Le Nouveau Théâtre « pleure » déjà István Csurka

Istvan Csurka (1934 – 2012)

Le dramaturge István Csurka est décédé samedi dernier, trois jours seulement après son arrivée officielle à la tête du Nouveau Théâtre de Budapest. D’abord respecté lorsque le régime de Kádár s’est lentement désintégré, puis souvent décrié sur les planches depuis le changement de régime, il s’était surtout fait remarqué – ces 20 dernières années – sur la scène politique pour ses prises de positions à l’extrême-droite hongroise.

Dissidence anti-soviétique et antisémitisme

Avant la chute du régime communiste, Csurka était un dissident qui a participé à la révolution de 1956, ce qui l’a conduit à passer 6 mois en camp de travail. Il est l’un des cofondateurs du premier parti post-communiste, le Forum Démocratique Hongrois (MDF), parti de centre droit qui arrive au pouvoir en 1990. Mais très vite, il fonde le MIEP, le parti du Droit et de la Justice, classé à l’extrême-droite, en 1993. Ses propos antisémites en public ont fait sa « renommée », et ce depuis longtemps. A partir de 1972 il avait été censuré par le pouvoir communiste pour cette raison. Csurka s’en expliquait alors assez simplement : « désolé mais lorsque je bois, je fais souvent des remarques antisémites » (zsidózni en hongrois).

Ces dernières années, il s’était rapproché de Viktor Orban et de la Fidesz (à moins que ce ne soit l’inverse…). Il avait d’ailleurs prononcé un discours en faveur du gouvernement, il y a quelques semaines de cela, à Szeged. Ses vues politiques s’accordent plutôt harmonieusement avec l’idéologie gouvernementale actuelle : il fut, par exemple, l’un de plus farouches opposants à l’entrée de la Hongrie dans l’OTAN et l’Union Européenne.

La figure littéraire

Diplômé en dramaturgie de l’école de théâtre et de cinéma de Budapest en 1957, il travaille en tant qu’écrivain après ses études, publiant romans, nouvelles, scénarios, pièces adaptées à la radio, etc. Il s’est vu décerner le prix de littérature Jozsef Attila en 1969 et 1980 et a également reçu ces dernières années un prix de critique de théâtre.

Ainsi, c’est à la fois en temps que personnage politique et figure littéraire qu’Istvan Csurka a récemment été nommé numéro 2 du Nouveau Théâtre de Budapest par l »un de ses fils spirituels, György Dörner, lui-même imposé à la tête de l’institution par le maire de la capitale, István Tarlos (Fidesz). Dörner s’est officiellement installé aux commandes du Uj Szinhaz le 1er février dernier.

Divisions politiques autour de la nouvelle direction du Nouveau Théâtre

Ce changement de direction avait suscité colère et déception en octobre dernier au sein du monde artistique, y compris au-delà des frontières hongroises. Au mois de janvier, le personnel du théâtre a fait ses adieux à  István Márta, l’ancien directeur, qui avait pourtant remporté sa réélection haut la main avant que M. le Maire n’y oppose son veto et n’offre le théâtre à l’agenda politique de György Dörner.

Une énième manifestation de contestation a encore eu lieu mercredi dernier devant le Nouveau Théâtre, le jour de la prise de fonctions du nouveau directeur. La Fédération Hongroise des Forces de Résistances et Antifascistes (MEASZ) était présente, tandis qu’une contre manifestation en faveur de Dörner a été organisée par des forces d’extrême-droite telles que la Új Magyar Gárda, la Magyar Nemzeti Garda, ou encore la Betyarsereg. La présence de plus de 200 policiers ne s’est pas avérée inutile puisque des affrontements –mineurs- ont eu lieu entre les deux parties.

Deux acteurs, Sándor Csányi et Lia Pokorny, ont déjà quitté le théâtre. En 2011, Istvan Csurka avait publié une nouvelle pièce à propos du traité de Trianon, The Sixth Coffin. Celle-ci devrait être jouée cette année, au Uj Szinhaz, probablement ?

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La Fidesz offre un théâtre à l’extrême-droite

4 Commentaire

  1. Paix à son âme!
    Requiescat in pace, ite missa est!
    Zs.

  2. paulette trianon! a dit :

    On ne se réjouit pas de la mort d’un homme quel qui soit, mais la nouvelle du décès de Istvan Csurka me donne envie de poster ici l’appel lancé de Vienne par l’auteur, comédien et clown :
    Markus Kupferblum,
    directeur de la compagnie Totales Theater, et de nombreux autres metteurs en scène et acteurs en Europe :

    « Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, cher public, voici un memorandum qui sera lu aujourd’hui dans la plupart des théâtres européens, dans la langue du pays, avant chaque spectacle.

    Nous sommes aujourd’hui le 1er février 2012. Aujourd’hui-même, à Budapest, un des plus importants théâtres de la ville passe sous la direction de deux personnes qui ont depuis plusieurs années publiquement fait leurs des vues d’extrême droite. Ils ont personnellement publié des pamphlets antisémites, anti-Tziganes, des écrits racistes. A partir d’aujourd’hui, ils seront directeurs d’un théâtre subventionné par les fonds publics dans une capitale européenne. Ceci brise un tabou.

    Mais plutôt que d’utiliser cette rupture comme une nouvelle occasion de condamner Budapest, pourquoi ne pas nous engager, dans nos pays respectifs, dans nos vies, pour la tolérance, pour la diversité et pour la solidarité avec les membres les plus faibles de notre société ?

    Nous sommes atterrés par le fait que des forces politiques, dans beaucoup de pays européens, promeuvent la haine, le mépris et la jalousie entre les peuples.

    Notre intention, dans notre travail théâtral, est de dépasser les facteurs de division dans nos sociétés, pour éveiller la curiosité et aiguiser les sens du public vers les évidences sociétales – au nom du bien commun de toutes les personnes, au nom de la paix et de la liberté en Europe.

    Après tout, nous autres humains sommes tous libres et égaux en dignité et en droits, nous sommes tous citoyens d’un seul et même monde.

    Nous sommes aujourd’hui le 1er février 2012. Rassemblons-nous pour célébrer aujourd’hui la première journée du Théâtre européen pour la tolérance.

    Markus Kupferblum »

  3. Lisez l’entretien avec Imre Kertész dans Le Monde de vendredi 10 février 2012. Merci

  4. Sylvia, Kertesz I. est tellement nauseabond dans son intervention dans Le Monde que ceci me rappelle l’instigation a la haine des nazis. Honte a lui, car a son age on s’attendrait a plus de sagesse et dignite! Qu’il fasse un geste d’humanite vis-a-vis des demunis hongrois en partageant son prix nobel avec eux!

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