L’horizon s’assombrit à l’aéroport de Budapest

Malgré l’ouverture de nouvelles lignes par Wizzair et certaines compagnies étrangères, la faillite de Malév pourrait entraîner la fermeture prochaine du Terminal 1 de l’aéroport Liszt Ferenc de Budapest (anciennement « Ferihegy »).

Avec la banqueroute de la compagnie aérienne nationale le 3 février dernier, c’est à la fois l’imaginaire collectif et tout le secteur aérien hongrois qui sont profondément choqués. Sur le terrain logistique, le terminal 2 de Liszt Ferenc serait en mesure de supporter la totalité du trafic aérien budapestois. Mihaly Hardi, porte-parole de l’aéroport, a cependant précisé que la décision n’était pas encore définitive et que des informations supplémentaires seraient communiquées dans les semaines à venir, après négociations avec les partenaires. Quant à la question de la possible réouverture du terminal, notamment dans le cadre de la création d’une nouvelle compagnie nationale, il l’a qualifié « d’irréaliste ». Le précédent communiqué parlait pourtant d’une fermeture « temporaire ».

Dommages collatéraux

La fermeture du terminal 1 affecterait de nombreux acteurs économiques liés à l’activité de l’aéroport. Et même s’il ne fermera pas du jour au lendemain, les entrepreneurs, les commerçants et leurs personnels n’ont encore aucune information précise concernant le temps qu’il leur reste à exploiter les lieux. Le Terminal 2 n’étant plus en mesure d’accueillir de nouvelles entreprises en son sein, ces exploitants seront contraints de fermer boutique et de quitter l’aéroport.

La compagnie officielle de taxis de l’aéroport, FOTAXI, n’a quant à elle reçu aucun avertissement concernant cette fermeture imminente. Andras Viz, porte-parole de la compagnie, a par ailleurs affirmé que cet évènement ne devrait avoir aucune ou très peu d’influence sur leur chiffre d’affaire. Les employés du secteur aérien ont quant à eux déjà reçu un avis les informant de leur transfert ou non vers le Terminal 2. Plus de 100 employés risquent de se retrouver sur la paille et dans l’obligation de se reconvertir.

En septembre dernier, le directeur de l’aéroport était pourtant optimiste et parlait d’un investissement de 300 millions d’euros, avec la création de 10 000 nouveaux emplois dans la décennie à venir. Ce plan comprenait le déblocage de 25 millions pour la construction de 200 chambres d’hôtel adjacentes à l’aéroport et l’investissement de 14 millions d’euros pour le développement du fret aérien. Lammers Jost, directeur de l’aéroport, vantait les mérites du développement de ce marché : le grand nombre de marchandises en partance de Hongrie pour Vienne ou d’autres grandes villes européennes se fait quasi exclusivement par voie routière. Une motivation pour ouvrir des lignes de fret aérien et ainsi répondre à la demande croissante en matière de transport de marchandises.

Aux vues des derniers évènements, ces projets seraient mis entre parenthèse en attendant une amélioration de la situation économique de l’aéroport : le développement du fret aérien serait retardé de 2 ans quant à la construction d’hôtels près de l’aéroport, elle ne serait envisageable que si les difficultés actuelles sont surmontées dans un futur proche.

Nouveaux horizons

Depuis février, les grandes compagnies européennes, et en particulier les low costs se sont jetées sur le cadavre de Malév. L’autre flotte magyare (privée), Wizz Air, déplacera ses activités du terminal 1 au terminal 2 le 1er avril prochain. La compagnie a annoncé que des vols directs pour Varna (Bulgarie), Palma de Majorque et Milan seront ajoutés à son calendrier d’été. Cette semaine, elle reprend aussi en main la liaison Budapest – Bucarest laissée par Malév, avec des aller -retour à partir de 20 euros !  Avec ces nouvelles lignes, le PDG Jozsef Varadi attend une augmentation de 15% des passagers d’ici avril 2013, qui se traduirait par une augmentation de 25% du chiffre d’affaire.

L’opportunité de croissance laissée par Malév a aussi aiguisé l’appétit du pionnier des vols low costs en Europe, Ryan Air. Dès le mois de janvier, la société irlandaise faisait preuve de flair en annonçant 5 nouvelles lignes depuis Budapest. Par la suite, elle a porté ce nombre à 31, incluant Paris Beauvais et Bruxelles Charleroi, dans le but de transporter jusqu’à 2 millions de passagers chaque année. Ces deux aéroports font donc leur grand retour dans les destinations à partir de et vers Budapest.

AEGEAN Airlines (Grèce) reprend à son compte la liaison entre Budapest et Athènes à hauteur de 4 fois par semaine (lundi, mercredi, vendredi et dimanche). VOLOTEA (Italie) assurera quant à elle les trajets entre Budapest et Venise 3 fois par semaine à partir de juin 2012.

En attendant sa fermeture définitive, le terminal 1 assurera seulement 8 vols par jour, répartis entre trois compagnies : Jet1, EasyJet et German Wings.

Affaire classée entre Ryan Air et la douane hongroise

La compagnie irlandaise avait au début du mois supprimé 13 de ses vols à destination et en partance de Budapest (du 2 au 16 mars) en raison du contrôle excessif des douanes hongroises, obligeant le personnel d’équipage à passer par le poste d’immigration à chaque arrivée sur le sol hongrois. Cette nouvelle procédure imposée par les autorités hongroises mettait à mal le système de rotation de la compagnie se limitant à 25 minutes d’immobilisation sur le sol de chaque aéroport. Cet abus de la douane perturbait également les procédures d’enregistrement, clé du système économique des compagnies low-costs.

Au coeur de ce feuilleton, le PDG de Ryanair, Michael O’Leary, avait qualifié ces mesures de « stupides » et « uniques » comparées aux 170 autres aéroports où ses avions se posent, d’autant que l’équipage de chaque appareil passe par le contrôle d’immigration en début et en fin de journée, et qu’il circule à l’intérieur de l’espace Schengen ! Après la signature début mars d’un accord entre l’aéroport de Budapest et Ryan Air, il a été conclu que la compagnie rétablirait ses vols mais qu’en contrepartie, les procédures de contrôle d’immigration ralentissant le système de la compagnie ne seraient plus appliquées.

Wizzair et Péter Oszkó dans le collimateur du gouvernement

De son côté, depuis le crash de Malév, le gouvernement a constitué une commission de 10 parlementaires chargés d’examiner les finances et les conditions générales de la banqueroute de la compagnie nationale. A l’initiative de Gyula Budai, commissaire aux comptes et à la lutte anti-corruption, la commission a 6 mois pour donner ses conclusions, notamment vis à vis d’une possible implication de Péter Oszkó dans la faillite de Malév.

L’ancien ministre des Finances du gouvernement Bajnai (2009 – 2010) a en effet récemment admis faire partie du comité exécutif de Wizzair. Il y a deux ans, lorsque cette dernière en appelait à Bruxelles pour condamner la (re)nationalisation de Malév, Péter Oszkó disait « tout faire pour sauver Malév ». Cette bataille du respect de la libre concurrence gagnée par Wizzair contre Malév et l’Etat hongrois a eu raison de la compagnie nationale historique, qui dépendait de la nationalisation pour survivre.

Péter Oszkó  est aujourd’hui accusé d’avoir utilisé des informations confidentielles de chez Malév, obtenue lorsqu’il était aux affaires, pour ensuite développer la stratégie économique de Wizzair et précipiter la chute de la compagnie nationale… Des accusations qu’il récuse catégoriquement sur son fameux blog hébergé par hvg.hu.

Tatiana Carret

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4 Commentaire

  1. encageviktor a dit :

    La faute à l’UE encore une fois, au FMI et aux compagnies étrangères venues exploiter cet aéroport au détriment de la compagnie hongroise… Pas vrai?
    Heureusement on s’est déjà occupé du vrai problème de l’aéroport en le rebaptisant aéroport Liszt Ferenc, car la fierté de la nation est la seule solution… Pas vrai ça aussi?

  2. Et bien oui, encageviktor, c’est la faute aux autres et tout particulièrement à Wizzair qui profite du moment. Une société magyar qui doit être socialiste et puis aussi à Tel-Aviv qui à cloué au sol un trésor de guerre en immobilisant un avion de la Malev sur son tarmac Sion sous prétexte de récupérer des sommes dues.
    Mais tout va bien depuis que l’aéroport se nomme farine et que François est son prénom.

  3. Dans ce crash, je compatis et je pense avant tout à toutes les personnes qui risquent de perdre leur emploi …
    Si elles sont licenciées … elles se ficheront éperdument du nom de l’aéroport !

  4. Quand l’aerien est plus concurrentiel que jamais, et que les compagnies nationales de pays beaucoup plus grandes/riches que la Hongrie sont contraintes au rachat ou alliances (KLM, Alitalia, Iberia, Swissair, Austrian Airlines…) il etait surprenant que Malev puisse continuer a survivre tres longtemps.
    Il eut ete beaucoup plus judicieux de la privatiser et qu’elle fut racheter par Lufthansa, BA ou autre. Malev est une compagnie que les differents gouvernements n’ont pas su adapter au marche. Les differentes privatisations et renationalisations n’ont certainement pas aide.
    Wizzair ne semble pas s’en sortir beaucoup mieux non plus puisque fin 2009 il y avait des rumeurs de faillite qui couraient et que selon certaines sources elle n’a jamais fait de benefice depuis sa creation…

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