Castration du quatrième pouvoir en Hongrie : le jour J

Mise à jour : C’est aujourd’hui, lundi 20 décembre, que le Parlement hongrois doit voter le texte de loi clôturant une vaste réforme du secteur des médias, perçue par l’ensemble des journalistes et éditeurs, en Hongrie et à l’étranger, comme une grave atteinte à la liberté de la presse.

Après avoir refusé de corriger un article paru en fin de semaine dernière, commentant la fonction d’Annamária Szalai, présidente du Conseil national des Médias (CNM), le journal Népszabadság s’est immédiatement attiré les menaces de l’autorité. Si la réforme des médias hongrois était déjà en place, le premier quotidien libéral de Hongrie (comprendre « social -libéral ») serait sous le coup d’une amende de plusieurs dizaines de millions de forints et aurait déjà mis la clé sous la porte.

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Dans le différend qui oppose la rédaction de Népszabadsag et le Conseil National des Médias (Médiatanács), on assiste à un véritable cas d’école pour comprendre la réforme des médias et l’atteinte à la liberté d’expression des journalistes en Hongrie. Grâce à la main mise du CNM sur les médias publics, et au renversement de ses prérogatives à l’encontre des médias privés, la « contre-révolution » du gouvernement conservateur de Viktor Orbán dans la presse est en marche.

De simples interprétations qui dérangent

Dans l’article publié le 10 décembre sur nol.hu (site Internet du journal), les auteurs rapportent qu’avec la réforme, Annamária Szalai, nommée le 11 août dernier par le premier ministre Orbán à la tête du CNM, deviendra la patronne de quelques 3000 employés des médias publics, tels que l’agence de presse MTI, Magyar Rádió, et les chaînes de télévision MTV et Duna televízió, entre autres. L’article interprète également deux faits dont la divulgation n’a pas plu au CNM et à sa présidente : que tous les biens et moyens des médias publics seront détenus par le Conseil, et que sa présidente y détient tous les pouvoirs de décision.

La moindre provocation coûtera cher aux médias « de gauche »

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Le jour-même, le Conseil a immédiatement ordonné à Népszabadsag de corriger ces trois interprétations, jugées provocantes. Au cours du week-end, après le refus de la rédaction, l’ordre a tout de suite été suivi d’une menace :  à partir de janvier prochain, lorsque le projet de loi sur les médias sera voté, et s’il n’y a pas de correction, le journal pourra être sous le coup d’une amende allant jusqu’à 25 millions de forints (91 000 euros) et son directeur pourrait écoper de 2 millions d’amende (plus de 7000 euros).

Lundi 13 décembre, toujours uniquement sur nol.hu, le refus de corriger est justifié par le fait que la rédaction juge ces trois interprétations de la réforme des médias correctes. Le « Népszabi » est aussi dans son bon droit, du moins pour l’instant. D’abord, selon le règlement encore en vigueur en Hongrie, le contenu en ligne n’est toujours pas passible de telles sanctions (ni même de corrections), et il se trouve que l’article du 10 décembre n’est pas paru dans une version imprimée. De plus, selon le journal, le CNM se met lui-même en porte-à-faux en adoptant cette attitude, puisque selon le règlement, une telle demande du Conseil aurait dû être précédée d’une plainte déposée par Annamária Szalai en personne et d’un jugement du tribunal en sa faveur. Les journalistes « gauchistes » peuvent donc encore faire les malins, mais plus pour très longtemps.

Le retournement des prérogatives du CNM prévu par le projet de loi

C’est dans ce cas de figure que l’on assiste à une « contre-révolution ». Avec la réforme votée, il n’y aura plus d’épisode judiciaire pour régler un contentieux entre la surveillance du Conseil et le contenu jugé « déséquilibré » publié par un média, fût-il privé. Si le Conseil juge qu’il faut corriger quelque chose, il faudra corriger, au risque de devoir payer une amende allant jusqu’à 25 millions HUF immédiatement (chose qu’aucune rédaction actuellement en Hongrie n’est capable de supporter selon Népszabadsag). Le recours judiciaire pour un journal ne pourra se faire qu’après la correction ou après l’amende, c’est à dire après avoir fermé ses portes.

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2 Commentaire

  1. c’est beau la democratie :o)

  2. D’après ce que j’en sais, le nouveau gouvernement avait beaucoup à se plaindre de l’hostilité des medias à son encontre, avant son élection.

    C’est donc un « juste retour de bâton ». Mais on aurait préféré de nouvelles lois, pour une véritable liberté de la presse.

    Il est vrai aussi, que la liberté de la presse n’est pas en odeur de sainteté dans de très nombreux pays européens. Y compris parmi les plus forts et les plus avancés. On peut donc difficilement imaginer un pays comme la Hongrie « donner des leçons » aux plus grands.

    Par ailleurs, de très nombreux journalistes n’assurent pas le respect de l’autre. Il n’est donc pas surprenant que des responsables politiques tentent d’intervenir pour limiter les dérives.

    L’Europe a encore un long chemin devant elle, avant d’instaurer la véritable démocratie. En Hongrie, hélas, on fait encore un pas en arrière de plus.

    Va-t-il falloir attendre que l’UE soit en ruine, pour « construire » l’UE ?

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