifs après la chute du régime a augmenté, à travers ces amalgames avec les communistes qui à l’époque n’étaient pas à leur plus grande côte de popularité. Et le travail du Fidesz, historiquement opposé au MSzP, les traitant de communistes a attisé ce feu d’antisémitisme entretenu par l’extrême droite.

Cet antisémitisme de l’extrême droite hongroise est donc un mélange de conservatisme social et religieux (le MIEP représente ce courant d’extrême droite religieuse), de nationalisme, d’anticommunisme, mais également d’antisionisme, même si leurs préoccupations sont beaucoup plus nationales qu’internationales. En ce sens, l’antisémitisme visant les « juifs » hongrois se transforme en antisémitisme plus global (avec par exemple ces manifestations pronant le négationnisme) et un racisme envers certaines communautés, notamment tziganes, comme en témoigne la série de meurtres de ces derniers mois.

Notons que le Fidesz a tout de même essayé de se démarquer politiquement et publiquement des mouvements d’extrême droite, même si cela ne s’est pas toujours traduit socialement. Que le Fidesz demande à la police de faire une enquête, cela semble toutefois être quelque chose de positif et d’important. Car le laissez-faire accordé à la police n’est pas étranger à certains choix ou absence de choix politiques. Néanmoins, nous sommes en droit de nous demander pourquoi. Il semble très douteux que le Fidesz s’oppose à ce projet de loi criminalisant le négationnisme, malgré leur opposition à la coalition au pouvoir SzDSz-MSzP.

Ce projet de loi touche donc quelque chose de plus vaste qu’une « simple » criminalisation du négationnisme : un coup majeur de l’échiquier politique est joué, forçant le Fidesz à retrouver une position et atténuant les forces de l’extrême droite qui devenaient de plus en plus puissantes. Malgré le faible nombre de partisans d’extrême droite sur le plan numérique, l’augmentation des coups médiatiques (création de la Garde Hongroise – Magyar Garda – se réclamant des croix-fléchées, nombreuses manifestations et installation de stands sur certaines places de Budapest), l’avait renforcée.

Il est difficile de dire quelles seront les conséquences de cette loi dont le texte n’est pas encore établi. Un affaiblissement, sans doute, du Jobbik et du MIEP, qui ne pourront plus faire valoir certaines de leurs revendications, ni inviter des personnes comme David Irving, célèbre négationniste britannique interdit de séjour dans de nombreux pays. Il parait également évident qu’ils auront certaines réponses à offrir et que les revendications scandées lors de leurs rassemblements futurs ne seront peut être pas ouvertement négationnistes mais existeront bel et bien. Peut-on imaginer que la gauche, en voulant bloquer l’extrême droite, va venir en aide au Fidesz en leur permettant de reprendre une place à la fois plus libérale et plus nationaliste ?

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