La Hongrie fait payer les banques quand l’Europe essaie de les sauver

La ministre autrichienne des Finances Maria Fekter a déclaré jeudi que les banques européennes avaient besoin d’une centaine de milliards d’euros de capitaux frais pour renforcer leur bilan et affronter les turbulences actuelles. La Hongrie ne semble guère préoccupée par ce problème et se soucie plutôt de faire payer le secteur bancaire, détenu à 80% par des établissements étrangers, pour renflouer les caisses de l’Etat et pour protéger des clients de plus en plus endettés à cause de l’appréciation du franc suisse.

Protéger les ménages endettés en devises

Le 19 septembre, le parlement hongrois a adopté à une très large majorité une loi, le « plan de protection des ménages » (Otthonvédelmi Akcióterv), qui permet aux usagers bancaires de rembourser leurs emprunts libellés en devises étrangères (en francs suisses, euros et yens) à des taux préférentiels, largement inférieurs au taux du marché (180 forints pour 1 franc suisse, 250 forints pour 1 euro et 2 forints pour 1 yen). La hausse du cours du franc suisse de plus de 25% depuis janvier a en effet eu des conséquences désastreuses sur les ménages hongrois, endettés majoritairement en devises, et surtout en francs suisses. Plus de 140 000 ménages hongrois sont aujourd’hui incapables d’honorer les échéances de leurs emprunts. (Lire aussi : Un coup de pouce aux créditeurs en devises étrangères)

Grâce à cette loi en vigueur jusqu’en mars 2012, les débiteurs ont la possibilité de rembourser dans un délai de deux mois leur emprunt en devises grâce à un nouvel emprunt en forints. Ce sont donc les banques qui doivent assumer le coût de la différence entre le nouveau taux de change fixe prescrit par la loi et le prix des devises sur le marché.

Faire payer les banques étrangères

Les mesures destinées à faire peser sur les banques le poids de la dette des ménages sont facilement acceptées par le parlement national puisque plus des trois quarts du secteur bancaire de Hongrie sont détenus par des établissements étrangers. Cette loi revient donc à transférer la part de la dette des ménages hongrois liée aux variations de taux de change à ces établissements étrangers, autrichiens, allemands, italiens, belges ou autres. Avec un taux de change réduit de 20 à 25%, ces banques pourraient perdre plusieurs milliards d’euros.

Cette loi, qui s’ajoute à la loi sur la taxe spéciale sur les banques, a été vivement critiquée par les agences de notation financière, qui estiment qu’elle pourrait affaiblir certaines banques de crédit et ralentir le développement du système bancaire en Hongrie.

La Volksbank mise à l’amende

La filiale hongroise de la Volksbank autrichienne a d’ores et déjà essayé de contourner la loi. Elle a tenté d’introduire dans les contrats des clients qui voulaient se prévaloir du nouveau régime de remboursement anticipé une clause qui les aurait obligés à indemniser la banque pour toute différence entre le taux de change réel et le taux de change fixé par la loi.

L’autorité de surveillance nationale des organisations financières (PSZAF) a jugé qu’il s’agissait d’une pratique commerciale déloyale. Par conséquent, la Volksbank a été condamnée à verser une amende de 50 millions de forints (environ 170 000 euros) et devra retirer la clause illégale de tous les contrats déjà signés. Le 13 octobre, la Volksbank (OeVAG) avait annoncé une perte pour l’année 2011 pouvant dépasser le milliard d’euros en raison de dépréciations massives dans ses comptes sociaux.

Les banques autrichiennes et italiennes boudent la Hongrie

Le groupe italien UniCredit a fait part des conséquences de la loi sur sa politique de développement en Hongrie :  le 13 octobre, Gianni Franco Papa, directeur de la division est-européenne du groupe, a annoncé qu’il gèlerait tout nouveau développement de la banque en Hongrie, contrairement au projet initial d’ouverture de 120 succursales dans le pays d’ici 2015, dévoilé plus tôt dans l’année.

Après avoir annoncé, le 10 octobre, des pertes annuelles de l’ordre de 700 à 800 millions d’euros en 2011, la banque autrichienne Erste Bank, très implantée en Europe centrale et orientale, a quant à elle pris la décision de reporter le remboursement des aides publiques et de ne pas verser de dividende au titre de 2011. Elle a dû déprécier sa filiale hongroise et inscrire plus de 400 millions d’euros de provisions dans les comptes afin de couvrir le risque politique que représente, selon elle, la Hongrie.

Dans un contexte où même les banques étrangères commencent à craquer et où la Commission européenne a encore son mot à dire, la Hongrie pourra-t-elle longtemps continuer à se désintéresser d’enjeux européens communs ? Ce week-end au Conseil européen à Bruxelles, nous verrons si Viktor Orbán se fera tirer les oreilles comme il ya quelques semaines à propos de la taxe sur les télécoms.

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6 Commentaire

  1. N’oublions pas de rappeler que les banques ont fait des bénéfices records durant cette crise et ont engrangé des sommes non négligeables…

  2. lorsqu’un jour j’ai voulu faire un pret en hongrie, je me suis rendu compte que toutes les pires conditions etaient au rendez vous:
    – taux fort et variable,
    – remoursement anticipe payant,
    – emprunt en euro,
    – faible somme pretee.

    avec ca, je me suis toujours demande comment pouvaient faire les hongrois… la reponse est simple, ils n’ont pas le choix.
    comme j’avais le choix je suis allé voir du cote de l’etranger pour avoir des conditions favorables.

    cela ne m’etonne donc pas que les hongrois soient surendettes et je trouve que c’est un juste retour de prendre a ceux qui ont largement profités de ce manque de concurrence (il y aurait eu une entente des banques que cela ne m’etonnerais pas, ca me rappelle en france l’entente des operateurs francais de telephonie mobile…)

    je ne suis pas contre le fait de faire de l’argent, bien au contraire.
    je suis contre dans le fait de vider un pays et de se plaindre apres.

  3. Je confirme le_butch.
    Il y a 4 ans les banques en Hongrie nous proposaient 11% à taux variable et ailleurs nous avons obtenu 5% à taux fixe.
    A l’époque pour 1 € il fallait compter 250 forints, hier en clôture il en fallait 300.
    Même cette forte dévaluation n’aurait pu combler la différence.
    Zs.

  4. Il est certain que préter en francs suisses ou en yens, monnaies particulièrement solides, est une très bonne combine.
    Trop bonne pour des économies faibles, comme ceux d’europe centrale et orientale.

    De plus, effacer l’identité économique de certains pays d’europe, par des investissements occidentaux massifs ne peut pas contribuer à une bonne entente européenne. L’opposition entre l’Ouest et l’Est devient, sans doute, plus forte que jamais. Dans l’avenir, on aura sûrement encore de biens plus grosses « surprises ».

    L’écart entre le smic hongrois et le niveau de consommation d’une « élite », n’est pas fait pour renforcer une identité, et encore moins une indépendance économique et financière, du pays. Les hongrois riches auraient dû plutôt épargner et investir dans leur propre pays.

    Aveuglement de l’Ouest et naîveté de l’Est, à moins que ce ne soit l’inverse, ne nous mèneront pas vers une europe solide et unie.

    C’est bien gentil de faire une ristourne de 3 milliards d’euros par an, mais c’est totalement fallacieux démocratiquement.

  5. cluster2600 a dit :

    Les banques se sont mises elles memes dans la merde, ils ont pretes a des gens qui ne pouvaient pas emprunter et ils leurs ont proposer des produits tres volatiles.

    qu’ils paient le prix fort et ferment boutique!!!

  6. vous avez tous de bons commentaires sur ce sujet et je suis heureux de trouver des personnes qui comprennent les problèmes des emprunteurs et qui n’accusent pas les Hongrois de mauvais payeur !

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