Effervescence sur la question des Roms en Europe

L’agitation continue de parcourir l’Europe en ce qui concerne la question de l’intégration des Roms. Entre la commissaire à la justice Viviane Reding, le gouvernement Hongrois et les représentants d’associations Roms, les dynamiques sont vives. Avec en toile de fond une extrême-droite particulièrement remuante dans les campagnes.

Comme l’affirmait il y a peu à HU-lala Rita Izsák, chef de cabinet du ministre de l’inclusion sociale Zoltán Balog, « Nous sommes à un moment historique car tous les acteurs sont mobilisés [en faveur de l’intégration des Roms]« . Le problème pour la Hongrie, c’est que sa bonne volonté affichée dans le cadre de sa présidence de l’Union européenne se télescope avec une réalité locale embarrassante : l’activisme des groupes d’ « auto-défense » d’extrême-droite liés à Jobbik.

« Il est inacceptable, qu’un citoyen quel qu’il soit, soit menacé de la sorte« , a déclaré mardi la commissaire européenne à la Justice Viviane Reding, à l’adresse des ministres européens de la Justice réunis à Luxembourg. Ce à quoi le vice-premier ministre hongrois Tibor Navrasics lui a répondu « Nous sommes prêts à protéger tous nos citoyens« . De l’aveu de Mme Reding elle-même, il n’est pas possible en l’état des choses d’agir directement contre les milices à l’œuvre en Hongrie, dans la mesure où elles n’entreprennent pas d’actions physiques, « Mais, prévient-elle, je serais très vigilante« .

Photo : HU-lala

La Hongrie prête à agir

Alors que son pays est à la tête de l’Europe jusqu’à fin juin, Viktor Orbán a réaffirmé son envie de répondre au problème d’intégration des Roms, mais avec l’aide des institutions européennes. Lors de la réunion annuelle de la plate-forme européenne qui s’est tenue les 7 et 8 avril à Budapest, il a assuré de sa volonté de bien faire : « l’heure est aux actes et c’est ce à quoi la présidence hongroise s’est engagée ». Mais il a rappelé que la problématique des Roms ne se limite pas à son seul pays, mais concerne d’autres Etats membres. C’est à une réelle « conscientisation » de l’Europe qu’Orbán a appelé : « Notre mission principale est que tout le monde en prenne conscience« . Il a reconnu que les Roms en Hongrie sont des citoyens finalement plus proches des Hongrois que pourraient l’être des populations immigrées : « Ils parlent la même langue que nous et partagent la même religion; leur culture est beaucoup plus proche de la nôtre que celle des autres peuples immigrés« .

Alors que Mme Reding réclame des améliorations en termes d’éducation, de logement, d’emploi et de santé, le gouvernement hongrois travaille à un plan d’intégration au niveau national. Un accord pourrait être signé dans les prochains jours avec Flórián Farkas, le représentant national du gouvernement autonome minoritaire rom. Ce qui ne convainc pas l’ensemble des tendances politiques de la minorité rom qui contestent l’indépendance de Farkas, qui a aussi la casquette de législateur du Fidesz. Selon MTI, Viktor Orbán et son Secrétaire d’Etat chargé de l’insertion sociale au ministère de la justice Zoltán Balog, espèrent, avec ce plan, pourvoir créer 50 000 emplois spécifiquement destinés aux Roms d’ici 2014, étant avertis que 70% d’entre eux sont au chômage.

Justifier la fin, sans les moyens ?

Parallèlement, une stratégie cadre est actuellement en cours d’élaboration avec divers acteurs européens (Etats membres, ONG, associations de défense des droits de l’homme) afin de définir certains principes de base pour l’insertion des Roms. Elle pourrait aboutir au mois de juin. Si Viviane Reding se réjouit de cette avancée, elle a néanmoins prévenu que « d’ici au mois de juin, de nombreux Etats membres tenteraient d’édulcorer ce document » tout en présentant aux associations Roms la stratégie-cadre comme « un document très fort et pertinent. Qu’il le reste ou qu’il ne soit édulcoré, cela dépendra de vous« . Si ces organisations Roms possédaient réellement le pouvoir qu’elle leur prête, seraient-elles vraiment confrontées à tant de difficultés ?

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2 Commentaire

  1. Il faudrait être clair, une fois pour toute.

    Y a-t-il des groupes d’auto-défense ou des milices racistes anti-rom ?

    S’il y a les deux, il n’est pas normal que les hongrois soient des victimes sans défense policière. De même, il n’est pas normal que des populations soient victimes de racisme.

    Ajoutons qu’en France, près de chez moi, une communauté de Roms s’est installée sur le parking du RER, qui permettait aux lointains banlieusards de déposer leurs voitures, pour continuer sur Paris. Ce n’est pas drôle d’habiter si loin de son lieu de travail, mais si, en plus, il n’y a plus le parking…

    Et ces Roms vivent d’expédients, notamment d’allocations familiales, qu’ils perçoivent dans plusieurs régions… Ils sont donc très contents d’être aussi au chômage…

    Non, il n’y a pas qu’en Hongrie que le problème des Roms se posent. En France, on élude le problème en les laissant tricher avec tout. Mais la France a les moyens… avec 1500 milliards d’euros de dettes Nationales, malgré tout. Sans compter les dettes Municipales, Départementales et Régionales.

    Si la france devrait, elle aussi, intégrer véritablement ses Roms. Elle devra aussi prendre des mesures radicales concernant l’endettement. Il est plus facile de focaliser sur les problèmes de l’EST, et de la Hongrie en particulier, que de résoudre ses énormes problèmes. En France, on voit toujours la paille dans l’oeil du voisin, et toujours pas la poutre dans le sien.

  2. IrgumBurgum a dit :

    @Nudiworld
    Racisme… C’est un mot très puissant, dont l’utilisation nécessite beaucoup de précaution.
    Non, ce n’est pas une question de couleur de peau ou d’appartenance à une ethnie.
    Comme vous le dites vous même, le problème est l’existantce de différentes sortes de comportements antisociaux, qu’il faut dénoncer, sans hypocrisie, sans être traité de raciste. Pour être respecté, il faut d’abord être respectable.
    Les Roms sont présents en Europe depuis plusieurs siècles, ils ont clairement leur place sur ce continent. Mais à un moment donné, il va falloir faire un contrat, et établir des règles de jeu justes, claires et précises, à l’échelle Européenne.
    Je suis entièrement d’accord avec votre analyse, le problème ne s’arrète pas à la frontière hongroise.Cela ne concerne pas que les Roms, les probèmes d’intégration vont beaucoup plus loin.
    Quelle Europe voulons nous demain? Laisser des questions sans réponse (identité nationale, laïcité), de peur de « stigmatiser » les « minorités » risque d’aboutir à la radicalisation des opinions publiques.

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