Réforme des institutions : Orbán sur les pas de Sarkozy

En visite officielle à Paris à partir de jeudi, le premier ministre Viktor Orbán rencontrera le président Nicolas Sarkozy vendredi matin. Au vu de l’actualité politique, l’occasion de comparer la stratégie politique du chef du gouvernement hongrois et celle du président français est trop belle, en particulier sur le thème de la Constitution.

Au centre de toutes les autres orientations du gouvernement hongrois, la révision constitutionnelle prévue pour le printemps 2011 intervient quelques mois après l’élection de M. Orbán, en avril dernier. Pour Viktor Orbán, ce n’est pas faute d’avoir prévenu : en campagne déjà, il fustigeait le pluralisme – portant à confusion selon lui – en annonçant vouloir mener une gouvernance permanente et à sens unique avec le parti conservateur Fidesz. Outre le plébiscite électoral dont il bénéficie au parlement, l’omnipotence que cette ambition nécessite devait aller de pair avec un changement de Constitution.

Achever les contre pouvoirs de la vie publique pour gouverner seul

Depuis la rentrée, on apprend que l’économie hongroise va subir une thérapie de choc pour respecter les engagements du gouvernement envers l’Union européenne sur le déficit (3,8% en 2010 et 3% du PIB en 2011) en réduisant drastiquement les dépenses publiques. Toutes les mesures ont pour l’instant été validées par la Cour constitutionnelle, y compris le gel des aides aux fonds de pension (une économie de 60 milliards HUF pour l’Etat par an) qui toucherait près de 3 millions de souscripteurs. Un seul point a, en outre, été jugé anticonstitutionnel : l’impôt à 98% sur les indemnités de départ empochées par les cadres (à partir d’un seuil de 2 millions HUF) et les employés (à partir de 3,5 millions HUF) ayant travaillé plus de 60 jours au sein d’entreprises et d’institutions publiques.

Si cet impôt semble porter le costume de « Robin des Bois » comme les dernières taxes spéciales anti-crise sur le secteur des banques, de l’énergie et de la distribution, c’est sa rétroactivité jusqu’à 2005 qui fait scandale. La Fidesz n’attend même pas de changer la Constitution en bonne et due forme et pratique le passage en force, surtout lorsqu’il s’agit de régler ses comptes avec l’ancien gouvernement.

L’opposition socialiste (MSzP) a beau gémir, l’extrême droite Jobbik peut gesticuler, LMP (« l’alternative de gauche » à la hongroise) peut en profiter pour se faire entendre, Viktor Orbán, György Matolcsy (ministre des finances) et János Lázár (président de l’écrasant groupe Fidesz au parlement) ont donc déjà eu la peau de la Cour Constitutionnelle sur la seule mesure économique qui posait problème parmi les 29 proposées. Mardi au parlement, la Cour a même subi l’humiliation de voir ses compétences réduites officiellement, surtout en matière budgétaire.

Mardi soir, alors que Viktor Orbán venait de faire passer son paquet de mesures fiscales au Parlement, Nicolas Sarkozy dressait, avec l’aide de trois « commentateurs », un bilan positif de son hyper action à la télévision. Cet entretien d’une heure et demi intervenait après avoir fait adopter la réforme des retraites devant « son » Conseil Constitutionnel et après avoir remanié « son » gouvernement pour la dernière ligne droite avant 2012. Elu en mai 2007, le président français est lui aussi passé par la révision de la Constitution (en juillet 2008) après l’examen mené par un comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions, présidé par son mentor politique, Edouard Balladur.

En France, en plus de museler un peu plus l’opposition, la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 a donné plus de responsabilités et de contrôle à l’exécutif et a revalorisé le rôle d’un Parlement élu un mois seulement après l’élection du Président de la République, tous les cinq ans. Pas besoin d’être politologue pour prédire qu’avec le quinquennat, les possibilités d’une cohabitation sont quasi nulles. La « revalorisation » du Parlement au service du Président, en quelque sorte. Tout comme Viktor Orban, souvenons-nous également que la réforme des médias publics avait été pour lui un des tous premiers chantiers.

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Un commentaire

  1. La différence entre Orbán et Sarko, c`est que Sarko n`a pas besoin de jouer les laquais de Bruxelles pour avoir l`impression d`etre « un grand quelqu`un » (comme on dit en Afrique). Selon Orbán, il ne peut y avoir d`intérét national en dehors des intéréts de l`UE alors que pour Sarko, les intéréts de l`UE peuvent aller se faire voir chez les grecs s`ils sont contraires aux intérets de la France.

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