Gestion de l’eau : quand Pécs évince Suez, les villageois trinquent

La bataille juridique qui oppose la ville de Pécs à la filiale hongroise de Suez est loin d’être terminée. En attendant son éviction définitive de la gestion de l’eau dans la région, le groupe français Suez s’accroche à ses intérêts comme une moule à son rocher. Ainsi, au cours des dernières semaines, le nouveau distributeur municipal d’eau Tettye Forrásház Zrt a réussi le coup de force de mettre fin aux contrats qui perduraient entre Pécsi Vizmű (Suez) et 11 communes de l’agglomération de Pécs.

Comment ? Tout simplement en coupant le robinet, puis en donnant aux communes un ultimatum (le 20 janvier dernier) pour signer un accord de principe. L’accord leur a fait rejoindre le réseau de distribution de l’eau assuré par Tettye à Pécs, en cassant leurs contrats avec Pécsi Vizmű, qui continuait, selon Pécs, à parasiter et à facturer, sans payer Tettye en retour.

Pour avoir gain de cause, Pécs coupe la « flotte » à ses voisins

On s’en souvient, Suez avait dû quitter manu militari ses infrastructures fin septembre 2009, réquisitionnées par les forces municipales et par une compagnie de gestion de l’eau publique locale appelée Tettye. Le contentieux avait fait beaucoup de bruit à ses débuts. Gordon Bajnai, le premier ministre de l’époque, avait dû lui-même se proposer de faire le médiateur entre les deux parties alors qu’il rendait visite à Sarkozy à l’Elysée. Le 9 avril 2010, l’émission Focus de France 24 avait sorti des images d’archives pour fustiger l’attitude de la ville de Pécs, faisant un étrange amalgame dans son reportage avec les élections législatives, la future victoire écrasante de la Fidesz et la montée récente du parti nationaliste Jobbik.

Depuis, très peu de communication sur l’affaire, et cela se comprend. Ni Pécs, avec ses méthodes, ni Suez en tant qu’étranger, n’ont intérêt à ce que les détails de cette affaire ne se sachent trop. Ainsi, seul le portail d’actualités locales pecsistop.hu (ou presque) a suivi l’affaire au jour le jour au moment des restrictions d’eau.

Au cours du mois de décembre 2010, dans le cadre de l’approvisionnement en eau des villages de l’agglomération de Pécs, la société municipale Tettye accusait Pécsi Vizmű d’avoir une dette de 164 millions de forints à son égard. Réponse de Suez : son expulsion de ses propres installations lui aurait coûté beaucoup plus cher que la somme due à Tettye. Dans l’impasse pour se faire rembourser, Tettye a donc fait « d’une pierre deux coups » en décidant d’une part de ne plus jamais dédommager Suez pour son éviction, et d’autre part de restreindre l’approvisionnement en eau de la filiale de Suez de manière conséquente, jusqu’à ce que les communes, leurs industries et leurs habitants ressentent le besoin de changer de distributeur.

La fin d’une « prise d’otage »

Début janvier, alors que Tettye venait de convaincre 4 communes de rallier son réseau, le distributeur, sûr de sa méthode de restriction, s’est même permis d’augmenter ses tarifs, plus élevés que ceux de Pécsi Vizmű. C’est alors que certains maires et responsables politiques de Zók, Bicsérd, Bakonya, Boda, Kővágótöttös, Cserkút et Szalanta ont crié à la prise d’otage.

Rapidement dans les négociations, les maires ont vu où se trouvait leur intérêt et se sont engagés à faire valider les décisions nécessaires par les corps législatifs locaux avant le 20 janvier, à la seule condition que l’eau ne leur coûte pas plus cher qu’à Pécs même. Le jour J, sept villages sur huit ont signé pour que leur nouveau prestataire direct soit désormais Tettye (dont 4 également pour le traitement de leurs eaux usées). Une seule commune n’a pas tourné le dos à Pécsi Vizmű : il s’agit de Szalanta, qui fait encore aujourd’hui l’objet de restrictions d’eau pendant plusieurs heures de la journée en semaine.

Quel marché pour Suez dans la région ?

Tout n’est pas pour autant perdu pour l’entreprise française dans cette région du sud de la Hongrie. Pécsi Vizmű continue d’être le prestataire direct de 20 communes autour de la ville de Sásd, située entre Kaposvar et Pécs.

Un certain contexte idéologique

Avec le charismatique Zsolt Páva (photo), le maire Fidesz de Pécs, on peut dire que le contentieux, en 2009, annonçait la nouvelle ère économique de la Fidesz dans le pays. L’heure de serrer la vis aux multinationales confortablement installées sur le marché hongrois avait en quelque sorte déja sonné. Ainsi, les taxes spéciales « anti-crise » récemment appliquées au secteur de l’Energie, entre autres, sont aujourd’hui perçues comme étant dans la même veine protectionniste que ce qu’il se passe à Pécs. Pour les multis, ces taxes les visent directement. Suez par exemple, qui invoque une discrimination à son encontre, rappelle, à juste titre, qu’elle a dû investir beaucoup d’argent dans l’installation des infrastructures d’exploitation des ressources hongroises, si chères aux responsables politiques de la Fidesz.

Les installations en elles-mêmes représentent cependant un marché très juteux dont elle a déjà largement profité depuis sa venue en Hongrie, tout comme ses amis dans la construction publique, tels que la société Vinci, pour ne citer qu’elle et un exemple probant : la station d’épuration des eaux usées flambant neuve de Csepel, au bord du Danube à Budapest.

Malheureusement pour Suez Hungaria (filiale hongroise de l’entreprise française), les accusations d’abus et de malversations dont elle a fait l’objet à Pécs ont joué en sa défaveur lors du premier procès à Budapest. De plus, les experts de Tettye ont noté un grand nombre d’imperfections lors de leur prise en charge du réseau d’approvisionnement, ce qui signifie selon la ville de Pécs que Pécsi Vizmu n’avait pas fait son travail soigneusement. Mais ce « point de détail » n’a pas empêché le vice PDG de GDF – Suez, Jean-François Cirelli, d’aller se plaindre à Bruxelles le 10 décembre dernier, en amont de la plainte collective signée par 13 multis installées en Hongrie. Néanmoins, dans sa démarche, Cirelli a certainement éludé les méandres de l’affaire qui oppose son Empire à la ville de Pécs, réputée pour résister encore et toujours aux envahisseurs.

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La nouvelle « folie »: passerelle culturelle sur le Danube
Fondé sur la conception de József Finta (l’architecte récompensé par le prix Kossuth et Ybl Miklós, proche de Fidesz – commentaire de la traductrice), une nouvelle passerelle pourrait lier Pest et Buda. Ce pont piéton qui relierait Infopark (à Buda) et le quartier à côté de Müpa (à Pest), ces ensembles de bâtiments riverains luxurieuses et invendable au même temps servirait également d’un centre culturel et donnerait lieu par exemple à la bibliothèque Széchenyi et à un centre de congrès – rêve l’architecte.
Il faut que je me couche tout de suite, mais Sebi vient de me raconter cette histoire, et en fait c’est encore plus délicat, parce que visiblement le but de ce projet est de faire « bouger » un peu ce quartier de Pest qui était l’investissement de Demján (l’un des plus riches Hongrois ou le plus riche je sais plus), l’ami de Orbán. Il est aussi l’investisseur de West-end qui a été construit – ah comme c’est bizarre – par József Finta… tu veux regarder un peu ca ?

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