La Hongrie, tu l’aimes…ou tu l’aimes

Quelles bonnes raisons ont les jeunes hongrois de ne pas quitter leur pays ? Voici une vidéo étonnante signée du ministère des ressources nationales et du ministère de la justice.

Minden IdekötA son arrivée au pouvoir, le gouvernement de Viktor Orbán s’était fixé comme objectif – parmi d’autres – de redonner aux jeunes l’amour de leur pays. Il y travaille dur. Dans cette vidéo en question, il vise directement une prétendue « Uj nemzedék » (nouvelle génération) : c’est l’histoire d’un garçon et d’une fille qui tombent amoureux et renoncent à leur projet d’émigrer car ils se rendent compte que leur propre pays a tout à leur offrir : l’amour, le foyer, la famille, les soirées, les drames. La vie quoi.

http://youtu.be/NDlXbfZ63ks

Moins prosaïquement, la loi sur l’éducation supérieure en cours de préparation pourrait entraver les possibilités de départ des jeunes diplômés en les contraignant à travailler plusieurs années en Hongrie après l’obtention de leur diplôme, sans quoi ils se verraient dans l’obligation de rembourser à l’Etat leurs frais de scolarité. Comme ça même si les jeunes n’aiment pas plus leur pays après cette vidéo, ils resteront quand même « à la maison ».

A lire les commentaires des internautes qui accompagnent cette vidéo – qui vont de l’ironie au dégoût total en passant par le sarcasme et le mépris – le succès de l’opération paraît pour le moins incertain. Par exemple celui de happylife350 : « J’attends surtout le 2ème épisode dans lequel on leur prend leur appartement parce qu’ils sont incapables de rembourser leur crédit, où ils commencent à s’engueuler à cause de problèmes d’argent et où le mec devient agressif et commence à boire du vin 1er prix ».

Un vulgaire plagiat ?

Décidément les « autorités » hongroises ont un certain talent pour ce type de com’ légèrement décalée… voire complètement à côté de la plaque. Il suffit de remonter quelques semaines en arrière avec la vidéo de promotion du recensement en ligne. Et c’est sans parler du vidéo clip du parti Jeszun ado sur le point de se suicider rencontre l’amour en allant voter.

En fait, c’est le site Hirszerzö qui a vu juste : si ce n’est un plagiat total et ridicule, la vidéo ressemble en tout cas étrangement à une vidéo australienne réalisée par l’association indépendante GetUp pour promouvoir…tenez-vous bien…le mariage homosexuel ! Très très  ironique si l’on pense que ce sont probablement les chrétiens-démocrates du KDNP derrière l’initiative « Minden Ideköt », ceux-là même qui s’acharnent à verrouiller toute possibilité future de mariage homosexuel en Hongrie.

La Hongrie, un pays « fini » !

A la rentré scolaire 2010, une étude avait montré qu’un grand nombre de jeunes hongrois imaginaient leur futur à l’étranger. Un tiers des lycéens avait d’ores et déjà décidé de quitter le pays pour trouver du travail et une vie meilleure, et un autre tiers hésitait à faire de même.

C’était au moment même où le pays passait sous la barre très symbolique des 10 millions d’habitants, une véritable tragédie nationale pour les conservateurs et les chrétiens-démocrates en coalition avec le parti d’Orban. Le journal Magyar Nemzet n’avait pu manquer de faire la corrélation. « Quand les jeunes prêts à fonder une famille estiment qu’ils n’ont aucun espoir d’assurer leur existence sur le sol de leurs ancêtres et qu’ils sont contraints de quitter leur patrie, alors c’en est fini du pays qui assiste à cela les bras croisés », écrivait sa journaliste Matild Torok, avec le ton dramatique qu’il est de rigueur d’adopter dès lors qu’il est question de la nation hongroise.

« L’Union Européenne […] qui tolère que, dans ce pays branché sur la pompe aux taux d’intérêt, des foules travaillent comme des forçats pour un salaire ne couvrant même pas les besoins les plus élémentaires, ne vaut pas grand chose. […] L’élite politique de Bruxelles comme de Budapest peut être fière qu’en l’espace de vingt ans, en plus de la privatisation, de la libéralisation, de la suppression des taxes douanières prohibitives […] nous nous retrouvions à exporter aux Etats de l’UE des tensions salariales et sociales plutôt que des produits hongrois compétitifs et bon marché. » C’était il y a plus d’un an, mais l’on peut parier que la journaliste ne renie pas ces propos aujourd’hui…

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16 Commentaire

  1. Moi j’aime bien le concept de forcer les jeunes à rester un certain nombre d’années dans un pays où on leur propose des salaires minables en forint, monnaie ayant perdu 15% de sa valeur en 1 an.. :)

    Je propose de peaufiner un peu la proposition : forcer uniquement les jeunes diplômés électeurs du FIDESZ, qui curieusement pullulent à Bruxelles, à assumer leur vote et à rester au pays qu’ils ont contribué à couler et à ridiculiser à l’échelle européenne. LA ça deviendrait intéressant…

  2. Pierre Waline a dit :

    BRAVO !
    Excellente proposition, Thomas !
    « Péter les plombs », ca se dit aussi en hongrois…. Ca ne m’étonne plus…

    http://www.lepetitjournal.com/budapest/a-la-une-budapest/91607-essai-un-prix-nobel-pour-le-fidesz-.html

  3. Pas la peine d’empecher les jeunes diplômés d’avoir une expérience à l’étranger, car de toute manière ils finiront par rentrer en Hongrie.
    Les lycéens et les étudiants rêvent d’avoir une expérience à l’étranger (comme beaucoup de jeunes du monde entier), mais je suis certain qu’au moment de s’installer, d’acheter un logement et d’avoir des enfants ils seront + de 90% à vouloir le faire en Hongrie.

  4. Pierre Waline a dit :

    Oui, je pense que Vizsla a (malheureusement) rason. Beaucoup de jenes Hongrois autour de moi veulent quitter le pays, mais, vu le prix du logement renhéri par le coursdu forint je doue qu’ils puissent se maintenir (mais j’en connais qui y arrivent en prenant parallellement un boulot). J’admire au passage leur courage.

  5. Pierre Waline a dit :

    Un bémol, a ma remarque, Vizsla (et pardon au passage pour les fautes de frappe, je tape tjs tres vite). Cela vaut (votre remarque que j’approuve) pour les étudiants et certaines spécialités, certes. Mais dans d’autres cas, lorsqu’ils s’agit de mener une vie professionnelle, les salaires sont parfois si bas en Hongrie que, meme en risquant les aleas du cout de la vie (logement), beaucoup de jeunes y trouveront leur compte, a condition d’etre bien préparés (maniement de la langue, culture). Je pense bien sur en premier lieu a ces jeunes médecins de l’Assistance publique (rezidensek en hongois)qui touchent un salaire de 100 000-150 000 forints, soit 350-500 euro nets et esperent avoir le quintuple en Allemagne. 2 500 d’entre eux menacent de quitter le pays (dont beaucoup de spécialistes).. (La Slovaquie est confrontée au meme probleme pour ce qui concerne la fuite des jeunes médecins).

    http://www.lepetitjournal.com/societe-budapest/90362-essai-wie-gott-in-ungarn.html

  6. Bonne idée d’insiter les jeunes à rester en hongrie, mais la vidéo est malheuresement vraiment ridicule… Coup raté!

  7. Tant que les entreprises de l’ ouest continueront a venir pomper du Hongrois pour 400 euros par mois la situation ne changera pas. Car la est bien le probleme: ce sont aussi de nombreuses boites francaises, anglaises, allemandes et autres qui profitent allegrement du hongrois pas cher et competent, a des salaires frisant l’inhumain. L’ ancienne boite francaise pour laquelle je bossais offrait un salaire de base de 120,000 forints, avec une belle partie payee en cash pour eviter je ne sais quelle taxe ou enregistrement. Et avait l’air de penser que tout ceci etait absolument normal. Depuis que la boite a du s’enregistrer suite a un rachat par un grand groupe francais aux chiffre d’affaire frisant le PIB de la hongrie, a peu pres 1/5eme du salaire est verse en « tickets repas ».
    Non seulement cette attitude abjecte des entreprises implique un je m’en foutisme des hongrois pour le travail bien fait, mais elle contribue a les faire aller voir ailleurs si l’ herbe est plus verte ce qui est tout a fait normal. Sur le long terme, ces abus ont des consequences catastrophiques pour les pays en question et pas forcement benefique pour les entreprises en question, avec des turn over absolument ingerables.

    Une connaissance hongroise bien eduquee n’a pas attendu apres l’arrivee d’Orban au pouvoir, pour plier bagage a l’ouest et trouver en deux mois un travail remunere 8 fois plus que la base manager en Hongrie.
    La Hongrie devrait copier le modele nordique de l’ Estonie par exemple, qui a favorise l’entreprenariat des jeunes et est aujourdhui un des pays de l’ex bloc communiste les plus avances d’Europe.Si l’entreprenariat est possible et Hongrie et si les boites de l’ouest se responsabilisent (ou bien sont forcer a etre responsabilisees) alors la situation pourrait tourner en la faveur des jeunes hongrois. La Hongrie recoit des millards d’aides europeennes qu ‘elle n’ utilise pas a bon escient. Tout ceci serait possible.

    Ce qui est tres interessant dans tout cela, c’ est cette histoire de transfert: alors que les jeunes hongrois vont se raffraichir dans les capitales de l’ouest, nos amis de Paris a Londres en passant par Barcelone commencent a se deplacer vers l’est pour transpirer dans les saunas au prix d’un coca a Paris.

    La Hongrie du futur sera peut etre vide de Hongrois et toute pleine de parisiens dans 50 ans…

  8. Juste pour info, le lien vers la vidéo australienne : http://www.youtube.com/watch?v=_TBd-UCwVAY … Effectivement, les ressemblances sont frappantes, tellement frappantes lorsqu’on connait le contexte que ça en devient hilarant…

  9. Vizsla +1
    goulash +1

    lorsque les hongrois vont en france pour ameliorer leur qualite de vie (ceux qui reviennent se rendent compte de la non realite de l’eldorado francais), le plus souvent ils payent des loyers hors de prix a des proprietaires francais qui profitent de cet argent pour acheter des biens immobiliers pas cher en hongrie.
    lorsque ces hongrois reviendront, ils n’auront plus les moyens de s’acheter des biens immobiliers dans leur propre pays puisque tous les trucs pas cher auront ete deja rachetés par les etrangers…

  10. C’est vraiment prendre les jeunes pour des cons de croire que c’est possible de changer leur projets de vie à l’aide d’une video (ringarde et plagiée).
    Je ne vois pas ou est le problème si les jeunes tentent une nouvelle vie à l’étranger. Qui peut mesurer l’effet de ces départ? Personne! C’est un fantasme nationaliste que de se dire que cela nuit à l’avenir du pays. Si ca se trouve, ces jeunes reviendront fort d’une expérience ou d’un capital qu’ils investiront pour prospérer sur la sainte terre de leurs ancêtres.
    Dans d’autres pays plus prospères on a peur du dumping social et de ces étrangers vicieux qui au lieux de consommer sur place enrichissent leur pays d’origine. Bref on peut tout justifier sur la base du même phénomène.
    @ le_butch, tu exagère complèttement, je me demande sur la base de quelles informations tu t’es construit ce délire! Ma copine est hongroise et vit en Allemagne (un pays à niveau de vie comparable à la France) elle s’en sort correctement même si elle ne roule pas sur l’or. (« francais qui profitent de cet argent pour acheter des biens immobiliers pas cher en hongrie. » mdr)
    Exprimer sa peur à propos du départ des jeunes Hongrois, en soutenant une vision nationaliste hongroise en Français, tout cela me semble plus que suspect.

  11. La Hongrie se referme telle une huitre.
    De » jeunes » hongrois, qui sont proches de la quarantaine, qui parlent plusieurs langue et notamment le russe (tellement apprécié des agences de voyage) savent que leur avenir est ailleurs.
    Certes, ils sont d’une autre génération, celle qui s’en sort et veut à tout prix s’en sortir.

    Orban déclare que la Hongrie veut l’€ , mais pas avant 2020,
    Nombre d’agents immobiliers qui opèrent en Hongrie annoncent que tant que les magyars garderont le forint, le prix de l’immobilier restera stable,voir assez bas.
    La nouvelle génération a son avenir devant elle et a donc le temps
    L’avenir d’un pays, ce sont ses jeunes et les jeunes hongrois peuvent relever tous les défis.
    Zs.

  12. Jeune hongrois, je suis directement concerné par cette politique qui cherche à nous inciter voire à nous contraindre à rester ici, il faut que je vous dise que je ne vois aucun avenir dans mon pays et quoi qu’il fassent je vais m’en aller dès que possible, surtout car je connais que trop bien les difficultés que présente la vie en Hongrie à travers les expériences de ceux autour de moi (y compris mes frères déjà actifs et mes parents). Je vois pas trop comment je pourrais mener une vie pas misérable ici :(…du coup je regrette mais je vais chercher ailleurs une fois diplomée même si cela implique l’entier remboursement des frais de mes études supérieurs.

  13. Oups je vois que j’ai commis quelques fautes de frappe et comme on peut pas modifier les messages déjà postés je rectifie ici: diplômé, supérieures … normalement je suis très regardant sur l’orthographe mais il m’arrive que certaines petites erreurs m’échappent :$

  14. c’est de ca dont on parle… un mec qui parle couramment francais, et qui prend la peine de corriger ses fautes d’orthographes sur des blogs. La Hongrie n’a rien a offrir a ces jeunes la.

  15. Pierre Waline a dit :

    Pour les fautes de frappe, je crois etre insurpassable !!! Au moins un point ou je brille ! J’apprends avec stupéfaction (Le Monde du 15 déc.) que Sarkozy veut imposer aux étudiants étrangers désireux de poursuivre leurs études en France de prouver un revenu de 650 euro pa mois. Certes, c’est le revenu qu’il leur faut pour se eloger et survivre. Mais de la a en faire une condition « préalable », je trouve la chose dure. (Manque de souplesse.) Car c’est seulement une fois sur place qu’ils pourront se débrouiller et trouver un job.

  16. c’est une pratique americaine, il a juste copié. Lorsque tu vas chercher ton visa US americain, tu dois prouver que tu es solvable (je ne me souviens plus du montant mais c’est moins élevé) 650 euros par mois c’est justifié a Paris, dans le reste de la france beaucoup moins) – cette pratique n’a de sens que si la bourse d’études peut etre comptée déjà dans ce montant (meme si elle est généralement versée en fin d’Erasmus ou autre). Je doute que Sarkozy puisse implementer cela car le programme Erasmus est très encadré par l’UE.

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