Les pleins pouvoirs pour Orbán?

En obtenant 52,8% des votes, la FIDESz a acquis la majorité absolue au Parlement dès le premier tour des élections législatives. Celle que vise désormais le parti de droite au second tour, dimanche prochain 25 avril, c’est la majorité des deux-tiers. Celle qui lui offrirait… les pleins pouvoirs.

Le parti d’Orbán a déjà assuré 206 des 386 sièges que compte le Parlement hongrois. Il reste 121 sièges à attribuer. Un deuxième tour n’est nécessaire que dans 57 circonscriptions. La FIDESz doit en remporter au moins 48, ce qui est loin d’être « mission impossible », car le parti est largement en tête dans la majorité d’entre elles.

La majorité des deux-tiers lui permettrait de faire passer toutes ses propositions de lois sans faire alliance avec aucun autre groupe parlementaire, que ce soit les socialistes du MSzP, l’extrême droite Jobbik, ou LMP. Elle lui permettrait aussi et surtout de modifier la Constitution et ainsi d’entreprendre unilatéralement de modifier la loi dans des domaines aussi sensibles pour une démocratie que la liberté de la presse et le droit de grève. La Fidesz serait en mesure de « réécrire les règles de base du fonctionnement de la République », comme l’a prévenu Tamas Lörincz, éditorialiste du quotidien de gauche Nepszava.

Laszlo Köver – pressenti aux côtés de Zoltan Pokorni pour remplacer Orbán à la direction du parti, si toutefois ce dernier laisse sa place – a annoncé lundi que la FIDESz ferait amender, de manière certaine, quatre lois qui requièrent la majorité des deux-tiers, si elle l’obtenait : la loi sur les élections, sur les collectivités locales, sur les médias et sur la double nationalité des Hongrois d’outre-frontière. En plus de ces quatre lois, son parti envisage aussi de s’attaquer à des lois régissant la police et les services de sécurité.

Les socialistes mettent en garde

Modifier la loi sur les élections et sur les médias !? Des lois « sur-mesure » faciliteraient grandement le travail de la FIDESz lorsqu’il s’agira de se faire réélire, dans quatre ans… Les socialistes ne disent pas autre chose. Attila Mesterhazy, leur candidat défait, a averti hier que la majorité des deux-tiers pour la FIDESz mettrait la démocratie hongroise en danger. Selon lui, les projets de modifications de la législation ne sont pas destinés à servir les intérêts du pays mais à servir ceux du parti lors des prochaines campagnes électorales. Les plans de la droite, « préfigurent l’avènement d’un parti unique« , craint-il.

Le jeune Mesterhazy, lui qui n’avait 15 ans lorsque le système communiste s’est effondré en Hongrie, ne saisit peut être pas toute l’ironie de la situation : il est le candidat d’un parti fondé sur les braises encore chaudes du Parti socialiste ouvrier hongrois MSzMP (Magyar Szocialista Munkáspárt)… le parti unique de la République populaire de Hongrie.

Orbán en a rêvé, le peuple hongrois l’a (PRESQUE) fait

Pour Viktor Orbán, c’est le but de toute une vie qui est en passe de se réaliser. Au mois de février dernier, il avait partagé son rêve d’un système au parti unique, et dont il serait le chef bien entendu, avec les lecteurs de l’hebdomadaire conservateur Nagyítás.   »La dualité du système politique semble tendre vers sa fin et être remplacée par un champ de forces politique central. A la place s’inscrira dans la durée un grand parti gouvernemental, en mesure d’articuler les intérêts nationaux. … Je m’engage personnellement pour que, au lieu d’avoir une politique marquée par des luttes permanentes, on privilégie une politique dont l’objectif est la gouvernance permanente. », estimait-il alors.

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4 Commentaire

  1. À vous lire, la Hongrie et les Hongrois se préparent à une dictature qu’ils auront eux-mêmes mise en place. Le seul rejet de l’équipe en place leur suffirait-il à se résoudre à un avenir aussi sombre ? Sinon quelle est la vraie raison de ce plébiscite ?

  2. Quand Hu-lala ne critique pas « l’extrêêêêêmmme droaaaate » du Jobbik, il tacle le parti « Ultra conservateur » du Fidesz.
    Seul le LMP est en état de grâce sur ce blog.

  3. « Jobbik n’est pas contre la majorité des 2/3, il est contre le fait qu’un seul parti détienne cette majorité. [...] Ceux qui veulent continuer à vivre en Hongrie plutôt qu’en « Orbanie » devraient supporter les radicaux »
    Gabor Vona- leader de Jobbik.
    Si l’article n’avait pas précédé cette déclaration de 24h, il aurait inclus ce point de vu exprimé par Jobbik.

  4. Vadaskerty a dit :

    Bonjour Vizsla,

    ce que tu décris peut s’appeler une « ligne éditoriale », choisie librement, dans le cadre de la liberté d’expression.

    Baj?

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