La réforme des médias pointe son nez

Les débats sur la réforme des médias souhaitée par la FIDESZ ont débuté en début de semaine au parlement hongrois, sur fond de forte contestation de l’opposition qui dénonce une loi sur-mesure pour le pouvoir. En jeu, rien de moins que l’indépendance des médias hongrois vis-à-vis du gouvernement.

Après avoir passé des lois relativement symboliques et finalement pas si conflictuelles (sur la double nationalité et le Jour de l’Union nationale), les choses sérieuses commencent pour le gouvernement, car il s’agit cette fois de s’attaquer à un domaine extrêmement sensible pour une démocratie. Officiellement, les buts affichés de cette réforme du secteur des médias sont de rendre son système, qualifié par la FIDESZ de « dysfonctionnel », à la fois moins couteux et plus transparent. Les gouvernements précédents ont tentés d’adapter sans succès la loi sur les médias en vigueur depuis 1996 pour rendre le système moins bureaucratique, mais la majorité parlementaire des deux-tiers dont bénéficie le pouvoir actuel lui permet de modifier la Constitution et de mener une réforme en profondeur.

Au cœur de la proposition de loi, la création d’un organe de contrôle, le « Conseil des médias », composé de cinq membres, qui placerait l’ensemble des médias publics sous une même instance de contrôle, est source d’inquiétude. La principale critique formulée par le parti socialiste est que cette seule autorité contrôlerait des médias aussi divers que la télévision (MTV, Duna), la radio publique (Magyar Radio) et l’agence de presse nationale MTI. Cette dernière, qui alimente en informations nationales l’ensemble des médias hongrois,  se retrouverait, selon le député socialiste Laszlo Mandur (cité par MTI… justement), sous le contrôle du gouvernement.

Dans l’opposition, un autre son de cloche

La crainte des partis d’opposition et de la presse hongroise, représentée par l’union des journalistes hongrois MUOSZ, craignent que les intentions du gouvernement soient en fait de placer l’ensemble du secteur des médias sous son contrôle. Au sein du principal parti d’opposition, chez les socialistes du MSZP donc, on dénonce le fait que la nouvelle structure proposée par la FIDESZ constituerait un levier politique démesuré aux mains du gouvernement. En effet, le Conseil des médias serait nommé pour une durée de neuf années et son chef serait directement désigné par le premier ministre. Les organes de contrôle seraient inconstitutionnels, selon le député socialiste Laszlo Mandur. Deux membres du gouvernement et deux membres de l’opposition y participeraient. Comment seraient choisis ces deux membres de l’opposition, alors que, comme le rappelle Mandur, « Tout le monde sait qu’il existe trois partis dans l’opposition » ?

Jobbik aussi s’oppose au projet tel qu’il existe. Son député Lajos Posze estime qu’au final, le pouvoir serait concentré dans les mains du gouvernement. Du côté de Lehet Mas A Politika, on estime que le projet de loi comporte des lacunes importantes, en premier lieu la notion de service-public, qui reste très vague.

Tamas Lörincz, éditorialiste du quotidien de gauche Nepszava, avait prévenu : avec sa majorité des deux-tiers, la Fidesz sera en mesure de « réécrire les règles de base du fonctionnement de la République ».

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2 Commentaire

  1. Vadaskerty a dit :

    Orbán va donc enfin pouvoir nommer les dirigeants des médias comme un vulgaire Sarkozy, sans qu’il n’y ait de Didier Porte (ou Morel, ou Guillon, ou Mermet… etc.) dans le poste…

  2. Il ne reste plus qu’aux journalistes indépendants, de localiser un site Internet d’informations hongroises, en Hongrois, dans un pays étranger libre.

    Ca rappelle un peu « radio free europe »…

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