Un an après, le spectre des boues rouges demeure

Triste anniversaire. Le 4 octobre dernier, le réservoir de déchets toxiques de l’usine de bauxite aluminium MAL d’Ajka avait cédé, déversant – selon le gouvernement – près de 2 millions de tonnes (700 mètres cubes) de boues rouges corrosives sur les villages de Devecser, Kolontar et Somlóvásárhely, dans l’ouest de la Hongrie. Depuis, certains quartiers ont été entièrement reconstruits et même l’organisation Greenpeace reconnaît que le nettoyage a été bien fait. Cependant, l’activité des usines MAL a repris de plus belle et il existe encore bien d’autres sites du genre. La plupart sont dans le même état que celui du réservoir d’Ajka avant la catastrophe, avec parfois de plus grands risques écologiques.

Un drame humain et écologique doublé d’une catastrophe économique ?

L’an dernier, la catastrophe industrielle avait fait 10 morts, plus d’une centaine de blessés et avait délogé des centaines de villageois pendant plusieurs mois. L’entreprise a récemment été condamnée à verser 471 millions d’euros à l’Etat hongrois, mais Euronews nous dit qu’elle refuse de payer. Dans ce reportage de la chaîne européenne, le secrétaire d’Etat à l’Environnement, Zoltan Illés, explique (qu’)il est dans l’intérêt du gouvernement hongrois que cette compagnie, privée ou nationalisée, continue à tourner pour deux raisons : primo, les 6.000 emplois qu’elle assure, secondo, sa part de marché à l‘échelle européenne et mondiale, qui est de 4%.

Almásfüzitő, un réservoir toxique à deux pas du Danube

Almásfüzitő, 30 octobre 2010 crédit photo HULALA

La semaine dernière, des activistes de Greenpeace se sont rendus à Almásfüzitő (département de Komarom, proche de la frontière slovaque) sur le plus grand site de stockage de boue rouge du pays, situé à peine à une vingtaine de mètres des rives du Danube. Bien que ce réservoir ne soit plus rempli depuis 1997, ils avaient la ferme intention d’y inscrire le mot « STOP » à la surface à l’aide de bâches blanches en plastique. Un message adressé au gouvernement pour dénoncer le fait que l’activité de stockage massif des déchets continue en Hongrie. Ils se sont fait déloger manu militari par les agents de sécurité du site. Lors de notre déplacement le 30 octobre 2010 (photo), avant d’être reçus de la même manière par les gardes, nous avions constaté l’étendue encore visible du réservoir et sa proximité immédiate avec le Danube.

A l’inverse d’Attila, Tatai Környezetvedelmi fait repousser l’herbe

Ce dimanche-là, les travaux d’ensevelissement de la boue sous des couches de sable et de terre étaient en cours. Actuellement ils se poursuivent encore, comme on peut le voir sur la carte satellite Google de cette année. La société chargée d’ensevelir les déchets toxiques est une compagnie pour l’environnement de la ville de Tata (Tatai Környezetvedelmi). Au bas de la page principale de son site web, à l’aide d’un diaporama, elle explique comment elle réussit à faire pousser de l’herbe verte sur des millions de tonnes de boue rouge. D’ici peu de temps, personne ne s’apercevra peut-être qu’il s’agit du plus grand réservoir du pays.

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2 Commentaire

  1. Le site d’Almasfüzitö fait peur…A croire que la catastrophe de 2010 n’a pas fait prendre conscience du danger.
    Il y a des chose que je ne comprend pas…Quelle est le finalité de ces boues stockées ? Sont-elles traitées ? Ou seulement mise à décanter puis enfouie? Au bout de combien d’année ces boues ne représentent plus de risque ?

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