Le procès des meurtriers présumés de six Roms hongrois s’est ouvert

Le procès contre les présumés coupables d’une série d’attaques racistes anti-Roms qui a coûté la vie à six personnes, dont une femme et un enfant de cinq ans, s’est ouvert vendredi matin au tribunal du département de Pest.

Vendredi, au tribunal du département de Pest, via retransmision vidéo (HU-lala)

La presse s’est déplacée en masse devant le Pest Megyei Bíróság pour assister à ce que certains désignent déjà comme « le procès de la décennie ». Le dispositif de sécurité est impressionnant : la police est déployée tout autour du tribunal et des forces spéciales encagoulées accompagnent chacun des quatre accusés. Comme il n’y a pas assez de place dans la salle d’audience pour accueillir la centaine de journalistes présents, beaucoup d’entre eux doivent prendre place dans une petite salle d’audience, réorganisée pour l’occasion en centre de presse avec un écran qui diffuse les images du procès en direct. A 9h, Zsolt Petö, Istvan Csontos et les frères Arpad et Istvan Kiss font leur entrée dans le tribunal, à visage découvert pour la première fois. Deux d’entre eux ont le crâne rasé à blanc, l’un porte un tatouage « 88 » sur la nuque.

Trois risquent une peine de prison à perpétuité pour une série de neuf attaques dont l’accusation espère prouver ce qui paraît évident pour tout le monde, qu’elle est à motivation  raciste. Le quatrième, dont la participation a été moindre, risque une peine moins lourde. Au premier jour de ce procès, le procureur a estimé que ces violentes agressions étaient motivées « par une aversion profonde envers les Roms » et avaient pour objectif d’intimider l’ensemble de la communauté et de la pousser à se venger, dans le but de créer un conflit ethnique ouvert.

Tatarszentgyörgy, le tournant de l’affaire

Le procès, dont le verdict ne devrait pas tomber avant le mois de décembre, initialement prévu  à huit-clos, a finalement pu se tenir en public, comme le réclamait les familles des victimes.  Les proches parents des victimes de Tatarszentgyörgy sont présents (cf. photo). Dans ce village situé à seulement quelques dizaines de kilomètre au Sud de Budapest, la nuit du 23 février 2009, la famille Csorba a été fauchée par des tirs d’armes à feu alors qu’elle s’enfuyait de chez elle pour échapper à un incendie dans leur maison. Robert, le père de famille âgé de 27 ans, et son fils ont été tués, et sa femme et ses deux filles gravement brûlées. La police locale a conclu à des morts par brûlures liées à un court-circuit ! Ce n’est qu’après l’intervention contrainte du gouvernement qu’une équipe de véritables enquêteurs a ouvert des investigations plus sérieuses. [Pour un rapport détaillé des faits, consulter le rapport Amnesty international]

Les proches des victimes de Tatarszentgyörgy à l’ouverture du procès (HU-lala)

La théorie du complot politique

Toutes ces attaques ont été menées avec une « précision militaire« , selon le procureur. Et pour cause. Selon la presse hongroise, deux des accusés seraient liés, ou auraient été liés, aux services de sécurité de l’Etat. Cette information est à prendre avec prudence, car le plus grand flou règne encore dans cette affaire, mais les spéculations autour d’une manipulation politique vont bon train. Elles sont étayées par les dysfonctionnements dans l’enquête policière, le refus initial de la police de lier les meurtres entre eux, se bornant à les considérer comme des règlements de compte mafieux au sein de la communauté tsigane, sa mauvaise volonté à arrêter les auteurs, jusqu’à ce que la presse internationale vienne mettre son nez dans l’affaire et que la pression sur le gouvernement ne devienne trop forte. Pointé du doigt, Jobbik laisse entendre que cette campagne de meurtres a été organisée politiquement de manière a discréditer le parti dans l’opinion alors qu’il était en pleine ascension, en l’accusant d’en être les commanditaires et des membres de la Magyar Garda les exécutants.

Amnesty réclame un procès exemplaire

« Il est primordial que les victimes et leurs familles obtiennent justice et reçoivent les réparations auxquelles elles ont droit. Cela montrera que les attaques racistes ne sont pas tolérées […] et que les communautés roms sont protégées contre les agressions violentes et les actes de harcèlement, tels les agissements qui ont eu lieu à Gyöngyöspata et ailleurs », a estimé Barbora Cernusakova, experte d’Amnesty International pour la Hongrie.

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