Dossier : Tous les chemins mènent aux Roms (3/4)

L’effet papillon du fait divers de Saint-Aignan

Comme nous l’avons vu dans les articles précédents du dossier, la discrimation à l’égard des Roms n’est certainement pas une spécificité hongroise et le  » pays des Droits de l’Homme » n’est pas un Eldorado. Quand les temps sont difficiles, on a tendance à chercher des boucs-émissaires et malheureusement, cette règle s’est une nouvelle fois vérifiée cet été.

Rappel des faits. Dans la nuit du 16 juillet 2010, un jeune voleur rom se fait descendre par des gendarmes à Saint Aignan, dans le Loir-et-Cher. Le lendemain, des jeunes de sa communauté saccagent des bâtiments publics dans les environs. Dix jours après, c’est le président de la République en personne qui bombe le torse et annonçe une série de mesures coercitives à l’encontre de l’ensemble de la communauté tsigane (démantèlement de camps et expulsions manu militari des sans-papiers).

Fin juillet, suite à une réunion de crise à l’Elysée sur la “question Rom”, le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux promet que 700 Roms roumains et bulgares seront renvoyés “chez eux” d’ici la fin du mois d’août. Auparavant, Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, était déja sorti du bois en déclarant à RFI que la question des Roms devrait être « une condition » pour l’adhésion de la Roumanie à l’espace Schengen, prévu en mars 2011. Il en avait également profité pour critiquer ouvertement les Roumains de ne pas avoir su intégrer leurs propres citoyens. A cette provocation, la réponse roumaine ne s’est pas faite attendre, par l’intermédiaire de la ministre à la Justice, Catalin Predoiu. Bien que la Roumanie et la France soient tombées d’accord sur une coopération, Mme Predoiu a déclaré que cela ne voulait pas dire pour autant que la France pouvait “utiliser des bulldozers pour détruire des campements et blâmer publiquement la Roumanie”.

Le 19 août, le premier vol de rapatriement de Roms fait grand bruit dans l’opinion publique et les médias, alors que depuis le début de l’année, une vingtaine de vols de ce genre ont déja eu lieu, expulsant près de 8000 membres de la communauté, dont la plupart sont Roumains.

Quand Paris sape le « travail » de Bruxelles sur la question Rom

Depuis, la France persiste à s’enfoncer dans la démesure et la communication à outrance sur le sujet. Logiquement, les réactions internationales pleuvent : la répression de la République est critiquée par les Nations-Unies et par l’Union Européenne. Le 31 août, le ministre de l’Immigration et de l’Identité Nationale Eric Besson, accompagné de Pierre Lellouche, sont envoyés à Bruxelles pour être auditionnés par la Commission sur ces expulsions. Cet été, selon Bruxelles, l’attitude des autorités françaises a donc été à rebrousse poil des efforts des institutions communautaires pour remédier aux difficultés d’une population pourtant européenne, mais non moins stigmatisée à travers le continent.

Pourtant, le 29 juillet, un feu vert avait été donné à la France par Bruxelles, qui confirmait, comme le martèle aujourd’hui Eric besson, que ces expulsions étaient conformes au droit européen, à condition qu’elles soient décidées au cas par cas. A ce moment-là, le gouvernement français a compris que plus grand chose ne l’empêchait d’expulser les Roms de son territoire vers la Roumanie et la Bulgarie. Avec l’émeute de Saint-Aignan, il tenait enfin son alibi pour donner un grand coup de pied dans la fourmilière et débarrasser la France de ceux qu’il juge comme des « traine-savates » venus de l’Est.

Mais personne n’est dupe, en particulier la presse étrangère : cette communication sécuritaire, dans laquelle le président Sarkozy – ancien « premier flic de France » – pensait se sentir à l’aise, était bien sûr avant tout une aubaine pour le gouvernement, pour détourner l’attention de l’opinion publique du feuilleton qui secouait alors la République au début de l’été: l’affaire Woerth-Bettencourt.

Le gouvernement aurait peut-être mieux fait de s’abstenir d’instrumentaliser ce fait divers, alors que la France n’est toujours pas en conformité avec les règles européennes. Viviane Reding, commissaire en charge de la justice et des droits fondamentaux des citoyens et le Conseil de l’Europe lui a notifié le 30 juin qu’elle violait sept articles de la Charte sociale européenne concernant les gens du voyage et les Roms : création d’un nombre insuffisant d’aires d’accueil, mauvaises conditions de vie et des dysfonctionnements de ces aires, accès insuffisant au logement des gens du voyage sédentarisés, procédures d’expulsion qui peuvent être mise en œuvre la nuit ou en hiver et comporter des violences injustifiées, discriminations liées à la loi du 3 janvier 1969 notamment concernant le droit de vote, manque de moyens mis en œuvre pour lutter contre l’exclusion sociale, difficultés d’accès au logement des Roms migrants en situation régulière… Rien que ca !

Mais la France n’a pas attendu de se faire rappeler à l’ordre par l’UE. Elle violait déja également ses propres codes. Notamment la loi « Besson », datée de 2000, qui oblige toute commune de plus de 5.000 habitants à se doter d’une aire d’accueil pour les gens du voyage. A l’heure actuelle, moins de la moitié des places d’accueil prévues sur toute la France sont ouvertes.

Source :

Résolution du Conseil de l’Europe adoptée le 30 juin 2010

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Un commentaire

  1. allez dire ça aux gens qui se font cambrioler chez eux en pleine journée par des gosses, à ceux qui se font voler du matériel en tout genre quand il le laisse dehors, à ceux qui profite de la crédulité des personnes âgées (ma grand mère s’est fait extorquer 1000 euros pour une heure de nettoyage de toit), à ceux qui se font faire les poches dans le metro par des groupes de gamines qui lorsqu’elles se font attraper disent être mineurs, n’ont pas de papiers sur elles et quittent le poste de police au bout d’une heure libre comme l’air.

    Il ne sont pas tous comme cela. Il y a des faits que l’on ne peux nier, dire qu’ils sont systématiquement victimes d’une politique trop dure en occultant tous les délits que j’ai cité plus haut est manichéen, démagogique et insultant pour les personnes qui en ont été victimes et n’ont pas vu le coupable se faire juger.

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