UE – Elargissement : malgré le soutien de la Hongrie, la Serbie doit attendre le mois de mars

Réuni vendredi à Bruxelles, le Conseil européen a décidé de repousser au prochain sommet l’octroi à la Serbie du statut officiel de candidat à l’intégration européenne. En marge du nouveau « pacte budgétaire à 26 », le Conseil a pris le temps de parapher le traité d’adhésion de la Croatie et de fixer à juin prochain l’ouverture des négociations d’intégration avec le Monténégro.

Jusqu’en octobre dernier, Belgrade avait pourtant fait des efforts conséquents pour montrer pate blanche à Bruxelles. Il y a eu les arrestations des criminels de guerre Ratko Mladić et Goran Hadžić, le 26 mai  et le 2 juillet 2011, puis l’adoption de la loi de restitution des biens confisqués durant la période titiste en octobre. Mais faire plaisir à tout le monde n’est pas si facile pour les Serbes, qui doivent à la fois régler leur lourd passé yougoslave, ménager la minorité hongroise et gérer la crise persistante au Kosovo.

Les Serbes du Kosovo « lâchés » par Belgrade

La “normalisation” des rapports entre Belgrade et Pristina a été fortement compromise par la résurgence récente des conflits au nord du Kosovo. Depuis l’indépendance, la pilule est dure à avaler pour les fonctionnaires serbes locaux, qui entretiennent des barricades autour des postes frontières. Depuis fin juillet et jusqu’à début décembre, les heurts se sont répétés régulièrement avec les soldats de la Kfor – la mission de l’OTAN – et les douaniers de la mission européenne Eulex.

Des améliorations sont en cours cependant, depuis l’accord signé entre Belgrade et Pristina il y a une dizaine de jours, à la suite duquel le président Boris Tadic a solennellement demandé aux Serbes du Kosovo de lever leurs barricades. Ces derniers se retrouvent alors de plus en plus isolés. En 2008, ils ont perdu toute confiance en Pristina depuis que les Albanais ont unilatéralement proclamés l’indépendance de la province. Aujourd’hui, ils ne comptent même plus sur la Serbie, prête à tout pour entrer dans l’UE.

La loi de restitution des biens et le chantage hongrois

Si la loi de restitution des biens contentait les instances européennes, elle était loin de satisfaire la Hongrie voisine. Le principe de responsabilité collective contracté par la loi avait fait vivement réagir Budapest, car au regard des événements de la Seconde Guerre mondiale, cette loi serait potentiellement discriminatoire envers la minorité magyare très présente en Voïvodine.  Ainsi, afin de garantir les intérêts de sa minorité, la Hongrie avait été amenée à menacer directement la candidature serbe par son droit de veto.

Lundi dernier, le Parlement serbe a donc voté un amendement à sa loi de restitution des biens, remplaçant le principe de responsabilité collective par celui de responsabilité individuelle. Janos Martonyi, ministre des Affaires Etrangères de la Hongrie, a aussitôt réagi en déclarant depuis Bruxelles que son pays soutenait à nouveau et « sans conditions » la candidature serbe au processus d’adhésion à l’Union européenne. Mais si Budapest a enlevé une épine du pied de Belgrade lundi, la Serbie a pu constater vendredi qu’elle n’est pas encore la bienvenue dans l’UE, une Union qui a bien du mal à redevenir efficace face à la crise financière des Etats, et qui montre elle-même de grands signes de faiblesse quant à sa cohésion.

Pour Viktor Orbán, la crise ne doit pas empêcher l’élargissement

Vendredi lors d’une conférence de presse après le sommet européen, le premier ministre hongrois Viktor Orbán a sans surprise réaffirmé la volonté hongroise d’ouvrir un peu plus les frontières de l’UE. Selon lui, la crise économique et financière ne devrait pas constituer un obstacle à l’élargissement. Il a également tenu à rassurer Belgrade, en indiquant que le texte rédigé pour replacer le processus d’adhésion serbe sur le calendrier est « d’autant plus clair qu’il est favorable à la Serbie ».

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