Inondations : les larmes de crocodile des assurances

Le bilan financier des récentes inondations en Hongrie est déja désastreux, comme l’annonçait le Ministre de l’Intérieur  il y a une dizaine de jours, avec une facture de 100 milliards de forints (348 millions d’euros) pour l’Etat. Les assurances, premières responsables de l’indemnisation des sinistrés, en ont profité dès la semaine dernière pour tenter d’esquiver l’impôt « extraordinaire » dont elles doivent faire l’objet d’ici à la fin de l’année pour réduire le déficit budgétaire.  En parallèle, certaines propositions isolées naissent sur Internet et font leur bonhomme de chemin, dans les médias et jusqu’au Parlement, aussi anecdotiques ou saugrenues soient-elles.

En s’adressant à Bruxelles ou même à Kiev, il semble que tous les moyens sont bons pour que l’État hongrois n’aggrave pas sa situation financière. D’autant que les assurances se disent, bien sûr, prises à la gorge dans un contexte où, quelques jours plus tôt, le Premier ministre leur demandait de payer une « taxe extraordinaire » de plus de 20 milliards de forints d’ici la fin de l’année. Mercredi dernier, Péter Kisbenedek, représentant du lobby des sociétés d’assurances hongroises, affirmait que ces dernières vont devoir payer 30 milliards HUF pour les sinistrés. Il en a alors profité pour rechigner à payer ce que Viktor Orban a prévu d’imposer aux groupes financiers tels que les banques, les sociétés de leasing et les assureurs. Il a également invoqué la responsabilité des groupes industriels, qui, n’étant pas capables d’estimer une juste division de la « taxe extraordinaire », ont laissé cette tâche à l’État, qui lui, n’a pas fait dans le détail.

Pour réduire le déficit budgétaire, Orban s’est fixé 200 milliards de forints à ponctionner principalement dans le secteur bancaire, à hauteur de 60%, avant la fin de l’année. Le Premier ministre avait fait cette annonce en pleine catastrophe naturelle, le 8 juin dernier. Selon Kisbenedek, si la part des assurances dans l’impôt devait excéder 20 milliards, la plupart d’entre elles (25 sur 31, selon lui) souffriraient de trop grosses pertes, devraient lever des capitaux et pourraient être poussées à se retirer du marché. Juste avant le bilan financier des inondations fait par le gouvernement, il convenait donc, pour les assureurs, de chiffrer les dommages au plus vite et de devancer l’État.

« renoncer aux feux d’artifice du 20 août au profit des victimes des inondations » ?

Facebook sert souvent à tout ce qui touche à l’actualité plus ou moins locale, alors pourquoi pas aux doléances politiques touchant aux causes nationales d’un pays d’à peine 10 millions d’habitants ? A Budapest, on connait déjà bien les pétitions en ligne contre les décrets de fermeture des lieux nocturnes dans la capitale (VIème et VIIème arrondissements notamment), entre autres… Cette fois-ci, on assiste à de l’humanitaire national venu d’une simple restauratrice de Buda. On ne sait pas cependant si son établissement a lui-même été touché par les eaux du Danube (voir photo)…

Depuis une semaine, Eszter Dóczi-Tóth a lancé un appel aux politiques hongrois via la création d’un groupe sur le réseau social : « Nous devrions renoncer aux feux d’artifice du 20 août au profit des victimes des inondations ». L’idée originale a fait son chemin très rapidement parmi les Budapestois « connectés », en rassemblant 85.000 membres les deux premiers jours et près de 237.000 jusqu’à hier. Ce buzz est finalement arrivé aux oreilles des parlementaires, dont certains – de l’opposition pour l’instant – se sont déjà prononcés en sa faveur.

La somme qui pourrait être retirée de l’annulation des feux est estimée à 100 millions HUF. Autant dire que cela ne représente qu’une goutte d’eau dans la Tisza… Toutefois, en pleine crise économique , et au regard de l’habituelle démesure dans les dépenses pour la grande fête nationale hongroise, cette solution anecdotique pourrait être la bienvenue, au moins d’un point de vue symbolique.

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