L’exemple de 1989 pour 2011 : une fausse bonne idée

Le billet de Cécile Vrain, journaliste et docteur en Histoire des Relations Internationales de l’Université de Paris 1, spécialiste de la Hongrie.

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La révolution egyptienne, février 2011

Le 17è sommet des pays d’Europe centrale et orientale a eu lieu vendredi dernier, 27 mai, à Varsovie. Une vingtaine de dirigeants d’Europe centrale et orientale, mais aussi les présidents allemand, autrichien et italien étaient présents, dont la présidente du Kosovo invitée par les Polonais et entraînant de facto l’absence de la Serbie, mais aussi celle de la Roumanie, qui refusent toujours de reconnaître le nouvel Etat comme un pays indépendant. L’ordre du jour de cette rencontre était les transformations démocratiques opérées dans leur région, susceptibles de servir de modèle pour le printemps arabe.

C’est en effet, le dernier sujet à la mode en Europe centrale, mais surtout en Pologne. Varsovie semble avoir trouvé un excellent moyen d’attirer les regards sur elle. Le président de la République  de Pologne estime que « L’expérience polonaise peut être utile pour servir la démocratie dans d’autres parties du monde, en Afrique du nord et en Asie« . Entendez par là, plus précisément, au Maghreb. Ces sommets réunissant les représentants des pays d’Europe centrale et orientale n’ont jamais eu autant de publicité que ce dernier grâce, en grande partie, à la présence du président américain Barack Obama pour un dîner de travail.

Il est manifeste que Varsovie prépare de façon très active sa future présidence de l’Union européenne et que l’occasion était trop belle pour la manquer. La Hongrie, rentrée dans le rang après toutes les affaires qui l’ont mis sur le devant de la scène, travaille normalement et ne fait plus parler d’elle.

Mais y a-t-il vraiment un parallèle à faire entre ce qui s’est passé en 1989 et ce qui se passe actuellement au Maghreb et au Mashrek ? Au vu des événements en Tunisie, puis en Egypte, et ainsi de suite, le principe d’un effet domino semble assez évident, dans le sens de la contagion, de l’entraînement. Mais peut-on vraiment aller plus loin dans la comparaison ? Peut-on vraiment publier comme on a pu le lire dans de nombreux journaux – sous la plume de journalistes répétant les propos du chef de l’Etat polonais mais aussi sous la plume de personnes plus averties sur ces questions – que les événements qui se sont déroulés en Europe centrale et orientale et en Pologne en particulier, en 1989, et leurs conséquences peuvent servir de modèles, d’exemples aux pays arabes, aujourd’hui confrontés à des révolutions démocratiques ? Peut-on vraiment comparer les deux systèmes politiques : le communisme en Europe centrale et les dictatures militaires ou policières en  Tunisie ou en Egypte ? Peut-on comparer un système économique planifié à une économie de marché, même exploitée par une caste familiale ou autre ?

L’on tient à nous rappeler que la Pologne a été le premier pays du bloc soviétique à se débarrasser du communisme sans effusion de sang, bien, mais l’on sait déjà que les révolutions arabes ont été le témoin de massacres importants.

Alors, si l’on tient absolument à faire des comparaisons historiques, ne serait-il pas plus judicieux de remonter au début des années 80, au moment ou justement les choses ont commencé à bouger en Pologne, à Gdansk plus précisément ? Soyons clairs, il a fallu à l’Europe centrale et orientale une dizaine d’années pour se débarrasser du communisme et il en faudra certainement autant aux pays du Maghreb, actuellement en plein bouleversements politiques et économiques pour arriver à établir un système démocratique. Ce travail sera un travail de longue haleine qui une fois mis en place, demandera encore au moins une génération voire plus pour que les populations s’adaptent aux principes démocratiques.

Choisir 1989 pour comparer les deux situations, celle de 1989 et celle d’aujourd’hui est faux et dangereux dans le sens ou cela pourrait faire croire aux révolutionnaires nord-africains que le processus va être rapide. C’est tout le contraire et on le voit déjà aujourd’hui, les élections risquent d’être reportées en Tunisie, les manifestations reprennent et les tenants et profiteurs de l’ancien régime font tout pour garder leurs privilèges. Un changement des mentalités demandera du temps, beaucoup de temps. Et si une comparaison doit être faite, elle doit concerner l’aide que l’Union européenne a apporté aux pays d’Europe centrale et orientale il y a une vingtaine d’années et l’aide qu’elle se doit d’apporter aujourd’hui aux pays du Maghreb qui tout aussi courageusement ont pris leur avenir en main.

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