Le capital étranger pris en grippe?

Les investissements étrangers ont beaucoup contribué à redynamiser la prospérité des pays d’Europe centrale au cours des 20 dernières années. Pour échapper à la récession actuelle, ils ont, en toute logique libérale, d’autant plus besoin de capitaux venus d’ailleurs. Mais les réponses politiques à la crise économique s’avèrent souvent protectionnistes, populistes, et tendent à inverser cette logique, comme l’illustrent plusieurs épisodes récents de la vie économique en Hongrie.

Le scandale de l’audiovisuel hongrois

slager_logoAu début du mois, l’institution qui gère les ondes radiophoniques hongroises, l’ORTT, a désaisi deux stations appartenant à des groupes étrangers (Danubius et Slager) de leur licence de radio nationale, pour les octroyer à deux entreprises locales (Advenio et Est média). Les deux victimes de l’appel d’offres font pourtant partie du panorama audiovisuel hongrois depuis douze ans, et rassemblent plus de 3,5 millions d’auditeurs. Selon elles, l’appel d’offres était forcément truqué : l’offre d’Advenio est de 200 millions HUF par an avec 55% de ses recettes annuelles, quand celle de Est média est de 350 millions HUF par an. Selon Edina Heal, directrice de Slager radio, ces chiffres pour des droits d’émission sont parmi les plus élevés au monde. Elle ajoute qu’il ne sera pas étonnant de voir ces tarifs renégociés après que les deux nouvelles radios émettent réellement.

Toujours selon Slager, la radio aurait recu plus de 1,2 millions de messages de soutien directs. Une pétition circulant sur les réseaux sociaux en ligne, pour le maintien de Danubius et de Slager a déja reccueilli 123 000 signatures. Un concert de soutien a lui aussi été organisé, hier, sur la patinoire proche d’Hösök tere.

Malgré l’appel de la décision, le soutien populaire et la pression des diplomates américains à Budapest, furieux, les deux nouvelles radios devraient de toute façon jouir de leur droit d’émission dès mercredi. Slager est en effet une filiale d’Emmis Communications, entreprise de médias américaine. Radio Danubius appartient, elle, à Accession Mezzanine Capital, un fonds d’investissement basé à Vienne, qui note que « la Hongrie devrait traiter les investisseurs étrangers de meilleure manière, spécialement car sa survie économique dépend en grande partie de la bouée de sauvetage du FMI « .

Fidesz et MSzP, unis le temps d’une affaire

Advenio, qui détient également Lanchid radio, a des liens étroits avec la Fidesz, parti d’opposition de droite et ultra favori des prochaines législatives. Est média, quant à elle, a une sensibilité plus libérale : FM1 sera la petite soeur, entre autres, de Radio Café et du magazine PestiEst. Le Président de l’ORTT, Laszlo Majtenyi, par ailleurs ancien directeur du comité d’éthique sur la protection des données, a démissionné, argumentant que la décision prise par les délégués de la Fidesz et du Parti socialiste au pouvoir était hors-la-loi. L’appel d’offres ayant suscité beaucoup d’interrogations depuis quelque temps, une enquête parlementaire a été ouverte. Mais l’enlisement de celle-ci, voulu par la Fidesz et le MSzP, semble confirmer les soupçons d’Edina Heal, qui affirmait en début de semaine dernière que l’attribution des fréquences résulte d’un « accord officieux » entre les deux partis politiques majeurs en Hongrie. Elle cherche donc à obtenir une injonction pour continuer d’émettre d’ici la fin de l’enquête, qui trouve des détracteurs très influents.

Dans les petits partis d’opposition, on hurle au scandale démocratique. David Ibolya, chef du parti conservateur MDF (Forum Démocrate Hongrois), accuse la Fidesz et le MSzP de conclure « un pacte sur les fréquences ». Janos Koka, l’ancien ministre de l’économie étiqueté SzDSz, a réitéré sa demande pour qu’une commission d’enquête parlementaire soit lancée. Il s’est également prononcé sur le fait, inacceptable, que les deux grands partis du pays refusent l’enquête au moment même où ils font  l’objet de telles accusations. Du côté de la Fidesz et du MSzP, « unis » pour l’occasion, on rétorque que l’intention de Koka est abusive. Le socialiste Attila Mesterhazy a d’ailleurs osé souligner que « l’ORTT est une autorité des médias indépendants dont les décisions sont souveraines ». Le Parlement hongrois prendrait-il la forme du palais de l’Elysée?

« Pécs VS Suez », symbole du populisme électoral de la Fidesz

suez environnementFin août – début septembre, l’affaire entre le gouvernement local de Pécs (Fidesz) et la société française de gestion de l’énergie Suez a marqué les esprits sur ce phénomène qui voit les responsables politiques se retourner contre les compagnies étrangères en Hongrie. Point central de l’affaire : la résiliation unilatérale du contrat entre Pécs et Suez sur la gestion du réseau de distribution d’eau dans la région. Après avoir accusé l’entreprise de corruption, de blanchiment d’argent, de mauvaise gestion des fonds et, par-dessus tout, d’une pratique de tarifs anormalement élevés, la ville a envoyé des agents de sécurité pour occuper le réseau et verrouiller les infrastructures.

La semaine dernière, Suez commençait sa longue bataille judiciaire contre Pécs pour faire valoir ses droits et retrouver l’exclusivité sur l’utilisation des infrastructures qui lui appartiennent. En première instance, Suez a eu gain de cause. Mais la ville de Pécs a déja fait appel, et le refera certainement jusqu’au bout. Quelques jours avant ce premier jugement, le premier ministre Bajnai s’était rendu à Paris et avait pris position en faveur de l’entreprise française. Il a immédiatement été fustigé par l’oppositon, l’accusant publiquement de «protéger les capitalistes étrangers et non pas le peuple ».

Quelque soit l’importance, les détails et l’issue finale de l’affaire jugée, non à Pécs, mais à Budapest, la Fidesz a choisi son camp en vue de sa victoire aux élections législatives de 2010, qui lui est déja promise. Après huit longues années dans l’opposition, le parti alimente désormais ses discours du mécontentement à l’égard de la privatisation, des investisseurs étrangers et, dans une certaine mesure, de l’économie de marché en général. Oszkar Molnar, un obscur député Fidesz, s’est plaint le mois dernier du « capital juif désireux de dévorer la Hongrie ». Interrogés sur cette déclaration, les ténors de son parti l’ont simplement qualifiée d' »embarrassante », et le laisse conserver son siège au Parlement.

En 2008, la Fidesz avait déja stoppé Apollon, une société indienne, dans la construction d’une usine de pneus dans la ville de Gyongyos. Les Indiens auraient créé 900 emplois, mais la Fidesz a prétexté (à tort) qu’il s’agissait d’une technologie ne répondant pas aux normes imposées par l’Union Européenne. Fidesz a également soutenu un référendum visant à bloquer des investissements privés dans le secteur des services au nom de « la santé nationale ». Viktor Orban, chef du parti, a d’ores et déja annoncé qu’il s’opposerait à de nouvelles privatisations et a promis d’examiner minutieusement la manière dont sont dirigés les appels d’offres, une fois en poste de Premier Ministre. Une position inverse de celle du socialiste Jospin en France en 2002, qui lors de son mandat de Premier Ministre n’avait pas hésité à commencer la dénationalisation de nombreuses entreprises françaises. L’annonce pragmatique selon laquelle son programme « n’était pas socialiste » lui avait été fatale au premier tour des élections présidentielles.

Ces jours-ci, la presse de droite hongroise, quant à elle, regorge de théories du complot en ce qui concerne les financiers venus de l’étranger et le capitalisme mondial. Fidesz nie pourtant qu’elle est « anti-business », en faisant valoir qu’elle a soutenu avec enthousiasme l’implantation d’une nouvelle usine Mercedes dans l’Est de la Hongrie. Référence en matière d’analyses économiques, l’hebdomadaire The Economist rapporte que Krisztian Orban, directeur associé chez Oriens, une banque d’affaires à Budapest, ressent la forte inquiétude des investisseurs étrangers envers les changements de réglementation que le populisme de la Fidesz pourrait instituer en Hongrie. La Fidesz attaque régulièrement les récents efforts du gouvernement visant à stabiliser le budget, gonflé depuis des années par une importante fiscalité, mais en dit encore très peu sur ses propres projets économiques.

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2 Commentaire

  1. Messieurs, faudrait pas désinformer le monde francophone sur la Hongrie. L’article est plein de mensonges et des informations incorrectes.

  2. Comme je ne vis pas en Hongrie mais en Suisse, j’ignore si l’article contient des « mensonges » comme l’affirme le correspondant précédent. Mais si c’est le cas, pourquoi ce dernier ne nous dit pas de quels « mensonges » il s’agit? Ceci dit, je trouve votre site très intéressant. J’y apprends beaucoup de choses et je vous encourage à persévérer.

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