Santé : la Hongrie relance le projet de loi anti-tabac

Il y a une semaine, une proposition de loi préparée par 15 députés FIDESz a été déposée au Parlement, concernant l’interdiction de fumer dans les bars (kocsma), les cafés, les discothèques, ainsi que dans les restaurants en Hongrie. Deux jours plus tard, le groupe parlementaire Fidesz soutenait cette proposition, qui a logiquement trouvé l’appui de Miklós Szócska le secrétaire d’État à la Santé. Après plusieurs tentatives depuis 2007, cette législation déjà adoptée dans la plupart des pays d’Europe occidentale pourrait bien voir enfin le jour dès le mois de juillet en Hongrie, notamment grâce à l’unité de la FIDESz, parti omnipotent au Parlement.

Sur le site officiel du Parlement, on peut désormais consulter la proposition selon laquelle il sera interdit de fumer dans tous les lieux publics couverts.  Après trois mois de transition si elle est votée, la loi passerait au principe de « tolérance zéro » à partir du mois de juillet. Faire passer la loi en été permettrait alors de donner encore du répit, notamment aux clients fumeurs des bars et des restaurants, pour s’habituer.

Conformément à la proposition, il serait également interdit de fumer dans les passages souterrains et aux arrêts de transport en commun (ce qui est d’ailleurs déjà le cas à Budapest). L’interdiction devrait être respectée dans tous les lieux d’enseignement publics et dans les établissements de santé – y compris à l’air libre – ainsi qu’au Parlement. La somme des contraventions à payer serait de 20.000 à 30.000 HUF.

De l’avis des fumeurs, la traduction automatique de google sur l’illustration d’Origo est-elle prémonitoire ? (« ce sera la fin de la Hongrie »)

Les politiques hongrois, sous pression, jouent la montre depuis 2007

La proposition a été déposée en tant que proposition individuelle, ce n’est donc pas une initiative du gouvernement. En celà, les concertations avec l’industrie du tabac et avec les restaurateurs peuvent être contournées. Il s’agit d’un sujet qui est depuis longtemps à l’ordre de jour : la première fois, en 2007, pareille initiative avait été prise par le ministère de la Santé dirigé par Ágnes Horváth (SZDSZ). A l’époque, la tentative avait échoué en raison de la forte pression des lobbies du tabac, des cafetiers et des restaurateurs.

Les études qui établissaient le bien fondé d’une telle loi ne manquaient pas cependant. Début 2008, un texte de loi a été rédigé. Selon Ágnes Horváth dans une interview à Origo, son projet de loi a été abandonné en raison des pressions politiques du MSzP, qui a considéré que cette décision lésait les intérêts des différents secteurs concernés. De plus, en raison des taux réduits des droits d’accise à l’époque, cette mesure pouvait également entraîner des pertes significatives pour l’État. Ainsi, la proposition n’a jamais été soutenue de façon unanime. Mais plus grave encore, selon les informations du portail Origo, les lobbies concernés auraient circonvenu, voire corrompu certains députés pour mettre des bâtons dans les roues du ministère. Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer que le gouvernement « pro-ordre »et « anti-corruption » de Viktor Orban, appuyé par sa super majorité au Parlement, puisse s’inscrire dans cette lignée. D’autant qu’il dispose de toutes les études réalisées sur le tabagisme en Hongrie réalisées sous l’autorité d’Ágnes Horváth.

En 2008, le ministère de la Santé n’a donc pas réussi à imposer l’interdiction, bien que la Hongrie l’eût promis à la Commission européenne. Ce n’est qu’après un an de silence, en 2009, que le projet a refait surface sous la forme d’une proposition signée par les membres de la Commission de santé du gouvernement intérimaire de Gordon Bajnai. Le ministre de la Santé MSZP de l’époque a expliqué ce retard par l’absence d’un consensus, et par une forte indignation de la part de l’opinion publique. Le projet de loi a alors été allégé : au lieu d’une interdiction totale, seuls les restaurants étaient concernés. Jusqu’aux élections l’an dernier, qui ont donné lieu à un changement de gouvernement, le temps a alors joué en faveur du tabac et le projet ne s’est pas réalisé.

Encore faut-il pouvoir payer le resto pour savoir si on le préfère non-fumeurs

A l’époque, de nombreuses études (parfois contradictoires) examinant le rejet de la population à l’égard du tabagisme ont été établies, tant au niveau européen qu’au niveau national. L’une d’entre elles, en 2007, reprend une étude réalisée en 2005 par le Centre épidémiologique national (Országos Epidemiológiai Központ). Cette étude note que selon 46% des interrogés, l’interdiction de fumer n’aurait aucun effet sur la fréquentation des restaurants ; selon 32% d’entre eux seulement, elle réduirait le nombre de couverts. Parallèlement, lorsqu’on leur a demandé s’ils fréquenteraient plus souvent les restos où il serait interdit de fumer, 15,2% d’entre eux ont répondu « oui » alors que seulement 7,3% des interrogés ont répondu par « non ». Conclusion : une grande majorité de Hongrois ne saurait répondre à cette question. Peut-être parce qu’ils n’ont tout simplement plus les moyens d’aller au restaurant !

Boire ou fumer, il faudra choisir

Selon une étude Eurobaromètre la même année, 86% des Hongrois sont pour que leur lieu de travail soit non-fumeurs et 85% des Hongrois aimeraient voir la fumée disparaître des espaces fermés. Selon ces données recueillies en 2007, 82% des Hongrois voudraient des restaurants non-fumeurs (d’où le caractère contradictoire des sondages), et 62% préféreraient des kocsma et des cafés sans fumée. Pourtant, pendant de longues années, d’autres études montraient la négligence des Hongrois envers leur propre santé, notamment si l’on mettait en rapport leur tabagisme avec leur consommation d’alcool, deux phénomènes qui font souvent bon ménage en Hongrie.

Seulement une question de confort ?

Selon les données d’Eurobaromètre, les Hongrois ne sont pas conscients des risques du tabagisme passif : pour la majorité d’entre eux, ce ne serait qu’un phénomène un peu désagréable mais supportable, qui donnerait une mauvaise odeur à leurs vêtements, tout au plus. Cette insouciance les relègue au 23e rang sanitaire parmi les États membres. Par rapport aux sondages antérieurs, la proportion de citoyens des États membres de l’UE convaincus que le tabagisme passif peut causer un cancer augmente, sauf dans le cas des Maltais et des Hongrois, qui seraient de moins en moins nombreux à le croire ! Néanmoins, il est ici nécessaire de rappeler que, à l’image de l’absence de prévention du SIDA, la prévention du cancer causé par le tabagisme fait elle aussi défaut aux politiques hongrois.

Selon les autorités sanitaires, 26% des Hongroises et 40% des Hongrois fument, 28.000 personnes meurent tous les ans en raison des maladies engendrées par le tabagisme, et le tiers des maladies cancéreuses est lié au tabagisme en Hongrie. Dans les autres pays d’Europe où l’interdiction de fumer dans les lieux publics est en vigueur, les études prouveraient que le secteur de la restauration ne subit aucun préjudice. Il n’y aurait donc pas de raisons de croire que les établissements hongrois subiraient un sort différent.

Les dommages sanitaires et économiques du tabac en Hongrie

Selon le communiqué du secrétaire d’État lundi dernier, toutes les 18 minutes une personne meurt en Hongrie en raison du tabagisme. Le tabagisme est alors considéré comme « l’une des causes les plus importantes de la situation catastrophique de la santé des Hongrois ».

Au delà de la mortalité le tabagisme provoque également des pertes économiques considérables. En un an, plus de 5000 hommes et femmes en âge de travailler se sont déclarés invalides en Hongrie, et la somme versée aux traitements des maladies engendrées par le tabagisme est énorme. En Hongrie, tous les ans, 1,5 à 2% du PIB est gaspillé en raison du tabagisme – précise encore le communiqué. Selon les données de GKI (Institut de la Recherche Économique) les dépenses dues aux traitements des maladies causées par le tabagisme passif ont atteint 17 milliards de forints (plus de 62 millions d’euros) dans la seule année 2004.

Selon les données de l’OMS, 5 millions de personnes meurent tous les ans à cause du tabac. Selon l’étude la plus récente, 90% de la population mondiale n’est toujours pas protégé par des mesures efficaces combattant le tabagisme. Dans plus d’une douzaine d’États membres de l’Union Européenne, il est interdit de fumer dans les bars, les cafés et les restaurants.

Source : Origo.hu

Illustration : Origo.hu

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Un commentaire

  1. Dominique a dit :

    Au moins, plus besoin de me réfugier dans un Mc Do avec mes enfants pour boire un chocolat chaud ! C’est le seul espace non fumeur….

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