Francophonie : « bling-bling represents »*

A l’image de la cérémonie de clotûre de son festival en Hongrie, samedi 27 mars à Budapest, la « Francophonie » est, en termes concrets, bien plus de la Représentation et que de la Culture. Mais la démonstration faite au musée d’ethnographie sur Kossuth tér (voir photo) n’était rien comparé au « tohu-bohu » médiatique du secrétaire d’Etat à la coopération et à la Francophonie lui-même, qui a marqué les médias français toute la semaine dernière.

Dans un décor dantesque, les quelques centaines d’invités francophones à Budapest ont pu assister à un concert de violons sur fond de « show » pyrotechnique assuré par une espèce de « toreador » français. Ils se sont ensuite vu offrir quelques victuailles en provenance de différents pays francophones :  la Suisse et sa raclette, la France et son vin, le Viet-Nam et ses nems, le Maroc et son couscous, ou encore le Liban et ses falafels ont enchanté le bal des pique-assiettes et des cartes de visites.

Combien cela a-t-il couté ? Certaines langues déliées présentes à la soirée ont avancé une fourchette de 10.000 à 15.000 euros. Le budget total réservé au festival, n’est, lui, pas communicable… Dommage. Cette fête culturelle a tout de même duré 3 semaines et a organisé 80 événements, mais comme nous l’a confié Mohammed Kacimi, écrivain invité à l’Institut français début mars, ce n’est pas la Culture qui coûte le plus cher à promouvoir. 27 sponsors y ont participé, des plus « business » tels que Citroën, aux plus étonnants, tels que l’Ambassade de la République de Moldavie. Alors, pourquoi critiquer un fait établi, puisque c’est encore comme cela que fonctionne la diplomatie, et l’image de la France à l’étranger est à ce prix…

« L’affaire » Joyandet

La preuve, cette cérémonie que certains pouvaient juger « bling-bling », n’était rien à côté du dernier « buzz » du « ministre » de la Francophonie, maire de Vesoul et accessoirement dirigeant une entreprise de yacht privés, Alain Joyandet. Ce dernier, dont le poste au gouvernement pourrait cacher bien d’autres fonctions que la solidarité entre pays amoureux de la langue française, est également un fidèle de Nicolas Sarkozy. Avec Patrick Balkany à Levallois-Perret (voir dossier du Canard Enchaîné début février), il est le « Monsieur Françafrique » du Président sur le continent africain.

Lundi 22 mars, pour des raisons de « calendrier trop serré », il aurait été « obligé » de louer, aux frais du contribuable bien sûr, les services d’une compagnie porutgaise de location de jets privés (un Falcon 7x, gamme utilisée par le Président de la République), pour la coquette somme de 116500 euros. Son cabinet a d’ailleurs précisé que les vols quotidiens des avions de lignes pour ces dates ne permettaient pas à Joyandet d’assurer tous ses impératifs. Dans le calendrier en question, figurait le Conseil des Ministres du mercredi avec la nouvelle photo officielle du gouvernement, après le remaniement post-électoral des régionales du week-end précédent (Joyandet, tête de liste UMP en Franche-Comté, est un de ceux qui a pris la moins grosse déculotée lors du second scrutin, avec 38%). S’il est important pour Joyandet de représenter la France hors de métropole, il est aussi important pour lui de se représenter lui-même dans l’hexagone.

Ce n’est d’ailleurs que le 28 mars que les journalistes du site d’information Mediapart ont révélé qu’une semaine plus tôt, Joyandet s’était rendu à Fort-de-France pour une conférence internationale sur Haïti dans ces conditions, conférence voulue par le chef d’Etat français. Question un tantinet démago, mais que peut-on faire avec 116000 euros en Haïti aujourd’hui? …

Joyandet, un gaspilleur récidiviste

Non seulement les largesses budgétaires de Joyandet sont monnaie courante dans ses nombreux déplacements, mais celui-ci a tenu récemment à s’illustrer une nouvelle fois dans l’exercice de gaspillage des deniers publics. Cette fois, il a dépensé uniquement au nom de la francophonie. En janvier 2010, son « ministère » lance un grand concours (francomot) pour « trouver le mot juste » en remplacement de certains anglicismes tels que chat, tuning, buzz… Une communication qui a coûté bonbon, pour un résultat qui laisse perplexe, et commence à faire honte à la jeune génération. Jugez plutôt : il faudrait donc dire « e-blabla » au lieu de « chat », « bolidage » au lieu de « tuning », « ramdam » au lieu de « buzz »… A propos, comment traduit-on « jet privé » et « bling-bling » en français? Question rhétorique: cette dernière expression semble être un concept institutionnalisé en France plus qu’ailleurs, puisqu’il concerne précisément les plus hautes sphères de l’Etat et leurs entourages.

photo de la cérémonie de clotûre du festival de la francophonie : Tomas Opitz

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Un commentaire

  1. Vadaskerty a dit :

    Tiens, je croyais qu’il y avait déjá une expression francaise pour « tuning », car dans mon département d’origine nous disions « cacaniser un véhicule » pour décrire l’activité fébrile des « cacanes », personnes généralement de sexe masculin qui déployaient une énergie insoupconnée á modifier leur appendice automobilistique en y ajoutant maints accessoires en plastique coloré ou en métal brillant dont l’utilité laissait généralement dubitatif, ou faisait rigoler in petto (les interessés étaient souvent soupe-au-lait) leurs contemporains.

    Apparemment cette précise et jolie expression ne s’est pas étendue…

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