La politique anti-corruption tourne à la chasse aux sorcières

Depuis des mois, il ne se passe pas un jour sans que les médias hongrois ne parlent des casseroles de l’ancienne coalition gouvernementale socialiste libérale. Le gouvernement conservateur a fait une priorité de la politique anti-corruption, et les journaux de droite, la Magyar Nemzet et le Magyar Hirlap en tête, en font leurs choux gras, cela va de soi. Une des dernières « affaires » traitait, la semaine passée, de contraventions au code de la route datant de 2004 – 2005, dont certaines personnalités avaient été exonérées. La belle affaire… Cet épisode anecdotique, qui a tout de même fait le tour des médias nationaux, illustre le fait que la FIDESz compte bien faire payer au MSzP le moindre de ses manquements à l’intégrité, coûte que coûte et dans les plus brefs délais. Le procès pour délit d’abus de pouvoir administratif a d’ailleurs commencé dès lundi. Il y a un an, un premier procès avait pourtant conclu qu’il y avait prescription.

Un scandale national pour quelques PV qui sautent

La semaine dernière, la Commission des Comptes du gouvernement, chargée de la lutte contre la Corruption (Elszámoltatási és korrupció-ellenes kormánybiztos) a ressorti un vieux dossier. Entre 2004 et 2006, des personnalités, des politiciens et des responsables de la police ont été « déchargés d’obligations de façon illégale » alors qu’ils avaient enfreint le code de la route à plusieurs reprises. En clair, ils auraient bénéficié d’un traitement de faveur de la part de la police pour ne pas payer leurs excès de vitesse. Ce sont deux policiers lambdas, accusés d’avoir fait « sauter » certains de ces procès verbaux, qui ont avoué ces pratiques, sans oublier de charger leur hiérarchie de l’époque. « Ces affaires étaient courantes, et c’était une démarche banale depuis longtemps… On peut en trouver plusieurs centaines dans les archives » – a déclaré l’un des deux policiers lors de son interrogatoire.

La Cour d’appel ayant cassé le premier jugement de l’an dernier dans cette affaire, un nouveau procès a déjà commencé. Au cours de la première audience lundi, les policiers affirmaient encore que les directives venaient « d’en haut ». La suite du nouveau procès en première instance aura lieu en avril prochain.

Parmi les 23 personnalités ayant profité de ce traitement de faveur, Gabor Demszky, ancien maire SzDSz de Budapest durant 20 ans, Mihály Dézsi, ancien porte-parole de la Préfecture de police de Budapest, Kálmán Gulyás, ancien secrétaire d’État du gouvernement Gyurcsány et Etele Baráth, membre du MSzP et du premier gouvernement Gyurcsány. Le dossier mentionne également  celui du journaliste László Juszt. Selon les témoignages, le cas de M. Juszt a été classé par Péter Gergényi lui-même, Préfet de police de Budapest à l’époque. Ildikó Lendvai, présidente du MSzP jusqu’à l’été dernier et chef du groupe parlementaire socialiste de 2002 à 2009, a elle aussi été citée dans cette affaire de PV très populiste. Pour sa défense, elle a affirmé qu’elle prenait toujours le tramway, et par conséquent, qu’elle n’avait jamais pu commettre d’excès de vitesse (sic !).

En France, les PV ne sont pas un problème pour l’UMP

Pour illustrer notre point de vue selon lequel cette affaire relève de la broutille administrative, regardons plutôt comment de tels faits sont traités dans d’autres pays de l’Union Européenne, et notamment en France :

On en rigole même à la télé ! Après avoir vu cela, les commentateurs français qui s’offusquent de ce type de corruption en Hongrie devraient faire profil bas et surtout, feraient bien de balayer devant leur propre porte.

La FIDESz en profite pour régler ses comptes

Combattre la corruption en Hongrie, c’est bien. Mais ce mal est tellement diffus dans toute la société hongroise, que si la Fidesz fait vraiment ce qu’elle dit, elle finira par mettre tout le monde en prison ! En réalité, cette politique anti-corruption ne concerne pour l’instant que l’action des gouvernements passés. En cela, elle prend des allures de règlement de comptes pur et simple. La campagne électorale d’Orban, bien aidée à l’époque par l’affaire BKV, s’était déjà largement appuyée sur la nécessité de faire payer les responsables politiques sociaux libéraux, « tous pourris » selon la FIDESz. Sur ce point, Viktor Orban tient ses promesses. Aussi, cette guerre contre la corruption s’est particulièrement endurcie avec la création de la commission spécialement attachée au ministère de la Justice pour traiter au plus vite les affaires de corruption passées en Hongrie. Et cela coûte assez cher en soi. Malgré les mesures économiques de rigueur choisies par le gouvernement pour enrayer la crise budgétaire de l’Etat, 4 milliards de forints ont été consacrés à cette chasse aux sorcières par le ministre de la Justice, Tibor Navracsics, pour accélérer les procédures.

Quant à la figure de proue de cette guerre, M. Gyula Budai, commissaire aux comptes et à la lutte contre la corruption, il n’hésite pas à faire du zèle pour justifier son salaire, qui, on l’apprenait récemment, dépasse le plafond que l’Etat a lui-même fixé pour ses fonctionnaires. Les moyens pour communiquer sur ces affaires semblent aussi assez disproportionnés, tout comme l’appareil gouvernemental mis à disposition pour éplucher tous les comptes de l’Etat lors des huit dernières années. A l’image de l’argumentaire permanent du porte-parole personnel d’Orban, Péter Szijjarto, le commissaire Budai voudrait faire croire que tous les maux du pays, sans exception, proviendraient de la corruption chronique des anciens gouvernements MSzP. Mais naturellement, personne ne se risque à expliquer, ni à combattre, la corruption d’aujourd’hui et de demain.

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7 Commentaire

  1. Je crois « savoir » qu’un ancien Président français va bientôt passer devant les tribunaux. Ce ne sont pourtant pas ses amis politiques d’aujourd’hui qui poussent la justice. C’est la justice qui fait son travail.

    Ne rien passer aux hommes politiques qui veulent représenter leurs concitoyens, c’est tout de même le minimum dans une société démocratique et même, surtout, dans un gouvernement socialiste qui, s’engage à être encore plus respectueux envers ses électeurs que ceux de Droite. En Hongrie, ça semble être le monde à l’envers. La Droite serait respectueuse des lois, la Gauche irrespectueuse ??? !!!

    De plus, certaines dispositions du code de la route donnent bonne conscience face aux électeurs, mais comme elles sont farfelues parfois, les politiciens sont les premiers à les enfreindre. Il est donc primordial que les règles non respectées par ceux qui les ont votés, leurs soient encore plus sévèrement réprimés. Pour ma part, je triplerai les sanctions pour ces votants.

    Non mais, voter des lois et tout faire pour s’en échapper. C’est quoi ça ??? !!!

    Espérons, par ailleurs, que la justice hongroise aura les moyens de poursuivre toutes les corruptions, et surtout celles des représentants de la démocratie. Personne n’oblige personne à être candidat à la vertu politique. Les choses seront alors claires, il n’y aura que des candidats vertueux… On ne votera plus pour n’importe qui…

  2. « Il est donc primordial que les règles non respectées par ceux qui les ont votés, leurs soient encore plus sévèrement réprimés. Pour ma part, je triplerai les sanctions pour ces votants. »

    j’adore !
    cela me semble evident !

    « Mais naturellement, personne ne se risque à expliquer, ni à combattre, la corruption d’aujourd’hui et de demain. »

    malheureusement :-(

  3. En tout cas ça ne sert à rien d’attaquer Gyula Budai sur son salaire car le payer un salaire astronomique est une stratégie pertinente qui le rend incorruptible. Gauchos, quand vous nous tenez…

  4. S’il faut accepter d’être « légalement » volé pour avoir une garantie d’incorruptibilité, je ne vois pas l’intérêt.

    Prenons des responsables politiques « naturellement » incorruptibles. Ca existe !!!

  5. C’est dingue de défendre le fait que des hommes politiques profitent de faveurs judiciaires par rapport au code de la route.

    Non ce n’est pas qu’un petit incident sans importance, messieurs les rédacteurs de hulala!

  6. Suite au rajout vidéo.

    Cela n’enlève en rien à ce que j’ai écris, et qui est valable pour tous les pays du monde.

    Mais je préfererai encore pouvoir rouler à 119 Km/h, là où c’est autoritairement limité à 70… quand c’est possible.

  7. le_butch a dit :

    « En tout cas ça ne sert à rien d’attaquer Gyula Budai sur son salaire car le payer un salaire astronomique est une stratégie pertinente qui le rend incorruptible. Gauchos, quand vous nous tenez.. »

    deja le terme « astronomique » me choque enormement. Astronomique veut dire pour moi a la fois deconnecte de la realite et economiquement pas viable. de plus cela cree des personnes peu concernes par leur metier. il faut donc un juste milieu pour mettre les gens dans la serenite materielle mais ne pas creer des monstres avides d’argent et de pouvoir.

    c’est marrant je connais plein de responsables d’associations qui travaillent benevolement pendant leur temps libre et qui sont integres. pourquoi nos politiciens ne le sont ils pas eux aussi? tout simplement car la politique est un metier et le moteur principal de tous les metiers c’est de gagner de l’argent….

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