Chronique politique: les partis hongrois « pour les nuls » (3/5) – MDF

Le MDF tente de faire peau neuve

Après avoir traité de la « Droite », le curseur de notre chronique se déplace aujourd’hui vers le « Centre » de l’échiquier politique hongrois, historiquement incarné par le MDF. Il convient de rappeler que « l’échiquier » en question est un espace où la notion de clivage française est, pour prendre un raccourci, politiquement respectée, et économiquement inversée.

Sur le site Internet du MDF- Magyar Demokrata Fórum (Forum Démocrate Hongrois), l’internaute est accueilli par quelques accords de guitare, bande son d’un court métrage d’une minute. Le message ? MDF : un parti d’avenir. Et pour le démontrer, une petite minute pour voyager dans le temps. La Hongrie du MDF dans dix ans ?  Une cantine qui tourne grâce aux éoliennes, des cafés payés en euros et des octogénaires sur des Segways (déambulateurs citadins pour bipèdes aliénés par l’excès de technologie). Toujours sur son site Internet, le MDF prétend être « le seul parti capable de sauver la Hongrie de la crise ».  Réduire la TVA,  créer des fonds privés pour financer la sécurité sociale,  augmenter le nombre de contribuables pour alléger  les impôts… Un programme plein de promesses presque essentiellement tournées vers le « néolibéralisme magyar » de Lajos Bokros (au premier plan sur la photo ci-dessus).

Petites inimitiés

Dans un certain sens, le MDF est « fondateur » de la Fidesz. Créée un an plus tard, certains de ses cadres majeurs proviennent du MDF, qui, depuis, est tout aussi conservateur, tout en se voulant moins populiste et plus technocrate. Une position nuancée qui ne plaît guère aux Hongrois, puisque le MDF n’est pour l’instant crédité que d’un infime pourcentage d’intentions de vote. Aujourd’hui, il ne fait aucun doute que le MDF cherche surtout la sympathie du public en se forgeant une image plus jeune et plus humaniste. Il suffit de voir certaines affiches de campagne pour comprendre. Celles-ci rappellent des publicités pour chaîne de magasin de vêtements sorties tout droit des années 80, avec « United Colors » comme slogan, mais sans la diversité raciale.

L’autre point important pour le MDF de Bokros est de s’écarter le plus possible de son concurrent direct. Aucun discours sans que le MDF ne fustige la politique et les propos d’Orban en rappelant à qui veut l’entendre ses accointances avec le parti d’extrême droite; alors même qu’au début des années 90 l’un des cadres du MDF n’était autre qu’Istvan Csurka, par la suite fondateur du parti xénophobe hungarista MIEP.

Un parti historique

Le MDF, qui ne récoltera vraisemblablement que peu de voix aux élections, fut pourtant un grand parti. C’est le Forum Démocratique qui fut à la tête du premier gouvernement de la nouvelle république hongroise en 1990. Son rôle était donc celui d’assurer la difficile transition d’un système communiste au régime d’économie de marché. A l’époque, le MDF se voulait fédérateur de toutes les tendances politiques à l’opposé de ce qu’avait pu représenter le communisme en Hongrie. Par conséquent, le MDF, de mouvance libérale conservatrice (se présentant lui même comme « national libéral ») se voulait à la fois anticommuniste, chrétien, démocrate, et libéral économiquement.

Le « personnage »Lajos Bokros

Contre toute attente, ce n’est pas sa présidente Ibolya Dávid qui se présente aux élections, mais l’économiste et eurodéputé Lajos Bokros. Une nomination mal vécue par certains membres du MDF qui sont allés jusqu’à dissoudre le groupe parlementaire alors composé de 11 politiciens, jugeant Bokros « trop à gauche ». Ancien du FMI, soupçonné d’avoir menti sur ses diplômes, Lajos Bokros est surtout connu pour son « paquet» de réformes particulièrement impopulaires. C’est paradoxalement sous le premier gouvernement socialiste depuis 1990 que Lajos Bokros, néolibéral reconnu et ancien président de la Budapest Bank, fut nommé Ministre des Finances de 95 à 96. Le « paquet Bokros », fait du Ministre un des hommes les plus détesté du pays. Il conduisit toute une série de réformes néolibérales et technocratiques, telles que la réduction des prestations sociales et de l’Etat-providence, ainsi que la privatisation des banques. Malgré de nombreuses protestations, le paquet fut accepté en mars 95 par un Parlement majoritairement socialiste.

Une mauvaise réputation qui pourrait coûter au parti une bonne partie de ses électeurs. Aujourd’hui, le MDF se présentant aux législatives représente une branche du parti qui insiste plus sur son côté libéral (économiquement) que conservateur, et tente de se refaire une jeunesse, tout en jouant sur l’image « d’expert » de son candidat. Un « expert » qui sait s’amuser ( à en croire cette vidéo ci-dessous), bien que sa « sympathique » communication soit bien souvent menée a contrario.

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