Journée internationale des Roms: entretien avec l’activiste indépendant Béla Radics

Béla Radics se définit lui-même comme un activiste indépendant pour les droits des Roms. Dans le blog qu’il développe, il rend compte de la situation des Roms en Hongrie, avec un œil très critique tant sur les autorités hongroises que sur les représentants Roms.

Hu-lala : Croyez-vous à la volonté de la présidence hongroise de l’Union Européenne d’agir en faveur d’une intégration des Roms ?

Béla Radics : Je ne peux pas croire cela. La présidence hongroise et l’Union européenne prévoient de prendre des décisions concernant l’intégration des Roms, sans la participation des Roms eux-mêmes, sans représentation des Roms. Il suffit de penser qu’il y a environ 12 à 15.000.000 de Roms en Europe et il n’y a qu’un seul représentant des Roms au parlement européen. C’est insensé ! En Hongrie, les programmes d’intégration des Roms existent seulement sur le papier. Nous, les Roms qui sommes impliqués, ne savons toujours rien quant à la prochaine stratégie de l’Union européenne.

Viktor Orban est-il crédible dans ce rôle ?

À mon avis, Viktor Orban n’est pas crédible dans ce domaine. Au Parlement européen, il se fait passer pour un homme sensible et social, mais à la maison, en Hongrie, il prend des mesures à l’encontre des Roms, des mesures les poussant dans une pauvreté encore plus profonde, les poussant vers une famine meurtrière. Lui et son gouvernement favorisent la rhétorique fasciste de l’extrême droite en lui donnant un espace illimité. Par messages codés, par des insinuations, il utilise en fait la même rhétorique anti-Rom que le parti Jobbik.

Une stratégie d’intégration à l’échelle européenne est-elle une bonne solution pour vous ?

Ce pourrait être une bonne solution, mais pas comme cela est fait, sans la participation des Roms. L’Europe n’a pas le droit de prendre des décisions concernant des groupes de personnes sans demander l’avis des millions d’intéressés, en les excluant des processus de prise de décision, de  mise en place de législations et de programmes. Ce serait la profanation de la démocratie et des droits humains fondamentaux !

Faites-vous confiance aux autorités hongroises pour juger d’une manière transparente et équitable les quatre auteurs présumés des attaques anti-Roms ?

Je suis incapable de faire confiance à la justice hongroise. Au cours de ma vie, j’ai vu de nombreuses fois, les décisions racistes et les jugements anti-rom qu’elle a prise. D’ailleurs, beaucoup de personnes pensent que cette série de meurtres s’est produite sur commande politique. Nous pensons que les vrais coupables n’ont pas été identifiés et que le responsable principal n’est pas encore connu. C’est triste, mais je pense que ce procès ne sera rien d’autre qu’un spectacle dramatique.

Vous êtres assez critique vis-à-vis des représentants de la minorité rom, vis-à-vis de Florian Farkas [représentant national du gouvernement autonome minoritaire rom], par exemple, que vous traitez de marionnette de la Fidesz. Pourquoi ?

« The Minority Election Act » est antidémocratique sur plusieurs points, au niveau local, régional mais aussi national. La loi ne permet pas la participation à l’élection des représentants indépendants qui s’engagent et souhaitent agir pour leur peuple. Il prévoit que seuls les membres des partis ou organisations peuvent participer aux élections en tant que représentants. La majorité des représentants des Roms sont des politiciens payés et dirigés par le gouvernement hongrois actuel. Par exemple, Florian Farkas est un des leaders de la politique rom gouvernementale, en tant que commissaire ministériel de supervision du soutien aux Roms. Mais dans le même temps, il est aussi censé représenter les intérêts de la communauté rom en tant que président du « National Roma Self-government ». Comment peut-il concilier ces deux positions ? Va-t-il se contrôler lui-même ? Va-t-il débattre avec lui-même ? Va-t-il protester contre les sommes des fonds alloués pour les Roms ou contre ses propres décisions ? Cette une situation politique schizophrène !

Selon vous, ces représentants des Roms ont-ils la volonté, et le pouvoir d’améliorer la situation des Roms en Hongrie ?

Non, je ne pense pas. Il est bien connu que la représentation parlementaire des minorités nationales et ethniques en Hongrie n’a pas été réglée depuis maintenant vingt ans, et donc tous les gouvernements ont par conséquent violé la Constitution (depuis 1989). Selon la proportion de la population rom en Hongrie –d’environ 8% – on s’attendrait à ce que les Roms aient une vingtaine de représentants démocratiquement élus au Parlement hongrois. Au lieu de cela, il n’y a que trois représentants d’origine rom, dont la tâche n’est pas la représentation réelle et fiable des Roms, mais le suivi rigoureux de la politique du parti auquel ils appartiennent.

Vous dénoncez un « ethno-business ». Qu’entendez-vous par cette formule ?

Selon le droit hongrois, est considérée Rom toute personne qui se déclare comme telle. Sur cette base, beaucoup de fausses organisations Roms sont créées pour obtenir de l’argent public, mais pas pour une véritable activité de protection des intérêts… qui ne leur sont pas destinés.

Les divisions au sein de la communauté rom (culturelles et politiques) sont-elles un frein pour leur intégration dans la société hongroise ?

Je pense que le principal obstacle à l’intégration est l’élite politique traditionnelle.

Retrouvez le blog de Béla Radics : International Roma/Gypsy Blog from Hungary B. Radics

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