La mauvaise herbe du Mékong en banlieue de Budapest

Il y a quelques jours, le portail d’informations hongrois Index.hu proposait un petit « topo » sur les narco-trafiquants Vietnamiens en Hongrie. En 2009, la police hongroise a débusqué 32 plantations de cannabis, rien qu’à Budapest. Les appartements, équipés pour la culture intensive, étaient occupés exclusivement par des Vietnamiens. La police estime qu’il en existe encore beaucoup d’autres, à Budapest et ailleurs en Hongrie. Ce coup de pied dans la fourmilière a d’ailleurs provoqué un phénomène migratoire de ces clandestins asiatiques vers l’Est du pays.

D’après Norbert Rodler, de la BRFK, spécialisé dans la lutte anti-drogue, « les Vietnamiens » ont la main mise sur le marché de l’herbe en Hongrie. Les pionniers du trafic avaient commencé très fort, en vendant de l’héroïne dans la rue, mais ils se sont vite aperçus que l’herbe allait vite devenir une valeur sûre et beaucoup plus lucrative sur ce terrain, assez novice en la matière. A partir de là, « l’herbe vietnamienne » s’est produite de façon industrielle, tout en obtenant une qualité rivalisant avec les espèces hollandaises de base.

Un trafic de drogue qui repose sur un trafic d’êtres humains…

« Cela fait déjà cinq, dix ans que les Vietnamiens ont commencé à produire de la marijuana en Angleterre. Ce n’est qu’après la grande vague en 2007, 2008 en Tchéquie, qu’ils se sont également installés en Hongrie fin 2008. » – précise Rodler. On parle ainsi d’un réseau international de la drogue, avec des liens rapprochés en Europe centrale. A la tête de l’organisation, Index révèle que l’on trouve des hommes d’affaires, qui résident et travaillent légalement en Europe depuis plusieurs années. Ils investissent de l’argent dans le milieu lequel s’occupe de la distribution de la drogue et du trafic de la main d’oeuvre clandestine pour les cultures.

Cependant, ces immigrés viendraient travailler en Europe de leur plein gré, de jeunes hommes la plupart du temps, envoyés par leurs familles pour 4000 euros en moyenne afin de renvoyer une bonne partie de ce qu’ils gagnent au Viêt Nam. Malheureusement, peu de ces jeunes clandestins trouvent un vrai job à leur arrivée, l’organisation de passeurs ne leur fournissant que des faux papiers, et rien d’autre. Souvent confrontés à la barrière de la langue, ils se retrouvent rapidement entre eux pour s’entre aider, alimentent le réseau et finissent par travailler dans un espace réduit, fermé, parfois mal ventilé et au milieu des substances illicites.

… et sur un marché de l’immobilier très propice

Les logements où sont installées leurs cultures sont toujours dans les arrondissements de la périphérie de Budapest. L’organisation loue des grandes demeures familiales (au moins 150 m2), à un prix souvent très avantageux. Ils profitent ainsi du plancher, assez stable, du marché de l’immobilier en banlieue, et en Hongrie en général. Les propriétaires hongrois, eux, se frottent d’ailleurs les mains de trouver des locataires quels qu’ils soient, et acceptent de ne jamais venir contrôler ce qui se passe dans leur propriété.

Index raconte qu’après avoir pris leurs quartiers, les Vietnamiens transforment les lieux très vite. Ils vident la maison de tout ce qui encombre, et parviennent  à détourner l’électricité, en quantité industrielle, prétextant utiliser des machines à coudre. Le système d’aspiration et d’éclairage fonctionne donc, lui aussi illégalement.  L’odeur, très forte, de la marie-jeanne fraîche est alors aspirée et ne peut se répandre autour de la maison. Pour encore plus de discrétion, les occupants placent un voile sur les fenêtres, une cloison de bois juste devant, et des lampes programmées pour s’allumer et s’éteindre entre les plaques et les fenêtres. Ils donnent ainsi l’impression aux voisins de vivre là comme les autres.

Douze tonnes pour douze milliards par an

L’investissement est évidemment très rentable. «  L’année dernière deux tonnes d’herbe ont été saisies, laquelle arrive à maturité en deux mois. La récolte peut se faire six fois par an, elle atteint donc les douze tonnes. Et même si les Vietnamiens cassent les prix (disons mille forint par gramme), leur chiffre d’affaires est de 12 milliards HUF par an. » – explique Mr. Rodler. Tout en bas de l’échelle commerciale, le consommateur retrouve moins d’un gramme d’herbe à 2000 – 2500 HUF.

Lorsque la chasse aux narco trafiquants vietnamiens a commencé en Tchéquie, ceux-ci se sont réorientés au centre de l’Est européen, à Budapest. Désormais en proie à des coups de filets hongrois, il se déplacent toujours vers l’Est, dans les campagnes de Borsod, Szabolcs et Csongrad. Malgré les rumeurs, il n’y pas de production d’herbe à Józsefváros (le 8ème arrondissement), mais c’est en partie là, selon la police, où ils stockent le matériel nécessaire à l’ouverture de nouveaux « jardins d’hiver ». Sur les lieux d’une culture, il y a toujours eu des informations sur un autre endroit de production. C’est comme ça que la police a pu faire le lien entre les différentes cultures et observer les livraisons. Parfois, il arrive aussi que ce soit les proprietaires qui préviennent la police après avoir vu l’état de leur maison.

„ À chaque fois que nous sommes entrés dans une de ces maisons, la réaction des occupants était spéciale. Les „esclaves”, conscients d’encourir 10 ans de prison en cas d’arrestation (les dirigeants reçoivent en général une condamnation à perpétuité), tentent de s’échapper, même „en tongs”. En tout cas ils s’enfuient toujours et ne réagissent jamais avec violence.” conclue Rodler.

Juli Sandor

source: index.hu

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