Le SIDA, un sujet encore tabou en Hongrie

Après plusieurs enquêtes, nous avons pu constater qu’en Hongrie, depuis les années 90, les gouvernants se soucient assez peu du SIDA et la population hétérosexuelle ignore souvent les risques de contamination. En gros, les Hongrois savent que c’est une maladie mortelle et qu’elle est transmise par le sang : pas grand chose en somme. La Journée Mondiale de la lutte contre le SIDA, le 1er décembre, est toutefois l’occasion de prendre à nouveau la température dans un centre de dépistage de Budapest.

Selon les derniers chiffres de ONUSIDA, 91000 dépistages ont été effectués en 2009 en Hongrie. La démarche se fait parfois à la demande d’un employeur, pour des raisons de santé ou encore en vue de l’obtention d’un visa. La démarche anonyme suite à un rapport à risque reste rare selon plusieurs travailleurs sociaux que nous avons interrogé au fil des années. Au centre de dépistage de Karolina ut à Budapest, la prise de sang est anonyme et gratuite pour tout le monde. Par ailleurs, lorsque la maladie est dépistée, le centre assure également le suivi de l’évolution de la maladie.

Selon les travailleurs sociaux et les médecins hongrois, ce sont en général les hommes homosexuels et les toxicomanes qui viennent se faire dépister spontanément. Le fait que la majorité des gens – surtout les jeunes – ne pensent même pas à se faire dépister après avoir eu des rapports à risque, reste pour eux le plus grand obstacle à une prise de conscience collective de la maladie.

Le dépistage, clé de la prévention

« Le SIDA est un sujet tabou en Hongrie et il ne reçoit aucune attention. Nous pourrions peut-être éveiller les consciences si nous dépistions 500 nouveaux malades. Ainsi, l’expansion du virus aurait une chance de diminuer » analyse le coordinateur du programme du centre anonimaids de Karolina ut. Et de continuer : « Les personnes qui ont le SIDA ont honte d’être malades, et c’est un des problèmes majeurs. Ils n’osent pas s’exprimer et nient ainsi leur maladie. »

Selon lui, les campagnes de prévention étaient efficaces dans les années 80 et au début des années 90, juste après que le SIDA soit arrivé en Hongrie. Depuis, une génération est passée, et puisque les statistiques ont montré une baisse de l’expansion du virus, on a arrêté d’en parler, et les campagnes ont cessé. La dernière campagne de prévention en langue hongroise date de 1989 pour être exact. « De plus, le SIDA ne figure pas dans la formation des pédagogues et il apparaît trop peu dans les programmes de protection des jeunes. Nous voulions installer un distributeur de préservatifs dans un lycée et la directrice m’a répondu « pourquoi faire ? Les élèves de mon lycée ne s’intéressent pas au sexe » », conclue le coordinateur du centre.

La maladie en chiffres

La première personne séropositive en Hongrie a été identifiée en août 1985 et les premiers malades du SIDA sont apparus en décembre 1986. En dix ans, 1286 personnes atteints du virus ont été découverts. 1166 ont été officiellement identifiés, 120 seulement ont été dépistés anonymement. Parmi les malades identifiés, 85% étaient des hommes. En ce qui concerne les femmes, le nombre de dépistées augmente tous les ans. Selon leurs déclarations, elles estiment avoir été contaminées soit par un partenaire d’origine étrangère, soit parce qu’elles se sont prostituées. Jusqu’à maintenant, 2045 séropositifs ont été recensés, dont 1547 hommes, 245 femmes et 253 non identifiés.

Témoignage

Attila, 40 ans, a pris connaissance de sa séropositivité en 2000 : « Les premières choses auxquelles j’ai pensé, c’est de me faire soigner et de savoir comment j’allais vivre après avoir appris cette nouvelle. J’ai décidé de ne rien dire à mon entourage et personne n’est au courant de ma maladie depuis. J’avais peur des préjugés. Ma vie a considérablement changé : je fais des prises de sang tous les 3 mois et depuis 8 ans, je suis mon traitement 2 fois par jour. J’ai des douleurs et les médicaments ont des effets secondaires. Depuis ma maladie, je n’ai plus de vie de couple. Je me protège en ne disant rien, pas même à mes amis. Aujourd’hui, la population connaît très peu la réalité du SIDA, il y a une forte ignorance à ce sujet. Le problème, c’est qu’il n’y a pas assez de prévention, et les gens croient que de toute façon, cela ne peut pas leur arriver. C’est ce que je croyais moi aussi. »

Propos recueillis par Maria-Dominique Illés

Centres de dépistage en Hongrie : anonimaids.hu

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Premiers mots sur le SIDA chez les hétéros hongrois

3 Commentaire

  1. Le maire nationaliste de Gyöngyöspata a été l’objet d’une tentative de meurtre. Curieusement on vous entend pas sur ce sujet (alors que quand ça va dans l’autre sens vous êtes d’une réactivité exemplaire)

  2. François Gaillard a dit :

    Puisque vous êtes si impatient, voila pour vous cher lecteur :

    http://www.hu-lala.org/2011/11/30/on-a-tire-sur-le-maire-jobbik-de-gyongyospata/

    Bien à vous.

  3. entre la vie d’un pantin politicien et la sante de la population le choix est vite fait ^_^
    je deplore que les medias locaux ne parlent pas vraiment des problemes de sante … un peu comme l’iode 131 :-/
    je deplore aussi la reaction d’alexis qui prefere la politique theatrale a la santre publique :-/
    c’est moche !

    « Les élèves de mon lycée ne s’intéressent pas au sexe »
    ha ha ha le gars il vit dans une grotte ou bien ? ^_^

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