La Gay Pride de Budapest n’aura pas lieu

La préfecture de police de Budapest a retiré son autorisation pour la marche annuelle de la Gay Pride hongroise, invoquant des « perturbations excessives pour la circulation » dans la capitale hongroise. Les organisateurs, qui dénoncent une décision politique,  vont déposer une plainte.

Lundi, le directeur de l’Association organisatrice de l’évènement, « Szivárvány Misszió » (Mission arc-en-ciel), Sándor Steigler, a annoncé que la manifestation prévue pour le 18 juin avait été interdite, sous prétexte qu’une exposition est déjà programmée le jour-même sur la Place des héros – point de départ programmé du défilé -, tandis que la Préfecture de police de Budapest, dans sa décision exécutoire, invoquait des « perturbations excessives pour la circulation ».

Budapest Gay Pride 2008 (HU-lala)

Pour les organisateurs – qui ont d’ores et déjà indiqué qu’ils allaient déposer une plainte -, cette décision est tout à fait inattendue car la police avait déjà donné son accord. Elle intervient après que l’association « Szivárvány Misszió » ait demandé une extension du parcours, la menant traditionnellement sur la prestigieuse avenue Andrássy, depuis Hösök tere (la Place des héros) jusqu’à la place Erzsébet. Ils entendaient cette année manifester jusque devant le Parlement pour dénoncer la loi sur les médias et la nouvelle Constitution, toutes deux préjudiciables pour les droits des homosexuels, selon eux.

Plusieurs associations militant pour les droits des homosexuels ont rapidement protesté ensemble dans un communiqué diffusé sur le site Pride.hu : « Nous sommes choqués de cette décision qui intervient après des négociations constructives [avec la police]. […] Nous appelons la préfecture de police à s’abstenir de toute interprétation arbitraire de la loi relative à la liberté de rassemblement« . L’Institut pour une alternative démocratique (Intézet a Demokratikus Alternatíváért) a adressé un communiqué au site d’informations Híradó-MTV, dans lequel il affirme que la Préfecture de police a négligé la décision de la Cour européenne des droits de l’Homme, et pointe du doigt que l’argument de la sécurité de circulation n’a pas été invoqué en ce qui concerne les autres manifestations empruntant le même parcours.

« Une décision politique »

« Il est difficile de ne pas qualifier cette décision de politique« , a commenté Sándor Steigler. Effectivement, le bouleversement politique  - une vague conservatrice ayant chassé les socialistes-libéraux, après huit années de pouvoir – qui s’est produit en Hongrie l’année passée va dans son sens. Il est difficile aussi de ne pas y voir la patte du nouveau maire de droite de Budapest, Istvan Tarlós, qui a succédé en octobre au très libéral Gabor Demsky. Il avait déjà tenté de faire interdire les programmes homosexuels du Festival Sziget Alors qu’il était maire du IIIè arrondissement de la capitale.  La Fidesz elle-même, au pouvoir depuis mai dernier, avait tenté de faire interdire la Gay Pride en 2009, la qualifiant de « provocante et menaçant la loi, l’ordre et la morale publique« . La marche gay annuelle ne s’est, par ailleurs, jamais véritablement relevée des violences subies lors de l’édition 2008, occasionnées par des groupes d’extrêmes-droite. Aussi, cette interdiction intervient dans le contexte de préparation d’une nouvelle Constitution. Si son brouillon, tel qu’il a été présenté en décembre, est adopté en l’état au Printemps, les homosexuels peuvent tirer un trait sur un éventuel mariage gay, et ce pour de longues années.

L’Europe, encore elle ?

Si aucun compromis n’est trouvé, il restera encore un espoir pour les associations LGBT, celui que l’Union européenne vienne une nouvelle fois mettre son nez dans les affaires hongroises. En effet, le Parlement européen a récemment voté une résolution condamnant un projet de loi de la Lituanie visant à interdire la tenue de la gay pride locale et demandant à la Commission européenne de présenter un plan de lutte contre l’homophobie commun à tous les Etats membres. C’était le jour même où un certain Viktor Orban présentait la présidence hongroise au Parlement européen… Pour ce qui est de la Gay Pride de Budapest, il pourrait donc choisir cette fois la conciliation, malgré la pression constante de l’extrême-droite et maintenant même de ses chrétiens-démocrates d’alliés.

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Un commentaire

  1. La presse germanophone et anglophone sur place, subissant peut-être des pressions parle d’un refus de la police
    Il est bien connu que la police ne fait pas de politique.N’est-ce pas?
    Zs.

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