Fini de rire pour les médias privés

Après avoir mis en coupe réglée les médias publics malgré les indignations internationales de la profession, le gouvernement hongrois s’attaque maintenant à la liberté de parole des médias privés. Cette semaine, plusieurs journaux et magazines  publient « page blanche » en Une, en signe de protestation.

Ce texte prévoit de conférer des pouvoirs étendus à l’Etat sur les médias privés. L’Etat, via un organe de surveillance des médias, aurait le pouvoir de surveiller les publications et les sites web privés et de leur imposer des amendes s’il juge une couverture ou le contenu d’un texte « déséquilibré ». Le Parlement a « débattu » du texte mercredi dernier et l’approuvera vraisemblablement le 13 décembre.

« L’angoisse de la page blanche »

Les hebdomadaires Elet es Irodalom et Magyar Narancs ont respectivement publié avec une première de couverture vierge jeudi et vendredi pour protester contre le projet de loi qui vise à ériger le Conseil des médias en autorité de contrôle gouvernemental sur les médias hongrois imprimés et en ligne.

Pour Endre Bojtár, rédacteur en chef de l’hebdo politique et culturel de gauche, Magyar Narancs : « la Une blanche est la forme la plus visible de protestation » contre cette réforme qui relègue la liberté d’expression parmi « les notions du passé« . On peut en effet s’en rendre compte sur la photo, ici à gauche.

Plusieurs autres journaux, tels que les quotidiens Nepszava et le portail d’actualités en ligne Hirszerszö.hu, ont exprimés cette semaine leur soutien à la décision éditoriale des deux hebdos.

Selon Erzsebet Menczer, député Fidesz et membre du comité de rédaction du projet de loi, n’importe qui est « libre de dire ou de publier ce qu’il veut en Hongrie ». Lorsqu’on jète un oeil au site kuruc.info, difficile de la contredire… Elle a également ajouté en réponse à la réaction des organes de presse privés que le projet de loi est en accord avec la réglementation européenne concernant la garantie de la liberté de la presse. Officiellement, et sans vergogne, le gouvernement a enfin annoncé que cette régulation servira les intérêts des professionnels des médias, en garantissant leur liberté tout en protégeant « l’intérêt public ».

Dans le cadre du projet de loi, la nouvelle autorité de contrôle du secteur des médias Hongrois a de larges pouvoirs pour imposer des sanctions financières. Les journaux sont passibles d’amendes pouvant aller jusqu’à 25 millions de forints, soit 89.000 euros, et jusqu’à  10 millions HUF pour les sites web d’actualités. Les chaînes de télévision et les stations de radio pourraient, elles, être condamnées à des amendes comprises entre 50 millions et 200 millions de forints pour ce que l’autorité jugera comme des « infractions ».

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2 Commentaire

  1. est ce que cela a une valeur utile pour l’information en ligne ?
    pour contourner le probleme, il suffit d’utiliser un domaine non gere par la hongrie (cad pas de .hu) et une structure-coquille vide dans un autre pays…
    concretement que peut faire le gouvernement sur un site enregistre anonymement en .ORG hebergé aux US et une structure FR ? ^_^
    pratiquement, il n’y a que les versions papier qui ne seront vraiment penalisee… comme d’habitude le net sera le seul vrai espace contre la censure officielle.
    cf cablegate de wikilieaks

  2. Surtout garder vos sources secrètes.
    La menace pèse sur tous les médias.(^.-).
    ZS

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