Meurtre d’un Syrien à Budapest : Israël dans le coup ?

Mercredi dernier, un homme d’origine syrienne possédant la nationalité hongroise était abattu dans la banlieue de Budapest de plusieurs balles tirées à bout portant. S’appuyant sur les révélations d’un quotidien local, l’agence Reuters a diffusé l’information selon laquelle, le même jour, deux appareils de l’armée de l’air israélienne survolaient la capitale hongroise à faible altitude. Il n’en fallait pas plus pour déchainer les spéculations et beaucoup sont tentés de voir un lien entre ces deux faits.

Le porte-parole du gouvernement Domokos Szollar a réfuté tout amalgame. « L’armée de l’air israélienne a mené une opération d’entraînement à l’aéroport de Ferihegy avant-hier, mais ce n’était pas une mission d’espionnage ou de reconnaissance, simplement une manœuvre de pilotage de routine », a-t-il assuré. Selon lui, le ministère hongrois des affaires étrangères avait donné son autorisation deux mois auparavant à cette opération.

Pourtant, le Premier ministre Gordon Bajnai a ordonné une enquête. De plus, l’agence de presse Reuters souligne un fait troublant : le ministère hongrois de la Défense n’en avait pas été informé … en raison d’une simple panne de télécommunication. L’ambassadeur d’Israël à Budapest, Aliza Bin-Noun, a pour sa part assuré à l’agence hongroise MTI que « Ce n’étaient évidemment pas des avions-espions ». De son côté, la police hongroise en charge de l’enquête sur l’assassinat du Syrien a affirmé ne pas faire de rapprochement avec le survol peu après des avions israéliens.

La tentation de faire le rapprochement entre ces deux affaires est grande, seulement quelques semaines après l’ « escapade » du Mossad à Dubaï, où des agents présumés du Mossad, les services secrets israéliens déguisés en touristes se sont fait « pincer » pour l’assassinat d’un activiste palestinien. D’ailleurs, la presse israélienne elle-même s’interroge sur la possibilité d’un lien entre le meurtre et la présence des avions israélien au même moment au-dessus de la capitale hongroise. « Un autre Dubaï? » s’interroge le site d’information israélien Yeshiva World News. Le journal israélien Maariv quant à lui, évoque « le mystérieux assassinat d’un ressortissant syrien ».

Le danger de la récupération politique

En Hongrie, mettre en cause Israël, ou ne serait-ce que spéculer sur son application dans ce meurtre, n’est pas une chose anodine, surtout en période de campagne électorale, à trois semaines des législatives. Pour plusieurs raisons. La Hongrie abrite une importante communauté juive d’environ 100.000 personnes et la question du rôle de la Hongrie dans l’holocauste n’a été soulevée que récemment et elle reste encore taboue pour une partie de la population. L’extrême-droite hongroise prospère sur des courants antisémites qui ont trouvé un nouvel écho ces dernières années, et son principal représentant, le Jobbik, est en passe d’entrer au Parlement en avril prochain.

Dans ces conditions, on imagine bien que la théorie d’une opération d’Israël sur le territoire hongrois ne peut qu’apporter de l’eau à son moulin, lui qui accuse sans vergogne les gouvernements précédents et en particulier les socialistes actuellement au pouvoir de « vendre le pays aux étrangers, à Bruxelles, à Washington et à Tel-Aviv », selon les propos de Gabor Vona à son meeting du 15 mars dernier. Pour lui, qui va jusqu’à faire référence à la Palestine dans ses envolées lyriques, Israël a plus d’influence sur le sol hongrois que le ministère hongrois de la Défense lui-même. Voilà comment toute cette affaire, ou les deux affaires indépendantes de Dubaï et de Budapest, risquent d’être exploitées.

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