Pécs VS Suez: le ring est à Budapest

logo suezCela fait plusieurs mois qu’il y a de l’eau dans le gaz entre la ville de Pécs et la société Suez environnement. Dernier épisode en date de cette affaire, la visite du Premier Ministre Bajnai à Paris le 19 octobre. Il a rencontré le Président Sarkozy à l’Elysée, ainsi que François Fillon. A cette occasion, Bajnai a annoncé vouloir jouer le rôle de médiateur entre Pécs et Suez, pour rétablir la confiance des investisseurs français en Hongrie. L’opposition hongroise, elle, hurle au scandale et à l’ingérence. Retour sur le déroulement des événements.

Le 30 septembre dernier, la municipalité du sud de la Hongrie a rompu le contrat d’assainissement qui la liait au groupe énergétique français depuis 1995, en reprenant possession des lieux de Pecsi Vizmuvek Zrt, réseau de distribution d’eau qu’ils géraient communément jusqu’à maintenant. Le réseau dessert 17 communes des environs, via 17 filiales, et est majoritairement détenu par la ville de Pécs. Seulement voila, les méthodes de la ville furent quelque peu radicales : celle-ci a pris la peine d’envoyer 20 gardes de sécurité à 3 heures du matin sur son site pour empêcher les employés de Suez d’y entrer le lendemain. De son côté, Suez a souhaité passer par la voie diplomatique pour faire valoir ses droits, estimant que la municipalité enfreignait toutes les règles européennes.

Suez environnement répond par le silence

Au début du mois d’octobre, Pécs souhaitait racheter au plus vite la participation de Suez (à hauteur de 48%) qui représentait la modique somme de 330 millions HUF en 95. Mais, Istvan Nyitrai, l’émissaire de Suez à la tête de Pécsi Vizmuvek était en vacances improvisées à ce moment-là, alors qu’il était censé prévenir de son absence. La société française n’a donc pas répondu à cette proposition. Selon le très populaire maire Fidesz de Pécs, Zsolt Pava, l’entreprise profitait trop du réseau, et ne communiquait pas assez avec la ville sur ses affaires avec les 17 filiales des autres communes du réseau. Pécs avait donc la forte impression de se faire flouer.

De l’imbroglio administratif à l’accusation de détournement de fonds

Lundi 12 octobre, à son retour de vacances, Nyitrai a menacé le sous-traitant municipal Tettye de poursuites judiciaires si ses ouvriers utilisaient le matériel et les infrastructures appartenant à Suez. La ville de Pécs avait transféré les compétences à son sous-traitant par décret au préalable. Près de 200 employés sur les 340 du réseau ont assisté à la réunion organisée par Nyitrai, mais Tamas Winkler, directeur de Tettye, a aussitôt organisé son propre rendez-vous dans la journée, où il a déclaré que tous les employés travaillaient désormais pour Tettye. Pourtant, bien que le syndicat des ouvriers (représentant les deux tiers des travailleurs du site) ait décidé de prendre parti pour Tettye, les 11 employés du pôle financier du groupe refusèrent d’obéir à Winkler, en ne payant pas les salariés.

Après les quelques jours qui se sont écoulés depuis le début de la crise, Pécsi Vizmuvek annonçait également être en faillite totale, avec 1,5 milliards HUF de dettes. Entre temps, les banques avaient gelé tous les crédits accordés à la compagnie. L’actionnaire majoritaire, la ville de Pécs, a aussitôt accusé Suez de malversations, déclarant ne pas être au courant des affaires que Suez contractait avec les 17 filiales.

La renationalisation du différend rend l’opposition furieuse

En début de semaine dernière à Paris, Gordon Bajnai disait vouloir s’emparer du dossier car “cette affaire est dangereuse pour la Hongrie et dangereuse pour la ville de Pécs” a t-il dit. Selon Reuters, Bajnai aurait jugé l’attitude de la municipalité de Pécs “juridiquement préoccupante, grossière et inacceptable”. Il a également ajouté que “ce n’est pas une question franco-hongroise. Peu importe d’où vient une société qui s’installe en Hongrie, elle doit se sentir en sécurité”. Du côté de la Fidesz, on fustige sa prise de parti des investisseurs étrangers au détriment des intérêts hongrois, et on l’accuse de ne pas être à même de défendre ceux-ci. Erik Banki, député Fidesz, critique l’approche du Premier Ministre qui devait prendre en compte les accusations sérieuses de fraudes, de malversations et de blanchiment d’argent qui émanent d’une institution publique hongroise à l’encontre d’une compagnie privée française.

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