Quand la Hongrie vend ses droits de pollution

Comment renflouer les caisses de l’Etat en pleine crise économique ? En revendant ses droits d’émissions polluantes de CO2, le principal responsable de l’effet de serre ! C’est ce qu’a fait la Hongrie, en cédant au Japon des droits de pollution pour deux millions de tonnes de CO2. Une transaction qui devrait rapporter quelques quatre milliards de Forint à l’Etat hongrois (15 millions d’euros).

Il s’agit d’un échange de bons procédés. Le Japon qui a dépassé son quota d’émission imposé par le Protocole de Kyoto n’a  pas d’autre choix que d’acheter des « permis de polluer ». Frappée de plein fouet par la crise économique, l’activité industrielle a chutée en Hongrie et son quota de pollution imposé par Kyoto n’a pas été atteint. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la Hongrie procède de la sorte. En 2008, elle avait vendu à la Belgique ses droits à hauteur 2 millions de tonnes de CO2 et à l’Espagne pour 6,6 millions de tonnes. Ces deux marchés ont apporté à la Hongrie un peu plus de 28 milliards de forints (environ 100 millions d’euros).

Des secousses sur le marché du carbone

L’annonce par la Hongrie de la vente de ces 2 millions de REC (Réductions d’Emission Certifiées) – des crédits octroyés par l’ONU vendus sur le marché du carbone – au Japon fait sérieusement trembler le marché du carbone et remet en cause son fonctionnement même.

La vente de ces CER, déjà acquises par des entreprises hongroises, éveille les inquiétudes : L’Association Internationale pour l’échange des droits d’émissions voit cette transaction comme nuisible à l’intégrité du marché carbone européen. Le 17 mars, BlueNext (la bourse européenne des émissions de gaz carbonique) a suspendu les transactions liées aux CER. Demande est faite aux Etats membres de mettre en place un système afin d’éviter la revente des CER déjà utilisées.

Pourtant, cette transaction est légalement acceptable. En effet, le protocole de Kyoto autorise les pays n’ayant pas atteint leurs quotas de pollution autorisée à revendre le reste à des pays hors de l’Union Européenne. La Hongrie n’a rien fait de plus qu’exploiter une faille du système : Ces unités « recyclées » et vendues hors du marché européen peuvent aisément être rachetées par un opérateur européen et réintroduites sur le marché du carbone européen, donnant ainsi lieu à un double comptage de ces unités.

Le gouvernement hongrois a vendu ces CER à la société commerciale Hungarian Energy Power. La société, dont le site Internet avait été créé seulement deux semaines auparavant, les a achetées pour 9 euros chacune – soit un total d’environ 7 millions d’euros – et les a immédiatement transférées vers Microdyne (une société enregistrée à Chypre mais basée à Edgware, au nord-ouest de Londres), qui les a ensuite vendues à une société commerciale à Hong Kong. Société qui les a vendues via BlueNext à un certain nombre de courtiers et de banques européennes pour environ 11,50 à 12 euros chacune, générant un profit rapide de 2 millions d’euros.

Patrick Birley, chef de European Climate Exchange à Londres, une autre plate-forme d’échange de carbone, a déclaré: « Il est important de réaliser qu’il s’agit d’un marché en évolution. Quand ces choses arrivent, les règles doivent être revues et elles le seront. » BlueNext, estimant pour sa part qu’aucune loi n’a été brisée mais qu’il serait primordial introduire de nouveaux mécanismes pour prévenir ce genre d’incidents, a ouvert une enquête sur cette affaire.

Un commentaire

  1. frenchies a dit :

    Une précision… et de taille: le marché d’échange est conçu pour que ces pratiques soient légales. En transférant son « effort » de réduction d’émission de CO2 au Japon, la Hongrie n’est clairement pas dans l’illégalité. Cet « effort  » qui, rappelons-le, est dû en grande partie à la crise économique (autre débat), va permettre au Japon de tenir ses engagement au regard du protocole de Kyoto.

    Votre article est imprécis et confond en erreur vos lecteurs. L’illégalité constatée est que ces REC (appelés également CER) ont déjà servi à l’obligation de sociétés hongroises dans le cadre du marché intérieur des quotas Européens. La Hongrie n’est pas obligé d’annuler ces mêmes-certificats tous les ans (Kyoto prend fin en 2012) ce qui lui permet de les revendre. En revanche, ces mêmes CER ne peuvent plus être annulés dans le cadre du marché Européen. Ainsi, les entreprises européennes qui ont acheté les crédits au prix du marché se retrouvent avec des crédits qu’elles ne peuvent pas utiliser pour leur obligation ce qui devrait engendrer une décote sur les prix de ces CER « utilisés » pour reprendre l’expression anglophone.

    La Hongrie a précisé que le Japon s’était engagé à ne pas les vendre en Europe mais on voit bien que ce système a trouvé une limite.

    Voilà pour les précisions…

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