Rencontre surprise avec l'égérie de 56

Edina Koszmovszki photo: Aron MucsanyiEdina Koszmovszky fut, le 23 octobre 1956, la jeune fille qui a pris le micro pour prononcer le texte énumérant les 16 revendications des étudiants de Budapest envers le régime contrôlé par Moscou. Elle est donc l’égérie de la prise de contrôle de la radio nationale, un des grands symboles de la Hongrie résistante et aspirant à l’indépendance. Vendredi dernier, lors des célébrations nationales, notre rédaction a eu la chance de la rencontrer au cinéma Corvin, symbole de ce qui reste, dans la mémoire collective, comme la dernière “révolution” hongroise.

Après son passage en direct à la télévision Duna, à l’endroit où les insurgés de 56 se sont repliés derrière des barricades de fortune quand les chars russes intervenaient massivement sur Budapest, Edina Koszmoszky, vêtue d’une veste Rakoczi, se présente tout de suite dans un français parfait. Celle qu’on a appelé “la fille au manteau rouge” (“piros kabatos lany”) nous raconte d’abord sa journée du 23 octobre 1956, ou comment la spontanéité n’a en rien altéré la dimension historique des événements.

Sa prise de parole à la Magyar Radio

Edina Koszmovszki dans les années 50Tout s’est passé complètement par hasard. A l’époque, j’avais 18 ans et j’étais une jeune étudiante. Je me souviens d’ailleurs m’être inscrite à l’Alliance Française un mois plus tôt pour prendre des cours de langues. En partant en cours le matin, je n’imaginais pas me retrouver enfermée à la radio le soir-même. J’ai été prise dans l’effervescence qui a mené les étudiants à prendre d’assaut l’immeuble de la radio pour déclarer Budapest libre”. Bien que l’insurrection en elle-même fut organisée conjointement par les étudiants et les ouvriers, prendre le contrôle de la radio n’était pas à l’ordre du jour au cours des manifestations ce jour-là. Comment la jeune Edina est-elle devenue la “porte-parole” des insurgés? “On m’a mis un papier dans les mains”, dit-elle. La première fois, elle l’a lu sur une voiture, non loin du Parlement. La seconde fois fut la plus remarquée, depuis le balcon du bâtiment de la Magyar Radio.

La France, un asile politique idéal

A partir du 4 novembre et pendant les dix jours où Budapest baignait dans le sang mais se nourrissait encore de l’espoir de voir le retour d’Imre Nagy au pouvoir, Edina Koszmovszky était sur la liste des personnes à arrêter, voire à déporter. Comme 200 000 de ses compatriotes, elle est parvenue à rejoindre l’Occident : “Je suis passée d’abord par l’Autriche, bien sûr. A Vienne, je suis allée directement à l’ambassade de France. Je souhaitais me rendre en France car pour moi, c’était l’idéal démocratique à l’époque, et puis j’étais aussi amoureuse… des Droits de l’Homme ! Maintenant, je vis retraitée à Nice.

La récupération politique de 56 et les commémorations actuelles

Edina Koszmovszki devant le cinéma Corvin vendredi phot: Aron MucsanyiEdina Koszmovszky reste cependant très prudente quant à ses déclarations par rapport aux différentes manières de commémorer 1956: “Partout ou je suis invitée, ça se passe toujours très bien, parce qu’on m’écoute en tant que témoin direct. Ne vivant plus en Hongrie, je ne peux pas vraiment dire grand chose sur les différents ressentis de ce qui s’est passé en 56. Mais l’autre jour, un chauffeur de taxi me confiait son sentiment selon lequel les générations actuelles ont une vision très tronquée de ce qui s’est réellement passé. Il disait qu’il y a beaucoup de mensonges et de mythes autour de ca« . Et de continuer : « Il y a deux histoires parallèles : l’officielle d’un côté, et ce qui se disait à l’intérieur des familles de l’autre”. Quant à la récupération politique des événements par les différents partis, elle préfère ne pas s’engager : “Encore une fois, je n’habite pas en Hongrie, bien que la double nationalité me donne l’occasion de voter ici. Je ne sais pas trop ce que disent les différents partis politiques les uns sur les autres à l’occasion de commémorer 56”.

Le petit Nicolas Sarkozy “à dada sur mon bidet”

Enfin, à la question de savoir si elle a rencontré des personnalités franco-hongroises, Edina répond, amusée : “J’ai un peu connu l’écrivain Ferenc Fejtö que j’ai eu le plaisir de rencontrer plusieurs fois. Par contre, j’ai eu l’occasion de croiser Pal Sarkozy lorsque son fils Nicolas, le Président actuel, n’avait que deux ans. Je ne connaissais pas vraiment son père, mais comme j’aime beaucoup les enfants, je me souviens l’avoir fait sauter sur mes genoux, vous savez, “à dada sur mon bidet” »!

Propos reccueillis par François Gaillard, Corentin Léotard et Aron Mucsanyi

Un commentaire

  1. Bravo et merci pour cette article « de première main » !
    Continuez sur cette voie-là.

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