Conjoncture difficile pour l’économie hongroise

La Hongrie est toujours sous le coup de son exploit économique en fin d’année dernière, celui d’avoir atteint l’objectif de déficit budgétaire de 3,9% du PIB. Cependant, le changement annoncé de gouvernement dans 3 mois laisse les investisseurs encore frileux. Le parti au pouvoir n’a théoriquement pas de raisons de se priver dans ses dépenses de campagne d’une part, et la rhétorique de l’opposition n’augure rien de bon pour la dette publique et les finances budgétaires pour le moment.

Toutefois, la FIDESz n’a pas encore publié son programme, prévu pour mars, et les conditions de prêt du FMI laissent peu de place aux dépenses publiques excessives. Loin de présager un équilibre, l’opposition actuelle des forces en présence sur le budget hongrois promet un certain flou artistique dans la gestion des finances en 2010, avec Viktor Orban de nouveau aux commandes.

Un budget tiraillé de tous côtés en période pré électorale

Chaque année d’élections législatives en Hongrie, certainement comme ailleurs lorsque le gouvernement est en mauvaise posture, les dépenses publiques montent en flèche. Gyurcsanyi l’a bien démontré en 2006, malgré son impopularité record, les dépenses publiques ont convaincu les électeurs de voter pour son équipe. Ceux-ci sont d’ailleurs assez matérialistes dans leurs choix politiques. Comme dirait l’autre, ils ne retiennent pas vraiment la leçon de leur dernière visite au kocsma, et retournent consommer pour arranger leur gueule de bois. Le phénomène est d’ailleurs rarement inversé au moment de l’après élection, comme on peut le prévoir cette année, lorsque la FIDESz devra satisfaire ses électeurs en allégeant la fiscalité. L’objectif fixé par le Premier ministre Bajnai du déficit hongrois à 3,8% fin 2010 sera donc très difficile à atteindre.

Cependant, ni ce dernier, qui oeuvre sans étiquette partisane, ni le ministre des finances Péter Oszko, n’ont intérêt à déserrer la discipline fiscale qu’ils ont instaurée, accompagnés par Washington. Les deux hommes jouent d’ailleurs leur crédibilité et leur avenir dans le monde politique et économique jusqu’au bout de leur mission. Mais la prudence budgétaire en cette période a peu de chances de se traduire en popularité politique, et les députés socialistes qui briguent un nouveau mandat aimeraient bien avoir un peu d’argent à distribuer en ce moment.

La semaine dernière, lors d’une conférence de presse  sur l’évolution du budget, la question des indemnités qui seront finalement allouées aux fonctionnaires pour compenser la récente suppression de leur 13ème mois (un pactole de 10 milliards HUF, soit 37,5 millions d’euros) n’a provoqué aucun commentaire chez Péter Oszko, qui affirme ne pas être à l’origine de la décision. La pression politique paraît évidente, et la menace de l’excédent de dépenses pré-électorales est si forte que même Népszabadság a prévenu dans une de ses récentes Unes: «La flambée des dépenses de l’Etat. » L’article prévoyait qu’en 2010, 75% de l’objectif de déficit sera dépensé d’ici fin mars. En 2009 avant de simples élections européennes, le taux était de 62%.

La FIDESz reste imprévisible sur le sujet

La victoire annoncée de l’opposition donne peu de raisons d’espérer. La Fidesz, donnée gagnante dans tous les sondages n’a donné que peu de détails sur ses plans en matière de politique économique. L’été dernier, son président Viktor Orbán promettait des réductions d’impôt tous azimuts. Souhaitant que l’allégement fiscal prime sur le contrôle du déficit budgétaire, il a ajouté que le caractère électoral de l’année 2010 devrait inciter le FMI à renégocier les conditions de son prêt, pour permettre un déficit allant de 6 a 7% du PIB. Après le revers de main qu’il a essuyé de la part du FMI, la FIDESz a dû revoir sa marge de manoeuvre avec le bailleur de fonds.

Le gouvernement FIDESz sera donc obligé de prendre des mesures allant à l’encontre de ses promesses électorales. Dès lors, les cadres du parti concentrent logiquement leur communication sur ce que les socialistes vont leur laissé en héritage, soit un pillage de fonds publics qui pourrait pousser le déficit à 8% du PIB à la fin de l’année. Cette anticipation a deux objectifs clairs pour le futur gouvernement: attaquer la crédibilité des socialistes d’avance et préparer ses électeurs à un revirement impopulaire inévitable une fois au pouvoir.

Sans renégocier avec le FMI, les nouveaux leaders n’auront pas d’autre choix que de suivre le plan de rigueur. Si la FIDESz confirme, cela ne fait aucun doute que les socialistes seront accusés de tous les maux de la Nation. Sans compter que Bajnai a encore un tour dans son sac. S’il parvient à intégrer la Hongrie dans le Mécanisme de taux de Change Européen (MCE II), sorte de salle d’attente pour adopter l’Euro, les mains du futur gouvernement seront bien plus liées en matière budgétaire. Cette dernière prouesse économique du Premier ministre intérimaire semble cependant très improbable.

La question de l’adoption de l’Euro

Côté FIDESz, on fait de la perspective de l’adoption de l’euro une priorité, mais n’ayant pas encore proposé de plan concret, la réalisation rapide de ce scénario est très peu probable, compte tenu du déficit, qui conditionne une gestion budgétaire compliquée et forcément cavalière.

Une chose est sûre, la Hongrie est sous le coup d’une procédure de déficit excessif (PDE) depuis 2004 avec l’échéance d’une réduction du déficit sous les 3% du PIB en 2011. Selon certains experts, dans le meilleur des cas, si l’allégeance au FMI se poursuit sans encombres par une stabilité budgétaire sans failles, ce ne serait qu’au sortir de sa PDE que la Hongrie pourra espérer intégrer le MCE II, c’est à dire en 2012/2013. Les premiers euros hongrois circuleraient alors en 2014/2015.

Ce qu’en dit Bajnai…

Le Premier ministre Gordon Bajnai considère que l’économie hongroise pourrait amorcer sa reprise en 2011. Il a déclaré à l’hebdomadaire Heti Válasz publié jeudi dernier qu’il avait ouvert la voie de la croissance et de l’emploi aux prochains gouvernements. « J’ai entrepris la mission remettre la Hongrie à flots. Cette mission a été effectuée. En outre, certaines réformes que nous avons entamé vont être confrontées à une forte résistance, en particulier sur le système de retraite, les prestations sociales et la fiscalité« .

Bajnai regrette que la politique divise la société hongroise. et que cette division s’infiltre dans tous les domaines de la vie civile. « Cette mentalité tribale empêche le développement du pays à une époque où les Hongrois doivent trouver des compromis. au moins sur certaines questions clés » a t-il déclaré.

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