Tilos Rádió : « Match nul » au 15 mars

Comme les années précédentes, la fête nationale qui commémore la révolution de 1848 contre les Habsbourg a été détournée par les différents mouvements politiques pour gonfler les muscles, dans la plus profonde désunion nationale. Le gouvernement et l’opposition ont tous deux rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Dans notre émission du 17 mars 2012 sur Tilos Radio, nous invitions le journaliste francophone et Hongrois de Roumanie Palko Karasz, contributeur à l’International Herald Tribune (l’édition globale du New York Times), pour décrypter les événements du 15 mars à Budapest et les mettre en comparaison avec les récentes manifestations roumaines qui ont eu raison du gouvernement d’Emil Boc l’hiver dernier :

Première partie :

Deuxième partie :

Très loin des 250.000 manifestants pro-gouvernementaux et des 100.000 personnes rassemblés par le mouvement anti-Orban « MILLA » décomptés par l’agence de presse nationale hongroise MTI, environ 50.000 personnes ont assisté à chacune de ces deux principales manifestations.

Étonnamment, l’AFP – et par voie de conséquence l’ensemble de la presse française – ont repris à leur compte ces chiffres officiels, seulement tempérés par un « près de 200.000 selon un photographe de l’AFP », comme le précise la dépêche en ce qui concerne les pro-Orban.

Même en tenant compte du fait que la place était entièrement ouverte devant l’édifice, et de la forte densité – il fallait jouer des coudes pour s’approcher au plus près du tribun – la station de métro Kossuth, Bathory et Alkotmany utca étaient parfaitement accessibles.

La presse de droite type « Magyar Nemzet » ne s’est pas privée pour parler en million, évoquant la participation d’« un quart de million de personnes ».

Il faut cependant relativiser l’intérêt de cette guéguerre des chiffres : ils sont incontestablement un signe de la force de frappe militante, de la capacité de mobilisation des différentes organisations politiques, mais ils ne sont pas une mesure fiable du rapport de force actuel en Hongrie, notamment du fait que la moitié de la population ne se reconnaît plus dans aucune formation politique.

L’évolution « de la Hongrie et de l’UE sont inséparables ».

On savait que le premier ministre Viktor Orban allait, un jour où l’autre, devoir mettre un peu d’eau dans son vin concernant le rôle de l’Union européenne en Hongrie, pour préparer son peuple à ce qu’il pourrait percevoir comme une reculade lorsqu’il s’agira de faire le dos rond pour débloquer le demi-milliard d’euros de fonds européens. C’est ce qu’il a commencé à faire ce jeudi en affirmant que « [L’évolution] de la Hongrie et de l’UE sont inséparables« .

Le « ministre-président » Orban a tout de même martelé ce qui est devenu le leitmotiv de la droite hongroise pour tenter de galvaniser son peuple derrière sa politique économique scabreuse et jusque là infructueuse : « Nous ne serons pas une colonie !« , tout en restant évasif sur cette formule.

Tout cela devant une bonne foule massée devant le parlement, mais très inférieure en nombre à la première Békemenet (marche de la paix) du mois de janvier, malgré les renforts polonais qui ont assuré l’ambiance, et évidemment très loin des 250.000 personnes annoncées par MTI.

Du côté de l’opposition

Quelques dizaines de milliers de personnes se sont aussi rassemblées sur la place du 15 mars, entre le pont Erzsébet et Astoria dans un grand patchwork d’opposants à Viktor Orban : Szolidaritas, LMP, Demokratikus Koalicio de Ferenc Gyurcsany (DK),… Il s’y trouvait même une douzaine de jeunes Français venu soutenir les « démocrates hongrois » au nom de la solidarité européenne.

Chez Jobbik, la mobilisation aussi a été en demi-teinte puisque que seulement quelques petits milliers de sympathisants ont fait le déplacement pour écouter le président du parti Gabor Vona. Ils étaient probablement entre 3.000 et 5.000 personnes sur Déak tér. Le mouvement irrédentiste pour la grande Hongrie des 64 comtés (Hatvannégy Vármegye Ifjúsági Mozgalom) a défilé sur Vaci Utca avec à sa tête László Toroczkai.

Photos : HU-lala

3 Commentaire

  1. Pierre Waline a dit :

    Me rendant jeudi a la manif de Milla (au demeurant bien décevante par son défilé continu d’orateurs soporifiques, bien qu’exaltés…), j’ai traversé celle du Jobbik, place Deák (il fallait voir les dégaines! Je n’y aurait pas laisser trainer ma petite fille!).
    Étaient notamment en vente des paillassons sur fond de drapeau européen (ou aux effigies de Gyurcsány et d’Orbán)… On admirera la finesse… Le plus comique (triste) est qu’a deux pas de la, la chaussée venait précisément d’etre restaurée sur fonds de Bruxelles (Károly krt). No comment.

    Pour en revenir aux chiffres, tout a fait d’accord pour dire qu’ils n’ont guere de sens…. A coté des 8 millions d’électeurs dont une bonne moitié ne desend pas dans la rue, ayant mille autres chats a fouetter, confrontée qu’elle est a ses soucis matériels quotidiens, pour beaucoup de survie….

  2. Quel intérêt que cet article ? Manifeste qui veut et qui a envie de monter à Budapest.
    Pourquoi toujours ce négativisme de la presse? Parlons des choses positives et des espoirs et des projets futurs.Rappelons la devise ‘L’Union fait la Force’ qui est bien mise à mal de tous côtés.

  3. Je suis tout à fait d’accord avec MCS: ça fait un moment que je lis les articles publiés ici, et à chaque fois je me suis retenue de jouer la pessimiste en disant ce que j’en pensait, en voyant que les personnes qui laissaient des commentaires parvenaient tout de même à mettre une petite touche d’humour, d’ironie, de vécu qui rendaient tout son intérête à l’information…
    Un peu de gaité s’il vous plaît! Je suis pour la liberté d’expression à 150%, mais là, ces articles donnent une si mauvaise image de la Hongrie que je vais finir par avoir honte d’être née dans ce magnifique pays!

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