Double citoyenneté : une loi floue adoptée vite fait

Mercredi matin, le Parlement hongrois n’a pas tardé à adopter un amendement concernant la loi sur la double citoyenneté hongroise, accordée aux Hongrois des pays voisins. Depuis que Viktor Orban et les siens peuvent enfin réaliser ce « rêve », la loi monopolise l’espace public hongrois depuis deux bonnes semaines, tant elle fait consensus et sème à la fois le trouble quant à son application concrète.

Bien qu’elle soit plébiscitée au Parlement aujourd’hui (344 députés ont voté  pour le texte, seulement 3 ont voté contre, et 5 se sont abstenus), les conditions d’application de la loi sont encore extrêmement floues. Pour l’instant, il s’agit d’alléger les conditions de procédure pour les Hongrois dits « ethniques » qui vivent dans les pays voisins, afin qu’ils obtiennent la citoyenneté hongroise. Mais la grande question qui pourrait bien briser ce consensus, c’est celle d’une citoyenneté qui se traduirait à terme dans les bureaux de vote, en particulier pour ceux qui ne résident pas de façon permanente en Hongrie.

Invité hier soir sur la chaîne MTV, le chef de cabinet du Premier ministre Orban et porte-parole de la FIDESz, Péter Szijjarto, n’a pas failli à sa réputation d’ « anguille ». Il est resté on ne peut plus vague sur les détails, à savoir si oui ou non un Hongrois non-résident en Hongrie allait pouvoir voter un jour. La question est la même pour ceux qui « rentreraient au bercail », mais vu sous cet angle,  cela ne fait aucun doute que le temps jouera en faveur de leur droit de vote. Dans ce dernier cas de figure, ceux-ci n’oublieront certainement pas de remercier la FIDESz à chaque élection.

Un nouveau concept hongrois : la citoyenneté sans droit de vote

La loi, présentée par la Fidesz fraîchement revenue au pouvoir (le gouvernement prête d’ailleurs serment aujourd’hui même), permet à un Hongrois de souche de demander la citoyenneté à condition qu’il puisse prouver son origine hongroise et qu’il parle magyar couramment (une notion de plus à définir). Il n’aura donc pas à vivre en Hongrie pour en être citoyen, mais, dans le même temps, le droit de vote ne lui sera pas accordé de fait.

Cette mesure, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2011, faisait dire à certains qu’elle était éminemment électorale pour la FIDESz. Si cette « citoyenneté » ne regarde effectivement en aucun cas le droit de vote de fait, alors on peut penser qu’à terme, au moins en cas de rapatriement, les Hongrois de l’étranger pourront voter un jour dans leur pays d’origine. Et cela sera possible d’autant plus rapidement que les mesures d’allégement de la procédure vont sans doute se multiplier. Sans négliger la composante éminemment idéologique de cette loi (atténuer « l’injustice historique de Trianon »), l’aspect clientéliste pourrait s’avérer déterminant, car quelques deux millions de personnes sont potentiellement concernées.

Les réactions voisines : indifférence, perplexité et outrage

En Serbie, les officiels n’ont pas souhaité commenter l’actualité de la loi, mais un diplomate a tout de même laissé échappé à MTI il y a 5 jours que son pays serait bien mal placé, ayant des dispositions de citoyenneté ethnique et géographique spéciales et  (en Bosnie notamment), pour s’y opposer.

En Roumanie, c’est plutôt vers les officiels directement concernés qu’il faut se tourner. L’Union démocratique des Magyars de Roumanie (UDMR ou RMDSz en hongrois) s’est prononcée en faveur de la clarté du discours de la FIDESz dès son accession officielle au pouvoir à la majorité des deux tiers au Parlement, il y a déja un mois. Marko Béla, leader de l’UMDR, se posait alors la même question que les Hongrois de Hongrie se posent aujourd’hui : « reste à savoir quel type de citoyenneté la FIDESz a en tête« . La réponse exacte se fait donc encore attendre, bien que le droit de vote immédiat reste exclu à l’heure actuelle.

En Slovaquie, où 10% des 5,4 millions d’habitants sont des Hongrois qui vivent dans le sud du pays,  on connaît bien le problème posé par cette loi, et c’est en grande partie pour cela qu’on redoutait déjà, il y a plusieurs mois, l’arrivée massive au pouvoir de la FIDESz, avec cette promesse électorale en tête. Maintenant que c’est officiel, la validation du texte de loi a provoqué la colère du gouvernement à Bratislava, qui a immédiatement menacé de fortes mesures de rétorsion.

L’opinion publique hongroise dans le flou

Fin 2004, la droite de Viktor Orban avait subi une défaite cinglante sur un référendum qui appelait 8 millions d’électeurs à trancher sur la question. Les 25% de suffrages exprimés en faveur de l’octroi de la citoyenneté nécessaires pour valider le vote n’avaient pas été atteints et ce sont finalement les abstentionnistes qui ont tranché. Il semble qu’en 2010, même avec Orban à nouveau élu Premier ministre, l’opinion publique ne soit pas plus renseignée sur les conséquences économiques, culturelles et sociales de l’adoption de la loi aujourd’hui et de son évolution dans les mois et les années à venir.

La campagne économique des socialistes pour le « non » à l’époque, portait sur l’argument selon lequel la Hongrie telle qu’elle est aujourd’hui n’avait « pas besoin de nouvelles bouches à nourrir » (dixit Gyurcsany lui-même).

Orban tient donc aujourd’hui sa revanche en ratifiant la loi qui a une valeur, sinon électorale, hautement idéologique pour la FIDESz. La réunification de la nation hongroise (qu’elle soit théorique ou pratique) brisée par le traité de Trianon peut maintenant avoir lieu, pour le meilleur et pour le pire.

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Un commentaire

  1. Sachant que la Slovaquie et la Roumanie sont déjà intégrées en UE, les seuls Hongrois pour qui cette loi fasse vraiment une différence sont ceux de Serbie et d’Ukraine.
    Mais en voulant détourner l’attention de l’opinion publique de la crise et – peut-être un jour – récolter la manne des voix électorales des nouveaux citoyens hongrois, le gouvernement joue avec le feu. En effet, cette lois fait d’une pierre deux (mauvais) coups : il dilue la nationalité et empile le nombre des besogneux alors que les coffres ne lui permettent même pas de s’occuper des problèmes actuels du pays ; problèmes dont l’ampleur n’a même plus besoin d’être soulignée tant elle est rendue visible par les grèves, marches et protestations quasi-journalières.

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