L’Europe non-démocratique dénoncée à l’Institut

« Une fois n’est pas coutume ». Lundi 22 mars, l’altermondialisme franco-hongrois était à l’honneur à l’Institut français de Budapest, dans le cadre d’une conférence intitulée « La nation européenne ? Les notions d’Etat-Nation et de supranationalités dans l’Union Européenne ». Afin de débattre sur la question, étaient conviés par Le Monde Diplomatique et le Cercle Kossuth, le directeur général du Monde Diplomatique, Bernard Cassen, et le philosophe hongrois Gaspar Miklos Tamas, également fondateur d’Attac en Hongrie. Profondément marqués « à gauche », les deux professeurs, en accord sur de nombreux points, ont pris la parole chacun leur tour, se livrant à une critique profonde des politiques européennes actuelles.

« L’absence d’unité européenne »

Bernard Cassen n’a pas attendu la fin de son discours pour répondre à la problématique de cette conférence. Dans ses tout premiers mots, il a lancé que « la nation européenne n’existait pas encore » et qu’il n’était pas certain de la voir naître un jour. Il a rappelé qu’il ne fallait pas « confondre les peuples européens et les réseaux européens ». Selon lui, il existe des liens entre les peuples européens, mais les dénominateurs communs entre ces derniers ne sont pas assez nombreux pour pouvoir parler, à court et moyen terme, de nation européenne.

Les deux professeurs ont tour à tour affirmés leur volonté de voir l’Europe changer. Certes, Tamas et Cassen se sentent « profondément européens » mais ils ne veulent pas mythifier cette Europe-là, qu’ils jugent anti-démocratique et trop profondément libérale économiquement. Tamas a même parlé d’un « mépris ouvert pour le peuple » de la part d’organismes tels que la Banque centrale Européenne, ou la Cour de Justice de la Communauté Européenne dirigés par des technocrates non-élus, dont les actes se limitent « à dicter les lois du marché ». « Si des mairies européennes existaient » a enchainé Cassen, « sur leur fronton, ne figurerait qu’un seul mot : la concurrence ».

Des politiques européennes qui font le jeu des extrèmes

Les travers ainsi décrits des politiques européennes font donc le jeu de Jobbik, selon Tamas, le parti d’extrême-droite étant le seul à critiquer ouvertement l’UE en Hongrie. Selon lui, il est difficile, dans son pays, d’avoir un regard critique sur l’UE sans être immédiatement affilié aux idées de Jobbik. Il rapporte d’ailleurs qu’il s’est lui-même fait traité de « nationaliste » ou de « populiste » par certains grands commentateurs politiques magyars. En faisant référence au Front National, et à sa résurrection aux élections régionales de la semaine dernière, Bernard Cassen s’est inquiété du fait que de plus en plus de citoyens mettent l’idée même de l’Europe dans le même panier que les politiques européennes. Il a regretté alors que « l’on jette le bébé de l’Europe avec l’eau du bain des politiques européennes »

« Seules les crises feront progresser l’Europe »

Après avoir vivement critiqué les institutions européennes, les deux penseurs ont proposé des solutions pour rendre l’Europe « davantage sociale et démocratique ». Cassen a affirmé, qu’avec la mise en place de la monnaie unique, le système en place ne pouvait qu’ « exploser » dans les années à venir. Les pays « à la traine » au niveau économique, ou même ceux trop en avance sur les autres comme l’Allemagne, pourraient être amenés prochainement à quitter la zone Euro. Le Directeur général du Monde Diplomatique a prétendu que : « seules des crises feront progresser l’Europe » et que seuls « des actes de dissidence inaugural » de certains gouvernements nationaux envers les politiques européennes pourraient faire avancer les choses. C’est bien sûr la nécessité de recréer une utopie européenne qui est en filigrane derrière ces propos. Gaspar Miklos Tamas, en total accord avec Bernard Cassen, a émis le souhait de ne pas voir le nationalisme sortir grand gagnant de cette crise identitaire européenne : « Si il n’y pas une résistance démocratique d’un côté, il y aura alors une résistance anti-démocratique de l’autre».

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