Jobbik ne marche pas si droit

Cette semaine, l’info hongroise était encore une fois en pleine effervescence « grâce » au parti politique d’extrême droite Jobbik. En pleine campagne électorale, Jobbik communique beaucoup plus que son rival direct dans les sondages pour la place de dauphin au Parlement (le parti socialiste MSzP), mais ses cadres s’exposent du même coup à un effet boomerang, et les casseroles commencent à apparaître. Après la rumeur selon laquelle son leader, Gábor Vona, entretiendrait une relation extra conjugale, ce sont maintenant les moeurs festives de son porte-parole, András Király, qui font la Une des journaux. Photos et vidéos à l’appui, la blogosphère hongroise a eu sa tête en une journée, puisqu’il a immédiatement démissionné, et qu’il ne reste aucune trace de lui sur les pages officielles de Jobbik.hu.

András Király était pourtant connu pour être un bon garçon, élévé au bon grain de la campagne de Széged, dans une famille de 8 enfants. Des parents sympathisants du MIÉP, parti de droite dite « hungarista », une éducation dans un lycée catholique de Széged, puis des études en communication à l’université de Pázmány à Pilicsaba, non loin de Budapest. Tout, chez le jeune András, pouvait faire croire à Jobbik qu’il disait vrai lorsqu’il évoquait la droiture de ses moeurs et la profondeur de sa foi chrétienne, à sa prise de fonction au poste de responsable de la filière du parti à Pilicsaba en 2006. Seulement voilà : il semblerait qu’à Pázmány, établissement catholique mais néanmoins assez libéral, András Király ait développé un certain goût pour quelques dérives de comportement occasionnelles, en particulier lorsqu’il se trouve à l’étranger : la consommation d’alcool sans modération (mais cela est loin d’être répréhensible en Hongrie, sauf au volant), l’attrait pour les joyeux rassemblements de la communauté gay, et, encore plus surprenant, l’usage de stupéfiants tels que le cannabis.

Un porte-parole qui pète les plombs à l’étranger

Devenu porte-parole de Jobbik l’été dernier, András Király, assez naïf, ne se doutait peut-être pas que ses souvenirs de vacances au Canada (apprécier les photos) allaient être publiés à un moment crucial de la campagne. Lorsque plusieurs blogs ont commencé à le contacter cette semaine, Kiraly a admis s’être rendu à la gay pride de Toronto et y avoir fumé de l’herbe, mais il a prétexté que ce déplacement était destiné à des « recherches ». Après avoir promis de s’exprimer sur ses trouvailles, l’expert en communication des nationalistes n’a plus dit un mot et s’est retiré des affaires du parti aussitôt, pour enfin disparaître du paysage médiatique. Comme si les photos de ce Hongrois au Canada ne suffisaient pas, certains internautes sont allés voir plus loin, sur youtube, les exploits filmés de ce personnage manifestement très expressif lorsqu’il est dans un état second. Par exemple, on peut l’admirer, outre-atlantique, faisant le malin, importunant et insultant en anglais (avec son fort accent) un vieil homme qui aurait laissé tomber un papier dans la rue, ou encore le voir hurler dans sa langue maternelle sur des ouvriers lors d’un voyage en Grèce, travailleurs qu’il traite allégrement d' »enc.lés ». Si on cherche à traduire poliment et rapidement : « hey! travaille plus vite ouvrier! Travaille plus vite sinon les Spartiates vont te massacrer!  » ( » Na te Helóta! Te munkás helóta geci. Dolgozzál serényebben mert jönneka  spártaiak és lemészárolnak a gecibe baszd meg! ») leur at-il lancé.

Pour Vona, Jobbik étouffe l’affaire

Après avoir vu et surtout entendu ça, on pourrait se dire ironiquement qu’on a beaucoup d’humour chez Jobbik, mais ce n’est pas le cas. La démission d’András Király n’est que la version officielle du parti, qui a certainement dû faire preuve d’intolérance à l’égard de son comportement jugé extrême. A l’heure où le parti radical nationaliste doit faire preuve de professionalisme pour répondre de sa popularité au Parlement, la tolérance du jeune Kiraly envers les drogues et l’homosexualité n’est pas de bon goût pour les têtes du Parti. Pourtant, Jobbik, parti aux valeurs traditionnelles, sait oeuvrer dans le sens de la censure lorsqu’un scandale touche un de ses leaders. Au début du mois, son candidat au poste de Premier ministre, Gabor Vona, a été éclaboussé par une rumeur selon laquelle il aurait plusieurs maîtresses. L’information provient d’une source qui prétend avoir piraté son profil IWIW, le facebook hongrois, à partir duquel des photos et des correspondances privées prouveraient la véracité de la rumeur. Le journal Magyar Hírlap, qui pendant un temps flirtait avec Jobbik, mais qui s’est rallié à la cause de la FIDESz depuis, s’est alors emparé de l’affaire. Jobbik a aussitôt nié en bloc ces allégations, sur le site de leur nouvelle revue officielle, barikad.hu, évoquant une manipulation de la « coalition MSzP-FIDESz » pour discréditer Jobbik. Depuis, l’affaire ne trouve plus un grand écho dans les médias hongrois.

Si Vona ne risque rien espérons pour Kiraly que l’affaire se limitera à son éviction du parti et que les supporters les plus extrèmes du Jobbik oublieront son cas rapidement.

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