Un froid meurtrier qui paralyse les services publics

Depuis une semaine, 15000 personnes ont été mobilisées par les ONG et les autorités hongroises pour venir en aide à la population alors que la neige a recouvert tout le pays, atteignant 30 à 40 cm dans le Csongrad par exemple. Aucune commune n’a toutefois été totalement isolée à cause de la neige. Mais la situation sociale des populations pauvres, dans le Nord-Est notamment, ne fait que s’aggraver avec des conditions météo hivernales qui révèlent toujours un peu plus la mauvaise gestion des services publics.

A Budapest, la température est régulièrement tombée à -20 degrés pendant la nuit cette semaine, et le Danube pourrait geler pour la première fois en 25 ans si les températures nocturnes restent si basses. La glace recouvre 60 à 80% du tronçon budapestois et 90% plus en amont du fleuve. Une situation qui rappelle presque au souvenirs de 1987, lorsque certains traversaient de Buda à Pest en marchant sur l’eau. Plus au sud au bord du Danube, à Baja, il faisait -27°c la nuit dernière.

Le redoux est à craindre

A l’Est du pays, les paysages seraient plus pittoresques si le facteur humain de la pauvreté ne venait pas s’en mêler. La quasi-totalité de la rivière Tisza est recouverte de glace, ce qui laisse présager des inondations monstres dans ces zones rurales dès le début du dégel en amont de la rivière. A plusieurs reprises durant l’année 2010 et en janvier 2011, les inondations causées par le débordement de la Tisza conjuguées au froid avaient mis en relief la pauvreté extrême des populations locales.

Hécatombe

La vague de froid n’a commencé que la semaine dernière en Hongrie, mais on comptait déjà 16 morts lundi. Il est cependant très difficile de mesurer correctement l’hécatombe, en particulier parmi les SDF expulsés des villes. A Budapest, par peur de la police, la plupart d’entre eux se sont « réfugiés » dans les bois ou dans les usines désaffectées de Csepel.

Près de la frontière serbe en début de semaine, les autorités ont annoncé avoir découvert une quarantaine de clandestins pour la plupart Libyens, Afghans et Algériens dans une forêt. Selon le porte-parole de la police nationale Laszlo Garamvölgyi, ils seraient morts de froid car les températures étaient tombées à -15 degrés en pleine journée.

Services publics en panne

Les chemins de fer gelés ont bien sûr provoqué des retards dans la circulation des trains. Les ralentissements du trafic sur certaines routes et autoroutes sont également nombreux. Dans certaines régions, les classes ont été suspendues pendant quelques jours en raison du froid et de la neige. Cette semaine, plusieurs villages ont été privés d’électricité et temporairement privés d’eau potable à cause du gel, affectant plusieurs milliers de consommateurs.

On se souvient que dès le début de l’automne, plusieurs écoles étaient privées de chauffage et d’eau chaude, leurs communes étant complètement submergées par les dettes. Dans le seul département de Pest, on comptait plus de 40 établissements scolaires dans cette situation, et le distributeur Tigáz n’entendait pas reprendre du service tant que les 130 millions de forints qui lui étaient dus ne lui avaient pas été versés. L’endettement d’un grand nombre de municipalités a par ailleurs provoqué l’abandon de leurs écoles à l’Eglise ces derniers mois.

En novembre dernier, l’exemple le plus probant des difficultés de gestion des collectivités locales était encore la municipalité d’Esztergom qui avait été plongée dans le noir total pour la seconde fois en un an, ne pouvant plus faire face aux dettes laissées par le maire Fidesz Tamas Meggyes, prédécesseur d’Eva Tétényi (sans étiquette).

Depuis la rentrée, le gouvernement a profité de l’endettement des collectivités locales pour opérer une (re)centralisation des budgets départementaux concernant les services publics d’intérêt général, tels que les écoles et les hôpitaux. On attend l’heure du bilan pour savoir si l’étatisation de ces services est globalement plus rationnelle que la décentralisation, mais il est sûr que les ravages actuels de la météo ne faciliteront pas la stratégie gouvernementale.

Justine Ducros et Hulala

Crédit photo : Janos Gehring

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