Jobbik repart en campagne

Le mouvement pour une meilleure Hongrie a manifesté jeudi soir à Lak, dans le Nord-est de la Hongrie, pour y exploiter un fait divers particulièrement sordide.

Jobbik en campagne le 15 mars 2010 (Hu-lala)

C’est bien loin de la capitale et des travées du Parlement, un endroit où il peine à se faire entendre malgré ses 47 députés, que le jeune parti a repris les porte-voix, les torches, les drapeaux (nationaux et d’Arpad) et les slogans vengeurs pour dénoncer la « criminalité tsigane » et critiquer le laxisme du gouvernement à cet égard. « Igen, van cigany bünozes! » [Oui, la criminalité tsigane existe], a scandé le demi-millier de personnes qui s’est déplacé pour écouter un discours du chef du parti, Gabor Vona qui s’en est pris aux Tsiganes refusant de s’intégrer à la société par l’éducation et le travail, puis au gouvernement qui a, toujours selon lui, consacré plus d’énergie à combattre la Magyar Garda qu’à défendre les honnêtes citoyens.

C’était dans la petite localité de Lak, située à une trentaine de kilomètres au Nord de Miskolc, dans une région où Jobbik a bâtit ses grands succès électoraux – aux européennes de 2009 puis aux législatives de 2010 – en prospérant sur les terres traditionnellement acquises au parti socialiste, tombé en disgrâce. C’est ici qu’une femme âgée de 81 ans a été retrouvée morte à son domicile quelques jours plus tôt et les soupçons du voisinage comme de la police se portent sur quatre jeunes adolescents roms.

Le Jobbik est-il hors jeu ?

La réaction de l’extrême-droite à ce fait divers intervient à un moment où les enquêtes d’opinion font état d’un déclin important de la popularité du parti et où nombreux sont les observateurs pour qui Jobbik est désormais « hors-jeu », alors même qu’il est dans le jeu parlementaire depuis mai dernier. Il faut dire que ces derniers mois, Jobbik, comme les autres partis, a peiné à exister face au rouleau compresseur de la Fidesz. Il a beau marteler ses différences avec le grand parti de droite (sur la loi sur les médias, l’insécurité, par exemple), force est de constater que son discours a été asséché par la politique autoritaire de la Fidesz qui se permet de jouer sur un spectre politique très large, empiétant sur les plates-bandes de la droite de la droite.

Des analystes politiques estiment que plus de la moitié des 800.000 électeurs de Jobbik aux législatives de 2010 – ceux qui ont voté par contestation plus que par conviction – auraient déjà quitté le navire, car ils se retrouvent dans la politique menée par la Fidesz. Et pour cause, depuis son arrivée au pouvoir, celle-ci a toujours été soucieuse de ne pas abandonner à l’extrême-droite la frange nationaliste de la population, notamment par une politique active et des mesures historiques à l’égard des minorités hongroises, et par une posture intraitable avec les institutions étrangères (le FMI, puis l’Union européenne).

Jeudi soir à Lak

La Fidesz est attendue au tournant

A la fin de l’année 2010, Jobbik dressait un bilan peu complaisant des premiers mois de gestion de la Fidesz : « La Fidesz a prouvé qu’elle n’est en rien différente du précédent gouvernement socialiste, et mis à part son rejet théâtral du FMI, aucun progrès réels n’a été accompli en ce qui concerne l’économie, le plan de sauvetage du FMI 2008 et la dette sans cesse croissante de la Hongrie ».

Si la droite « traditionnelle » échouait à relancer l’économie hongroise, à créer de l’emploi (elle a promis la création d’un million d’emplois) et à améliorer le niveau de vie de la population – notamment celui des classes populaires qui souffrent le plus de la crise – alors une partie importante de l’électorat pourrait être tentée de donner sa chance à un parti qui n’a encore jamais été au pouvoir. Si, dans le même temps, quelques faits divers ou même des accrochages sérieux impliquant des Roms se produisaient, Jobbik pourrait aussi engranger de nombreux soutiens en dénonçant le laxisme de la Fidesz face à la « criminalité tsigane ». Il est donc encore beaucoup trop tôt pour spéculer sur le déclin de Jobbik.

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2 Commentaire

  1. et ui..jobbik est bel et bien l’épouvantail de Fidesz…

  2. Dans un autre temps et un autre lieu le Nsdap d’hitler aprés de gros succés éléctoral en 1930 à perdu de nombreuses voix aux elections de 1932, à l’époque on pensé que ce parti allé vers le declin, 1 an aprés il a pris le pouvoir et la suite ont la connait, alors restons vigilant face à cette menace brune.

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