Escalade des responsabilités dans l’affaire BKV

L’affaire BKV continue, c’est le moins que l’on puisse dire. A travers certains hauts fonctionnaires municipaux de Budapest, elle prend même une tournure exclusivement politique. Mises en examen, gardes à vue, assignations à résidence, démissions… avant les législatives, ce scandale de corruption au sein d’un service public est devenu le cheval de bataille populiste des politiques et des médias de l’opposition, qui profitent de cette aubaine pour s’assurer une victoire d’une facilité historique. Cette affaire symbolise aujourd’hui le décalage entre les salaires mirobolants des dirigeants et la gestion calamiteuse dans beaucoup d’entreprises du secteur public depuis déja un bon moment en Hongrie.

La BKV éclabousse le MSzP via l’Hôtel de Ville

Mardi, Miklós Hagyó (voir illustration), ancien adjoint au maire de Budapest, actuellement député du parti socialiste hongrois (MSZP), a dû renoncer à se représenter aux élections générales d’avril. Il a également démissionné de son siège au conseil municipal sous la pression de la direction du parti, qui s’inquiète de son implication dans le grand scandale de corruption qui touche la société des transports publics de Budapest, la tristement célèbre BKV. Depuis l’été dernier, plusieurs dirigeants de l’entreprise, ainsi que des « conseillers » bénéficiaires de contrats douteux, ont été mis en examen. Après une courte accalmie, c’est maintenant au tour de la mairie de Budapest de faire l’objet d’enquêtes dans cette affaire. La BKV, appartenant à la ville, était en haute instance sous la responsabilité de Hagyó, alors adjoint au maire Gabor Demszky (SzDSz). A ce poste depuis 2006, Hagyo s’est déja retiré à contre coeur en novembre dernier, mais il n’a pas pour autant quitté son siège au Parlement. Bien qu’il n’ait encore été inculpé de quoi que ce soit, il continue de jouir de son immunité parlementaire, et crie à l’acharnement politique.

La liste des irrégularités dont Hagyó serait responsable est pourtant longue, cumulant indemnités de départ astronomiques et contrats abusifs. A cela s’ajoute son entourage, assez suspect. Son ancienne porte-parole, Eva Horvath, est suspectée d’avoir bénéficié d’un emploi fictif. Elle a reçu quelque 24 millions HUF (87000 euros) en salaires, primes et commissions de la BKV entre 2008 et 2009 sans avoir accompli le moindre travail. Attila Antal, PDG de BKV de début 2007 à mi 2008, et Zsolt Balogh, vice-directeur général de BKV, également connus pour être de proches confidents de Miklós Hagyó, ont récemment été interrogés par la police avec d’autres anciens cadres. Antal, soupçonné de détournements de fonds, est assigné à résidence depuis le début de la semaine dernière. Pour couronner le tout, les cabinets d’avocats proches de Hagyó auraient eux aussi reçu des contrats juteux en provenance de l’Hôtel de Ville, à hauteur de 200 millions HUF (727000 euros) ces dernières années.

Vendredi dernier, un tribunal avait déjà mis en garde à vue Ernő Mesterházy, conseiller principal de Demszky depuis juillet 2009. Un ancien PDG délégué, Miklós Regőczi, a, quant à lui, aussi été assigné à résidence. Ce dernier est soupçonné de malversations, et Mesterházy est accusé d’avoir influencé les dirigeants à contracter des services inutiles et injustifiés. Lundi, Demszky a tenu une conférence de presse avec l’actuel PDG de BKV, István Kocsis, en poste depuis septembre 2008. Le même jour, celui-ci s’est rendu à la police pour y déposer un nouveau dossier à examiner, contenant une trentaine de contrats octroyés à des consultants. Le dossier comprend notamment le contrat signé avec la CEMI (Central European Management Intelligence) à la mi-2007, pour laquelle les consultants ont reçu 287 millions de forints sur dix mois.

Flashback : les débuts de l’affaire

Depuis 2007, la BKV bénéficie de subventions gouvernementales pour éviter la faillite. L’été dernier, les parachutes dorés accordés à certains de ses cadres avaient donné le départ de cette longue enquête. Au moment où l’entreprise publique est dans une situation de gestion financière catastrophique, les montants des indemnités, mais aussi ceux des salaires des dirigeants, avaient choqué tout le monde. La première explosion de l’affaire fut le « faux départ » de la DRH, Eleonóra Szilágyi Szalai, accomodé d’un peu moins de 100 millions HUF. L’histoire de cette directrice des ressources humaines de la BKV ne s’est pas arrêté là pour autant: ayant reçu son solde en mars 2008, elle a cependant effectué toute sa période de préavis dans la société, c’est à dire pendant neuf mois, à la suite desquels elle a réussi à rempiler pour douze mois.

A partir de l’éclatement de ce premier scandale, le PDG Istvan Kocsis, s’est dit médusé et a non seulement ordonné des enquêtes tous azimuts au sein de l’entreprise, mais a également porté plainte pour escroquerie. Les investigations ont révélé que pas moins d’une cinquantaine de « hauts » fonctionnaires sur le départ de la BKV dès 2007 se sont partagé un pactole de 3 milliards de forints grâce au bénéfice de contrats individuels, qui leur permettaient de gonfler leurs primes de 2 à 3 fois ce que la loi autorise. La dette de la société s’élevait déja à l’époque à 78 milliards HUF.

Malgré la volonté de Demszky de renouveler toute la direction de la compagnie, Istvan Kocsis est bel et bien toujours à son poste. Il reste droit dans ses bottes et dit avoir tout ignoré des parachutes comme des contrats douteux. Du côté du gouvernement, Bajnai a depuis longtemps abandonné l’idée de Gyurcsany, en début d’année dernière, qui consistait à injecter de nouveau une dizaine de milliards de forints dans la BKV. Il a d’ailleurs prévenu dès les débuts de l’affaire BKV qu’aucune aide ne serait apportée à une entreprise publique tant que la transparence sur les contrats de leurs dirigeants ne serait pas faite. Car d’autres sociétés nationales, notamment dans les transports, sont endettées jusqu’au cou: la compagnie nationale des transports ferroviaires MAV, et Malév bien sûr, que l’on surnomme amèrement « BKV aérienne » en Hongrie. Sollicité financièrement de toutes parts par ses députés en campagne électorale, le gouvernement préfère donc rester prudent, attendre l’issue des enquêtes, et laisser la patate chaude aux successeurs.

Les affaires du MSzP, du pain bénit pour la FIDESz

A propos de prochain gouvernement, la FIDESz et Viktor Orban se frottent les mains en silence, et en admirant cette démonstration de gestion des deniers publics. Ils ont tellement le vent en poupe qu’ils laissent un petit parti allié faire le boulot à leur place. Sur l’affaire Zuschlag par exemple, les chrétiens démocrates du KDNP ont voulu savoir la semaine dernière pourquoi certains politiciens – qui, au contraire de Hagyo, sont réellement inculpés  de délits liés à l’abus de fonction – demeurent encore sur les listes du MSzP. En effet, comme si le « cas Hagyo » ne suffisait pas au MSzP, son système décisionnel va aussi devoir trancher sur le sort de certains de ses cadres inculpés pour corruption dans d’autres affaires, notamment dans le procès de János Zuschlag, dont l’issue est attendue fin mars. Ce jeune socialiste et quelques associés sont accusés d’avoir détourné 75 millions de forints (272000 euros) de fonds publics par le biais d’associations pour la jeunesse en 2003-2004.

Mis à part les réactions très à propos des « anarchistes » du Magyar Kétfarku Kutya Part (voir illustrations), ces affaires sont très propices aux réactions populistes et pourraient également faire le beurre de l’extrême droite représentée par Jobbik.

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