Hongrie : les affamés marchent sur Budapest !

Plusieurs milliers de personnes sont attendues ce lundi à 17h dans Alkotmány utca (proche du parlement) pour attirer l’attention sur l’augmentation de la pauvreté et protester contre les conditions du programme de travaux d’intérêt général. En Hongrie, le « welfare state », c’est terminé, explique de son côté le gouvernement.

Des dizaines de citoyens ont entrepris des longues marches vers Budapest, depuis les régions les plus pauvres du pays. Certains ont parcouru jusqu’à 300 km à pied dans le froid, depuis Sellye dans l’Ormansag, la région frontalière avec la Croatie, dans le sud du pays. Ils espèrent être rejoints par 5-10.000 manifestants cet après-midi, à l’occasion de la rentrée parlementaire, pour scander les vers du vénéré poète Attila Jozsef : « Du travail et du pain, la foule arrive ! ».

Une « éhségmenet », au départ de Miskolc (Photo : www.168ora.hu)

Le co-président du syndicat « Közmunkas Szakszervezet », Komjáthi Imre précise : « Nous ne demandons ni l’assistanat social, ni l’aumône, nous voulons du travail, du pain et des salaires décents !« . Il réclame que les salaires reviennent à leur niveau de 2010 : 60.200 forint (200 euros) contre actuellement 47.000 huf (160 euros).

Leur principale revendication : la révision du Code du travail qui impose aux chômeurs et aux inactifs des travaux d’intérêt général, dans des conditions parfois très dures et dégradantes.  L’année dernière, 300.000 travailleurs – selon des chiffres contestés du gouvernement – ont été réquisitionnés pour entretenir des forêts, débroussailler les bas côtés des routes, nettoyer des canaux d’irrigation, etc.

Une cause nationale ? Non, une guéguerre politicienne

Malheureusement ces initiatives locales qui avaient été lancé l’an dernier à Miskolc aiguisent les appétits politiques et le parti socialiste MSZP à tôt fait de mettre le grappin dessus. Et ce qui devrait être une cause nationale – la lutte contre la pauvreté – est donc réduit une fois de plus à une « guéguerre » politicienne, entre une gauche qui veut retrouver du crédit auprès des démunis et une droite qui l’accuse de manipuler des gens qu’elle a contribué à rendre pauvres.

Maté Szabo, le médiateur de la République pour les droits fondamentaux a lancé une enquête suite à des plaintes relatives aux mauvaises conditions de travail. Car ces travailleurs qui se trouvent dans une position de très grande vulnérabilité – toute aide sociale est coupée en cas de refus d’accepter un travail d’intérêt général – font parfois face à l’arbitraire des autorités locales. L’ombudsman indiquait dans un communiqué de presse cet été que « le respect des droits fondamentaux de ces travailleurs ne peut pas dépendre uniquement de la bonne volonté des gouvernements locaux » et rappelait que ce programme d’emplois publics ne doit pas être une finalité, mais seulement une étape vers un retour sur le marché du travail. Or, on le sait, jamais le million d’emplois promis par Viktor Orban d’ici à 2020 ne sera créé et cette main d’œuvre corvéable ne rejoindra pas le marché du travail.

Du « welfare state » au « workfare state »

Le 1er ministre hongrois Viktor Orban plaide pour mettre fin à « l’impasse que représente le modèle ouest-européen d’Etat providence« , au profit d’une société fondée sur le travail : la Hongrie n’a plus les moyens d’être un « welfare state », elle sera donc un « workfare state », prévient-il. Le gouvernement explique vouloir casser le cercle de la pauvreté et de l’assistanat par ces travaux dépourvus de rationalité économique mais utiles socialement, en redonnant aux travailleurs l’estime de soi, mais surtout en apaisant les tensions locales. Notamment entre Roms et non-Roms car les premiers sont surreprésentés dans ce programme et 100.000 d’entre eux devraient y être intégrés à moyen terme.

Le taux d’activité en Hongrie est l’un des plus faibles de l’Union européenne – 4,3 millions de travailleurs seulement pour 10 millions d’habitants.

Basé sur un article de Corentin Léotard, publié le mercredi 6 janvier dans le journal « Ouest-France » : « Les affamés marchent sur Budapest ».

3 Commentaire

  1. Ce taux de chômage n’est pas plus élevé qu’en Espagne, Grèce, Portugal, Roumanie, la France n’est pas loin, et j’en passe. C’est la sacro-sainte politique européenne, qui a vendue son âme au diable, qui provoque ce délabrement général. Quand le gouvernement Orbàn a voulu instaurer des changements dans la politique économique et financière, l’Union Européenne a tout de suite sautée dessus et tout mis en oeuvre pour que la Hongrie continue à suivre le chemin de la croix. C’est l’Europe qui doit instaurer un autre système économique pour que les délocalisations sauvages et le commerce déloyal s’arrête et les pays de l’union parviennent à coopérer de manière que la défense de nos intérêts réciproques soit la règle d’or.
    Si non, c’est la corruption et la débandade générale qui va se produire.
    Comment voulez’vous créer des emplois sans se mettre au niveau des exploités sans défense et qui sont payés avec des lances pierre. Plus de 2 milliards vivent avec 1 euro par jour. Vous avez compris, n’est-ce pas ? Je parle des pays soit disant émergents, autrement dit des crèves faim qui nous inondent de la camelote à jeter et à polluer l’environnement. Pouvez-vous me dire où peut-on trouver la croissance ? Il n’y a qu’une seule croissance possible, celle de la misère, suivie des confrontations entre les diverses ethnies et souches sociales. C’est comme ça qu’un système peut se maintenir en place, jusqu’au jour où le seuil de tolérance est franchi et on nous embarque dans une nouvelle génocide, rien que pour nous défouler et recommencer à zéro. À ce moment là, nous retrouverons la croissance tant évoquée. D’ici là, nous continuerons à nous entre -déchirer avec des théorie complètements déplacées.
    Louis

  2. Szakállas Hunor a dit :

    Oui, oui, oui et certains politiciens du MSZP se la coulent douce à la fin d’une journée de marche « épuisante »du « éhségmenet » dans des SPAS, des BAINS THERMAUX ou des endroits de WELLNESS.
    Des politiciens (pauvres eux) qui gagnent plus de 1 000 000 de forint par mois. Messieurs ! Soyons sérieux et construisons le pays pour le bien de tous les Hongrois. Je ne lis que du négativisme sur la Hongrie depuis les trois dernières années. Pourrait-on lire une bonne nouvelle de cette Hongrie malmenée ???

  3. Szakállas Hunor a dit :

    Pièce de théâtre à la hongroise. Les affamés et les assoiffés du MSZP.

    Acte I
    Szamossályi + Mme Csilla Dienes Biró + sandwiches gratuits + sa propre cuisine + viandes panées données aux marcheurs + Béla Tepfenhart du Jobbik….
    (Une vraie salade macédonienne)
    Acte II
    Sonkád + Népszava + bus scolaire + plaque d’immatriculation KSZ-402 + denrée alimentaire entreposée + non-distribuée + le maire du village et la škoda + voyages…

    On dirait une vraie pièce d’Eugène Ionesco

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