UE-Hongrie: « la bave du crapeau n’atteint pas la blanche colombe »

Mardi, le Parlement européen s’est penché sur le cas de la Hongrie. Les débats ont tourné autour des conclusions pessimistes du rapport Tavares sur la situation des droits fondamentaux dans le pays. Le rapport a été adopté lors du vote final, malgré la droite européenne, qui s’y est majoritairement opposée. Une gifle politique d’ampleur continentale pour le Fidesz, qui dénonce quant à lui un rapport partial, injuste, et incohérent.

Ça leur pendait au nez, pour ainsi dire. Après trois années d’intense médiatisation et de critiques en tous genres, ce qui s’est passé à Strasbourg mardi ne surprend pas vraiment. Le gouvernement hongrois, régulièrement mis en accusation par les institutions de l’UE depuis 2010 a fini par se retrouver sous le coup de la procédure prévue par l’article 7 du traité de Lisbonne. On lui reproche d’avoir multiplié les atteintes à la démocratie et à l’État de droit, en particulier lors de l’adoption de la nouvelle Loi Fondamentale hongroise en 2011.

Cette procédure peut aller jusqu’à priver de leurs droits les représentants de la Hongrie au sein des instances européennes. Nous n’en sommes pas encore là, mais la situation est tout de même inédite. En effet, c’est la première fois que de tels dysfonctionnements sont pointés chez un pays membre. La Hongrie est confortée dans son statut de mouton noir de la démocratie européenne. 

photo issue du site www.mno.hu

« Les changements constitutionnels en Hongrie sont systémiques et dessinent une tendance générale qui s’écarte des valeurs européennes déterminées dans l’article 2 du traité de l’Union européenne », a déclaré le rapporteur Rui Tavares (Verts/ALE, PT) lors du débat, mardi. « La démocratie, c’est une question d’exercice du pouvoir par la majorité et non d’abus de majorité », a-t-il ajouté.

Un clivage politique avant tout

Cependant, à l’issue des débats, un autre bilan peut être fait. Le site euractiv.fr fournit une interprétation très intéressante de ce qui s’est joué au Parlement européen. Lors des débats, le clivage est apparu très nettement entre, d’une part, les députés conservateurs et, d’autre part, les députés libéraux et démocrates. Exception faite de ses trois représentants luxembourgeois, la droite européenne a majoritairement soutenu Viktor Orbàn. Il faut rappeler que son parti, le Fidesz, est lui-même membre du Parti Populaire européen (PPE, droite européenne, dont fait partie l’UMP). L’ensemble de la gauche et les libéraux ont voté  pour l’adoption du rapport Tavares.

Les députés étaient présents en nombre lors des débats sur la Hongrie. Ils ont en revanche déserté la salle lorsque la situation de la démocratie en Bulgarie a été abordée. José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, avait pourtant estimé que la même vigilance devait s’exercer concernant la situation de la démocratie en Roumanie et en Bulgarie.

« Géométrie variable »

Les sociaux-démocrates, (S & D), si prompts à dénoncer les agissements du Fidesz de Viktor Orbàn, n’ont pas réagi face aux agissements du gouvernement bulgare… qui est lui-même aux mains des socialistes.

Toujours selon euractiv.fr, ce dernier élément a poussé le député Manfred Weber (PPE) à dénoncer l’attachement « à géométrie variable » aux valeurs démocratiques fondamentales de la gauche européenne. Le président du Parlement européen et membre du Parti Socialiste européen (PSE), Martin Schulz, était présent à Sofia pour soutenir le gouvernement bulgare. Celui-ci faisait face à d’importantes manifestations dénonçant la proximité entre la mafia et le pouvoir politique.

Au cours de la conférence de presse qui a suivi le débat parlementaire, Le 1er ministre hongrois a considéré que la Hongrie est sous le feu des critiques pour deux raisons : l’une est idéologique et tient au fait que le gouvernement souhaite placer la famille et la religion au centre de la société ; la seconde est de nature économique.

« Nous devons partager le fardeau et beaucoup de puissantes entreprises européennes souffrent à cause de cela. Je ne peux pas dire de notre politique qu’elle est « successful », mais tout au moins que la Hongrie est sur la bonne voie, elle tient debout sur ses propres pieds, sans l’argent du FMI ni de quiconque. Je ne peux pas dire que la situation est « bonne », mais l’ensemble est plutôt prometteur, au moins prometteur. […] Bien sûr je voudrais obtenir plus de poignées de main, plus d’encouragements, ou même qu’on nous dise « les gars, on ne vous aime pas, mais vous ne vous en sortez pas si mal ». C’est l’intérêt commun de considérer la Hongrie comme un bon pays européen. »

La Hongrie, pierre d’achoppement du libéralisme et du conservatisme européen

Il n’y aurait là qu’un décor, une façade de principe derrière laquelle se cacherait, banal et mesquin, un simple clivage politique. De fait, les échanges ont été très animés, ce qui montre qu’il s’agissait de bien plus qu’un débat technique entre spécialistes du droit communautaire. La situation de la démocratie en Hongrie n’était pas le seul enjeu de la bataille qui s’est jouée hier. Au milieu des débats, sans un mot, se tenait en vérité l’éternelle querelle entre les partisans d’une Europe intergouvernementale (dite « Europe des nations ») et les partisans d’une Europe fédérale. Elle a bien failli passer inaperçue.

3 Commentaire

  1. Ca m`etonne le cote « light » et modere’ de M.Orban… »Je ne peux pas dire de notre politique qu’elle est « successful « … »Bien sûr je voudrais obtenir plus de poignées de main, plus d’encouragements »…

    mais comme victime d`un soi-disant systeme n`est pas vraiment credible….

  2. Qui est le crapaud ?
    Qui est la blanche colombe ?
    L’article est intéressant , mais le titre semble déplacé et pose questions : où va la bave du crapaud si elle n’atteint pas la blanche colombe ? elle retombe sur quelqu’un d’autre ( victime co-latérale ) ? elle retombe sur le crapaud ( retour à l’envoyeur ) ?

  3. @peternek,
    Sans oublier que cette blanche colombe peut aussi faire tchip et pas seulement avec le bec ! ;)

Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*


+ 1 = 2

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>