La Hongrie doit-elle réduire ses dépenses sociales ?

Par Annie Perraud

Le ministre des ressources nationales Miklos Rethelyi a rappelé les actions privilégiées par le gouvernement hongrois en matière de politique sociale, au cours d’une réunion ministérielle organisée les 2 et 3 mai par l’OCDE : Optimiser les dépenses sociales et augmenter le taux d’emploi.

« La Hongrie cherche à garantir des aides sociales aux populations qui en ont vraiment besoin et concentre ses efforts sur la lutte contre le chômage et l’inactivité », a déclaré M. Rethelyi , selon l’agence MTI.

Aux yeux du gouvernement, deux raisons principales, exposées dans le plan Széll Kálmán et le rapport de convergence 2011-2015, motivent ces objectifs. D’une part, les transferts sociaux en Hongrie s’avèrent, en proportion du PIB, significativement supérieurs à ceux des autres pays du groupe de Visegrád, ayant un niveau de développement comparable (cf. graphique). D’autre part, le taux d’emploi des 15-64 ans en Hongrie figure parmi l’un des plus faibles des 27 pays de l’Union européenne.

Au vu de ces résultats, les mesures récemment mises en œuvre par le gouvernement hongrois ne sont ainsi pas nécessairement illégitimes. La réduction de la durée d’indemnisation du chômage peut constituer une incitation à la recherche d’un emploi, de même que la réforme du système d’indemnisation du handicap, dont on sait qu’il est plus que laxiste en Hongrie. La suspension – voire la suppression – des prestations familiales en cas d’absentéisme scolaire pourrait améliorer le niveau d’éducation des jeunes et, par conséquence, augmenter leurs chances de trouver un emploi.

Pour autant, rien ne garantit qu’elles contribuent à améliorer significativement le système social hongrois. D’autant plus qu’en parallèle, des mesures telles que l’allongement de deux à trois ans du congé parental indemnisé jouent précisément dans le sens inverse tant en termes de dépense publique que de taux d’emploi des femmes.

Par ailleurs, le gouvernement hongrois ne serait pas le premier à tailler dans les dépenses sociales par facilité, pour atteindre ses objectifs de réduction de déficit public. La France, à cet égard, n’est pas en reste. Or, selon les chiffres publiés début avril par le ministère hongrois de l’Economie, la contribution des dépenses des fonds de sécurité sociale au déficit public cumulé au premier semestre 2011 ne s’élève qu’à 14,3% du déficit total. Autant dire que l’essentiel de l’effort d’économies ne se trouve pas dans les dépenses sociales (comme en France d’ailleurs où, selon l’INSEE, le « trou de la sécurité sociale » représentait en 2010 16,7% du déficit public total).

Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille laisser filer les dépenses sociales. La soutenabilité, à long terme, des systèmes de sécurité sociale nécessite des réformes structurelles, visant principalement à modifier les comportements et à optimiser les dépenses publiques.

Taux de redistribution en fonction du PIB par habitant (2009)

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