Energie : la présidence hongroise esquive les polémiques

Le Conseil de l’Union européenne du 4 février 2011 a consacré ses travaux à deux secteurs, l’énergie et l’innovation, considérés comme « essentiels pour la croissance et la prospérité de l’Europe. » Alors que le Conseil publie des conclusions en 15 points sur la question de l’énergie, la présidence hongroise en présente certaines sur son site, en omettant certaines questions polémiques, comme l’extraction des gaz de schistes. La Hongrie a mis l’énergie au coeur de sa présidence, mais elle traite le sujet comme s’il ne soulevait aucune controverse.

Viktor Orban au centre sur la photo du conseil européen du 4 février 2011, à Bruxelles

« Nouvelle phase dans la politique énergétique européenne »

Comme la doctrine européenne l’exige, c’est tout d’abord la création, prévue pour 2014, du marché intérieur de l’énergie qui permettra d’obtenir une énergie « sûre, durable, financièrement abordable et dont l’approvisionnement est garanti. » Le Conseil appelle donc les Etats membres à mettre en oeuvre rapidement et intégralement la législation relative au marché intérieur de l’énergie.

La Hongrie est d’autre part au centre du développement de la connexion énergétique nord-sud en Europe, et elle rappelle l’inauguration en octobre 2010 d’un gazoduc reliant la Hongrie et la Roumanie, le projet de connexion avec la Croatie dont les travaux devraient débuter prochainement, et l’accord signé le 28 janvier dernier entre la Slovaquie et la Hongrie pour un nouveau gazoduc.

La présidence hongroise rappelle ensuite les objectifs de réduction de la dépendance énergétique de l’Union européenne. Cela passe notamment par le respect des objectifs de la Stratégie énergie 2020, à savoir une baisse de 20% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 par rapport au niveau de 1990, une augmentation de 20% de la production d’énergies renouvelables, qui ne représentent aujourd’hui que 16% de l’énergie européenne, et une réduction de 20% de la consommation d’énergie grâce à l’amélioration de l’efficacité énergétique, en particulier des bâtiments et des transports.

Enfin, la présidence évoque les « priorités pour 2020 et au delà » en matière d’infrastructures énergétiques. Il s’agit de l’amélioration et du développement des réseaux de transport et du stockage de l’électricité, du gaz et du pétrole.

Calendrier de la présidence hongroise

Quelques rendez-vous rythmeront le calendrier « Energie » de la présidence hongroise. Premièrement, les ministres de l’énergie européens devraient adopter le 28 février prochain la stratégie énergétique et les objectifs 2020 sur les infrastructures proposés par la Commission (voir «Priorités en matière d’infrastructures énergétiques pour 2020 et au-delà — Schéma directeur pour un réseau énergétique européen intégré» novembre 2010).

En mars, la Commission européenne devrait publier la feuille de route Energie 2050 pour une transition vers une économie sobre en carbone, qui sera discutée lors d’un conseil ministériel informel au mois de mai. Dans le même temps, une conférence sur l’énergie sera organisée à Budapest. Puis, lors du Conseil de juin, les ministres de l’énergie pourraient approuver le nouveau plan d’efficacité énergétique européen.

Pour la Hongrie, pas la peine d’évoquer les « palagaz » (gaz de schistes)

Alors que la présidence hongroise indique qu’elle « fera tout afin d’accomplir les tâches définies au sommet. », elle n’évoque pas la question de l’exploitation des gaz de schistes, pourtant déjà présentée par les écologistes comme une catastrophe environnementale annoncée. Le point 7 des conclusions du Conseil, dispose en effet qu’ « afin de renforcer la sécurité de l’approvisionnement de l’UE, il conviendrait d’évaluer le potentiel dont dispose l’Europe en matière d’extraction et d’utilisation durables de ressources en combustibles fossiles conventionnels et non conventionnels (gaz de schistes et schiste bitumineux).

La veille, mercredi 3 février, la ministre de l’environnement Nathalie Kosciusko-Morizet suspendait en France les nouvelles explorations de gisements de gaz et de pétrole contenus dans le schiste et lançait une mission sur les enjeux environnementaux de ce type d’exploitation.

Les risques environnementaux sont en effet déjà bien connus, notamment en Amérique du Nord où ces gaz sont largement exploités. Les principales critiques formulées à l’encontre des gaz de schistes sont l’usage de quantités d’eau considérables pour procéder à l’extraction, l’injection de solvants chimiques en grande quantité dans le sol pour fractionner le schiste et les risques de contamination des sols et des nappes phréatiques, les risques d’émissions fugitives de méthane et de sulfure d’hydrogène, potentiellement très dangereux pour la santé humaine et animale, ainsi que les dommages causés à la surface des sols et des équipements routier et le bruit continu de l’exploitation. Face à ces conséquences environnementales importantes et désastreuses, la ville de New York a même interdit tout forage dans une région de 4000 km2 qui assure son approvisionnement en eau, tandis que, moins chanceux, les habitants d’autres Etats ont retouvé les substances chimiques de l’exploitation du schiste directement dans leur eau du robinet.

Consulter le calendrier de la présidence hongroise

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