La journée internationale de l’Holocauste et le contexte hongrois

En Hongrie où un parti antisémite dispose de 43 sièges au parlement, des campagnes de dénigrement teintées d’antisémitisme apparaissent ça et là dans des médias hongrois proches du pouvoir.

Au cours d’une rencontre, mardi, avec le président du Congrès juif européen Moshe Kantor et les représentants de la communauté juive de Hongrie, le premier ministre Orban a affirmé que son gouvernement se portait garant des droits des Juifs hongrois. En contradiction avec ses invités qui ont dénoncé une hausse mondiale de l’antisémitisme liée à la crise économique, Viktor Orban a fait le constat d’un climat politique plus sain et de moins d’animosité de l’opinion publique hongroise vis-à-vis de la communauté juive. « L’expérience politique hongroise montre qu’une force politique centrale est le meilleur moyen de lutter contre l’extrémisme« , a-t-il commenté, selon sa thèse maintes fois éculée.

Une thèse somme toute peu convaincante car son parti ne s’est pas toujours distancié des dérives racistes de l’extrême-droite qu’il a manipulé sans vergogne à des fins électoralistes, contribuant par la-même à populariser et à rendre acceptable les idées extrémistes. D’aucuns considèrent même que Jobbik est une création de la Fidesz et que son leader Gabor Vona est en quelque sorte le petit frère politique de Viktor Orban, selon une théorie popularisée par le journaliste Attila Bujak. Pour autant, le premier ministre hongrois ne peut pas être accusé d’antisémitisme, bien qu’il porte une responsabilité certaine dans sa ré-émergence actuelle en Hongrie.

L’antisémitisme a atteint les médias « mainstream »

En Hongrie, le fait nouveau c’est l’institutionnalisation de l’antisémitisme, portée par le parti Jobbik qui a obtenu 17% des votes et 47 sièges au parlement lors des élections législatives de 2010. Sa popularité a permis à ces idées –marginales au début des années 90 puis développées de façon underground- d’atteindre les discours public et les médias « mainstream ».

Des intellectuels de gauche, Juifs pour la plupart, dont la philosophe Agnes Heller, subissent actuellement les foudres du quotidien Magyar Nemzet, indéfectible soutien de la Fidesz au pouvoir, soupçonnés d’avoir touché de grasses rémunérations pour des travaux littéraires « bidons », quand la gauche était au pouvoir. Des foudres qui ont un arrière-goût prononcé d’antisémitisme.

Il y a aussi le cas de Zsolt Bayer, qui sévit dans les colonnes du Magyar Hirlap, l’un des 37 étudiants fondateurs de la Fidesz et dont le parti ne s’est jamais vraiment distancié par la suite. Dans un article publié le 4 janvier, il dénonce les « Cohen, Cohn-Bendit et Schiff« , faisant référence au journaliste britannique de The Observer Nick Cohen qu’il qualifie d’ailleurs d' »excrément puant« , à Daniel Cohn-Bendit et au pianiste hongrois Andras Schiff. Tous trois d’origine juive. En octobre 2008, il fustigeait déjà « L’avidité illimitée des  financiers juifs de Brooklyn et les « Yuppies » de Wall Street qui ont plongé le monde dans la dépression« . Plus récemment, en juillet 2010, il a qualifié les négociations entre le gouvernement hongrois et le FMI de « combat pour la liberté contre les Rosenbergs« .

Pour infos : Le mémorial de l’holocauste de Budapest (http://www.hdke.hu/) ouvrira gratuitement ses portes au public aujourd’hui entre 15h et 16h avec un programme spécial de concerts et de rencontres avec des personnalités de la vie culturelle juive.

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3 Commentaire

  1. trouver un bouc-emissaire a toujours ete plus facile que de se remettre en question.

  2. @ Butch

    Il y a quand meme une ombre anitsemite qui plane sur la Hongrie depuis des lustres….b-sur faut eviter les amalgames…car refuser sans appel l’antisemitisme ne veut pas dire avaler la conduite de l’état d’Israel au moyen-orient…ca va de soit..

  3. jaizou_le_saguoin a dit :

    Antisémitisme? Vous parlez de racisme envers les sémites? Juifs ET arables?
    Quand on supprimera ce mot du langage courant et que l’on considérera que le racisme envers les juifs n’est pas un type de racisme particulier voir, comme certains pensent, supérieurs à d’autres, on pourra discuter.

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