La réforme de l’enseignement supérieur en Hongrie (2/2)

ELTE, Faculté des Arts, Budapest V

Le système hongrois diffère beaucoup de celui d’autres pays européens. Que font les jeunes hongrois avant d’entrer à l’Université ? Comment se passent les inscriptions ?

Par Vincent Baumgartner et Bettina Vöröss

Beaucoup d’étudiants pour un petit pays

Petit pays, la Hongrie compte beaucoup d’étudiants, environ 400000 répartis dans 29 universités et un nombre encore plus important de « Hautes Écoles ». Les niveaux sont très inégaux entre les différents établissements et il est de notoriété publique que certains diplômes n’ont aucune valeur. En Hongrie avoir un diplôme universitaire permet d’accéder à un certain statut social, à une reconnaissance et beaucoup de jeunes entreprennent une formation supérieure tout en sachant qu’ils n’arriveront pas à la faire fructifier professionnellement. Certains départements ont ainsi la réputation d’accueillir les étudiants voulant passer quelques années « peinards » en ayant beaucoup de temps libre pour un travail minimal.

Il serait donc logique de supprimer ou de diminuer la taille des établissements qui dispensent un enseignement de qualité médiocre et, en 2011, les premiers projets de loi allaient effectivement dans ce sens car le gouvernement proposait de diminuer le nombre d’université à 12. Ces propositions n’étaient pas exempts de bizarreries car il était projeté de faire disparaitre l’université Corvinus en la fusionnant avec une autre. Or, il s’agit-là de la meilleure université du pays dans le domaine économique. Finalement le gouvernement central s’est heurté à de fortes critiques émanant souvent de municipalités Fidesz qui ne voulaient pas perdre leurs structures éducatives.

L’Université à points

D’après un système introduit dans les années 50 les jeunes hongrois devaient être scolarisés obligatoirement jusqu’à leurs 18 ans, mais pour des raisons économiques cette limite sera abaissée à 16 ans en 2012. La Hongrie fait face à un manque chronique d’ouvriers, la scolarité obligatoire abaissée à 16 ans arrange donc beaucoup de grandes entreprises qui ont probablement exercé des pressions sur le gouvernement. D’un autre coté, cette réduction de la limite d’âge agace Bruxelles, mais le gouvernement de Viktor Órbán a justement souligné que dans l’Union Européenne, 18 autres pays, dont la France, appliquent la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans.

Après l’école obligatoire, une grande partie des étudiants vont au lycée. Il existe bien un système d’apprentissage en école, comme en France ou en Suisse, mais celui-ci n’est ni vraiment développé ni populaire. A la fin du lycée, les étudiants doivent passer un Bac dont le système diffère un peu du Bac français : selon leurs résultats, ils peuvent obtenir jusqu’à 480 points qui leurs serviront à entrer dans les Universités. Les lycéens doivent choisir les branches dans lesquelles ils veulent passer des examens en fonction des Universités où ils comptent s’inscrire. Selon leurs résultats dans les branches choisies, les examens de langue et d’autres facteurs – comme par exemple des résultats sportifs exceptionnels – ils se verront attribuer un certain nombre de points.

Un nouveau système encore plus inégalitaire

Les détracteurs de cette réforme estiment qu’elle favorise les plus riches. C’est effectivement le cas, mais soulignons que le gouvernement actuel n’est pas seul responsable de cette inégalité, la Fidesz n’a fait que rendre encore plus injuste un système éducatif qui l’était déjà bien avant.

Le nombre de points nécessaire pour entrer dans une faculté est en général dévoilé en été. Le calcul de ces points est complexe mais c’est principalement la popularité de la branche et de l’Université qui compte, plus que le niveau de la formation en question. De plus, il est possible de s’inscrire à une formation gratuite, financée par l’état, ou à une formation payante, plus facile d’accès. Cette différence d’exigence entre formation financée et payante est assez minime dans les grandes Universités, mais de nombreux établissements de province « jouent dessus » pour attirer le plus grand nombre d’étudiants qui paieront leurs études, afin d’augmenter leurs recettes. Mais la valeur des diplômes sur le marché du travail en souffre. Il faut ajouter que le prix des formations universitaires est assez important, les Universités les moins chères coûtent environs 100000 forints par semestre et cela peut monter jusqu’à 1 millions de forints. Ce système favorise donc les étudiants issus de familles aisées car ils pourront ainsi accéder bien plus facilement à l’Université ou à la haute école de leur choix.

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Un commentaire

  1. Roland Pierret a dit :

    Il faudrait aussi créer des doctorats en plomberie, maçonnerie, électricité…Comme ça les diplomés de l’enseignement supérieur pourraient terminer avec une formation ouvrant à des emplois.
    Ce serait par ailleurs une bonne chose que tous les citoyens hongrois aient un esprit bien formé plutôt que bien rempli….ou mal rempli…

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