Ferenc Gyurcsány, « le cul entre deux chaises »

Le maître Gyurcsány (à droite) et son élève Mesterházy sur les bancs du Parlement (www.pesterlloyd.net)

Malgré sa démission du poste de Premier ministre hongrois en mars 2008 et sa discrétion jusqu’aux élections d’avril 2010, Ferenc Gyurcsány s’impose aujourd’hui comme le grand agitateur du parti socialiste MSzP. Néanmoins, les nouvelles démarches politiques qu’il engage dans l’opposition depuis les grandes réformes du gouvernement de Viktor Orbán sont encore difficiles à saisir, et encore plus difficiles à prévoir.

Afin de comprendre comment il se positionne et où il souhaite aller, Hu-lala s’est entretenu avec Julia Lakatos, politologue au Center for Fair Political Analysis.

Hu-lala : Ferenc Gyurcsány menace de créer un nouveau parti, est-ce réalisable pour lui ?

Julia Lakatos : Il a conçu un Parti Démocratique mais ce n’est pas forcément le parti de Gyurcsány. Enfin… Il ne l’a pas créé personnellement ; il est plutôt à l’origine d’une fraction  au sein du MSzP avec une coalition démocratique, dont il est à la tête. Mais il y a aussi un autre parti qui a été créé et dont le nom vient seulement d’être enregistré. Néanmoins, il y aurait déjà des discussions pour que Gyurcsány rejoigne cette formation politique au prix de partir du MSzP. Cela ne restera cependant qu’une part du Parti Démocratique.

H : Pourquoi alors a-t-il nié par la suite avoir mentionné cette possibilité de rejoindre un nouveau parti politique ?

J.L : Parce qu’il ne veut pas quitter le MSzP ! Donc, pour l’instant, nous n’accordons pas énormément d’attention à cette nouvelle formation politique car, concrètement, Gyurcsány veut rénover le parti socialiste, il souhaite y rester aussi longtemps que possible. Il veut simplement que le MSzP devienne un parti plus moderne de centre gauche. Alors qu’actuellement les dirigeants du MSzP souhaitent rester dans la vague classique des partis de gauche. C’est ici la grande différence entre Gyurcsány et les autres socialistes. Ferenc Gyurcsány aspire à un déplacement du MSzP vers un « centre » où à la fois l’électorat libéral, l’électorat de « gauche » et l’électorat conservateur pourraient se retrouver. Concrètement, il cherche à changer l’orientation du parti car actuellement il n’est pas une alternative au FIDESz !

H : Peut-on alors dire que la plus grande différence entre Ferenc Gyurcsány et Attila Mesterházy, secrétaire général du MSzP, est d’ordre idéologique ?

J.L : Oui nous pouvons dire ça. Nous sommes dans le cas où Mesterházy voudrait un parti encore plus à gauche, relativement similaire à ce qu’il est aujourd’hui, et Gyurcsány souhaite, quant à lui, un parti nettement différent de maintenant.

H : Afin de s’appuyer comme leader de gauche, Gyurcsány tente-t-il de récupérer la fonction d’Attila Mesterházy?

J.L : Non pas ouvertement. En fait c’est difficile à dire. Il continue d’affirmer qu’il ne veut pas prendre en charge tout le parti. Il a déjà été président du MSzP et Premier ministre, je pense donc qu’il souhaite plus faire bouger le MSzP de l’intérieur. Evidemment, il aimerait être parmi les dirigeants du parti, mais ce n’est pas dans son intérêt en ce moment. Il ne peut prendre la tête d’une organisation politique avec laquelle il ne peut pas s’entendre complètement. Ce que je veux dire c’est qu’il ne pourrait pour l’instant pas faire l’unanimité dans un vote des militants sur plusieurs questions importantes. Gyurcsány a plusieurs options : continuer à rester discret et obéir aux directives du MSzP, essayer de faire changer le parti comme il le fait en ce moment, ou tout simplement quitter le parti. Attention, créer un nouveau parti ou tenter d’en modifier un sont deux choses bien différentes, mais nous pouvons être sûrs qu’il restera au MSzP pour l’instant, car cette formation a beaucoup de soutien et s’avère bien organisée. Créer un nouveau parti serait extrêmement difficile.

H : Pensez-vous qu’il a un avenir politique ?

J.L : Je pense qu’il incarne l’un des problèmes fondamentaux de la gauche en Hongrie. Je pense aussi que les deux grandes personnalités politiques dans ce pays restent Orbán et Gyurcsány. Il pourrait donc faire un come-back s’il le souhaite, sans être leader, mais seulement membre du parti, un représentant de marque.

H : Pour conclure, croyez-vous qu’il est un homme politique sincère ou intéressé ?

J.L : Je crois qu’il a toujours voulu quelque part changer, disons, le statu quo hongrois en lancant des réformes. Il a des idées. Il veut changer mais de la même manière qu’Orbán souhaite changer. Ce sont des personnalités qui veulent laisser une trace.

Propos reccueillis par Swan Min-Tung

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