Un procès politique qui renforcerait Gyurcsány ?

Après avoir vu son immunité parlementaire levée fin septembre, l’ancien Premier ministre hongrois Ferenc Gyurcsány a été inculpé pour abus de pouvoir dans “l’affaire du casino de Sukoró”.  De nombreux détails de la procédure ont néanmoins pu faire penser qu’il s’agirait d’un faux procès, dont le but ultime serait d’obtenir l’inéligibilité de Ferenc Gyurcsány. A force, cet acharnement judiciaire dans un climat social défavorable pour Viktor Orbán pourrait bien avoir un effet contre productif et renforcer la popularité de son ennemi juré au sein de l’opposition.

L’audition de Ferenc Gyurcsány à Budapest dans le bureau du procureur, lundi dernier, a duré 45 minutes. L’intéressé n’a répondu à aucune question et n’a fait aucun aveu. Libre à sa sortie du bureau, l’ancien Premier ministre a déclaré avoir rejeté toutes les accusations portées contre lui. Pourtant, le procureur n’a pas reçu la plainte de Gyurcsány déposée contre les accusations et un procès au tribunal aura donc lieu prochainement. Lors de son discours, Gyurcsány a assuré à ses nombreux supporters présents qu’il allait se battre, en prenant soin d’accuser à son tour le procureur de partialité dans cette affaire qui n’a, selon lui, que des motivations politiques.

Le projet du casino de Sukoró remonte à 2008 et n’a jamais vu le jour. Depuis 2009, l’ex-chef du gouvernement est soupçonné d’avoir truqué l’appel d’offres au profit d’investisseurs étrangers.  Lundi dernier, le procureur Imre Keresztes, qui est également un proche du Premier ministre Viktor Orbán, a accusé Gyurcsány et sept autres personnes d’avoir risqué de faire perdre 1,3 milliards de forints (moins de 5 millions d’euros) à l’Etat hongrois, en faisant de ce projet une priorité gouvernementale.  Pour les défenseurs du projet, il s’agissait surtout de faire du casino une attraction touristique autour de laquelle environ 3000 emplois auraient été créés.

Un procès politique aux allures antisémites ?

Au-delà de l’acharnement, ce qui rend le comportement du procureur suspect, c’est que le Parquet n’aurait pas encore apporté un seul élément pour appuyer ce qu’il avance. Pire, il aurait même tenté de fabriquer des preuves de toutes pièces, en extorquant de faux aveux à des témoins.

Ainsi, dans Libération la semaine dernière, on pouvait lire le témoignage de l’un des principaux suspects de cette affaire, Zsolt Csaszy, ancien directeur marketing du Bureau National de Gestion des biens publics (MNV) et conseiller juridique du directeur de MNV Miklos Tatrai pour le projet du casino de Sukoro. M. Csaszy a passé trois mois en détention à l’automne 2010 dans le cadre de la procédure. Il était accusé de représenter les intérêts de l’homme d’affaires américain de confession juive Ronald Lauer, en ayant sous-évalué à 734 millions de forints l’investissement public dans le projet de casino et en ayant surévalué en échange les terrains reçus par les investisseurs à 593 millions de forints. Il a aussi confié à Libération qu’il aurait subi des intimidations en prison, avant de conclure : « toute cette affaire a une forte connotation antisémite« .

Gyurcsány vs Orbán : la personnalisation de la politique hongroise

L’aspect politique du procès s’inscrit dans une « chasse aux sorcières » lancée depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs de la Fidesz au printemps 2010. En Hongrie, tout le monde sait à quel point Viktor Orbán déteste Ferenc Gyurcsány, qui l’a battu à deux reprises avec le MSzP aux élections legislatives de 2002 et de 2006. Il apparaît de plus en plus clair que la prétendue lutte du gouvernement Fidesz contre la corruption tourne aujourd’hui au règlement de compte entre les deux personnalités qui incarnent le clivage politique hongrois depuis les années 90.

Lors de l’audition de Gyurcsány par le parquet lundi dernier, plus d’un millier de sympathisants ont occupé la rue Zichy Jenő pour soutenir l’ancien premier ministre,  en le traitant comme un véritable héros face à l’oppression politique et économique incarnée par Viktor Orban et son gouvernement. Un autre rassemblement avait également lieu à Miskolc, dans le nord-est de la Hongrie. Entre ces manifestations pro Gyurcsány et la « grande » manifestation syndicale sur Kossuth tér le samedi précédent, il n’y avait pas photo : à l’applaudimètre, le « cas » Gyurcsány a suscité plus de passion et d’espoir de la part du peuple « de gauche » hongrois que la cause syndicale.

Lundi dernier, parmi les manifestants, dont certains scandaient des « Hajra Feri ! », ou, à l’instar du chanteur Kafkáz, « Feri reviens nous aider », on a pu reconnaître bon nombre de ténors du MSzP, tels que István Hiller, mais aussi certaines personnalités habituellement critiques à l’égard de leur ancien chef, telles que László Kovács ou encore Attila Mesterházy.

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2 Commentaire

  1. Si on m’avait dit il y a 2 ans que je vibrerais en écoutant un discours de Gyurcsany ! Faut-il que le pouvoir actuel soit tombé tellement bas dans l’abjection anti-démocratique.

    Comme disait Voltaire, je ne suis pas d’accord avec vos idées mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez les exprimer !

    Eh bien , moi qui ai détesté Gyurcsany en son temps, je souhaite qu’on se batte tous pour éviter à la Hongrie l’infamie que vient de vivre l’Ukraine avec l’emprisonnement de Mme Timochenko.

  2. Effectivement, enfermer Gyurcsany dans une cellule chauffée serait infâme : sa place est dans une carrière à casser des cailloux

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