Dossier : La Hongrie et le trafic d’êtres humains (3/3)

Interview avec Bálint Dóra, « Regional Programme Assistant » pour l’organisation inter-gouvernementale International Organization for Migration (IOM), en charge notamment de la question des nouvelles formes d’esclavage.

Qu’en est-il du trafic d’êtres humains en Hongrie ?

Bálint Dóra : Le nombre de personnes concernées par le trafic d’être humains, les trafiquants et leurs victimes, est très difficile à estimer. L’une des raisons pour lesquelles cela est si dur à estimer est que IOM n’entre en contact qu’avec une partie de ses victimes. Le bureau de Budapest ne s’occupe pas de l’assistance directe aux victimes mais adresse ces victimes à d’autres services. Grâce à notre réseau international, certaines des victimes peuvent revenir en Hongrie, après avoir été identifiées par une ONG, la police, ou quelqu’acteur que ce soit dans le pays de destination, au travers du « Projet de retour volontaire » que nous développons.

Nous avons beaucoup de contacts et de partenaires extérieurs et nous avons appris récemment que, et c’est une affaire très importante pour nous, des jeunes femmes hongroises sont exploitées grand nombre dans le commerce du sexe en Hollande. Elles sont originaires de régions de Hongrie très spécifiques, du Nord-est du pays et sont acheminées via des réseaux criminels dans le quartier rouge d’Amsterdam. Pourquoi du Nord-est ? Car, de manière évidente, c’est la partie la plus pauvre du pays.

Ce flux d’êtres humains pour l’exploitation sexuelle du Nord-est de la Hongrie vers Amsterdam continue-t-il ?

Bálint Dóra : Nous ne savons pas car bien entendu nous ne sommes informés d’un trafic que lorsque celui-ci a cessé. Mais je pense que oui, car je ne vois pas pour quelles raisons cela aurait cessé. Peut être est-ce en déclin du fait que le phénomène est maintenant connu et que la police travaille dessus.

Qui sont les trafiquants ?

Bálint Dóra : Ce peut être n’importe qui. Nous savons de par les victimes que nous rencontrons, que les trafiquants sont parfois de simples voisins de la victime, lui proposant une offre d’emploi. D’autres fois, ce sont des membres même de sa famille.

Concernant l’affaire de Hamilton au Canada ?

Bálint Dóra : L’attention doit se porter de plus en plus vers ces autres formes de trafic d’êtres humains, car nous nous attendons à ce qu’elles prennent de l’ampleur à l’avenir. Beaucoup de ces trafics sont internes à la Hongrie et les personnes exploitées ne quittent jamais le pays. Cela fonctionne exactement de la même manière que le trafic international : Des personnes vulnérables de régions pauvres sont attirées par des offres d’emplois vers d’autres régions où ils sont forcés à travailler. Je pense que ce trafic vers le Canada mis en lumière récemment indique que le travail forcé est un phénomène qui prend également de l’ampleur.

Le trafic d’êtres humains en provenance de la Hongrie est-il en augmentation ?

Bálint Dóra : Encore une fois, c’est un phénomène difficilement mesurable mais mon sentiment est qu’il est en augmentation. Je base cette impression sur le nombre plus élevé de victimes secourues et sur les travaux de nos nombreux partenaires dans la lutte contre le trafic d’êtres humains.

Dana Graber Ladek (« Head of regional support unit ») : Il y a des spéculations sur le fait que la crise économique et l’augmentation du chômage en Hongrie contribuent à renforcer le phénomène. Mais il est encore trop tôt pour le dire avec certitude et peut-être ne le saurons-nous jamais car il s’agit de quelque chose de vraiment caché.

Bálint Dora : Combien de temps cela va-t-il augmenter, personne ne peut le dire, mais il me semble évident que les causes sont purement économiques, l’augmentation du travail forcé le montre. Il y a encore quelques années, la Hongrie était considérée, comme beaucoup de pays, comme un pays de destination et d’origine pour les trafiquants, mais surtout comme un pays de transit vers l’Europe de l’Ouest. Désormais je ne suis pas sûr qu’on puisse encore le considérer comme tel. Je pense que la Hongrie est devenue, avant-tout, un pays d’origine pour les êtres humains trafiqués.

Pour plus d’informations :

International Organization for Migration

http://www.iom.hu/

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Un commentaire

  1. « pour les êtres humains trafiqués »
    un peu de genetique par dessus le probleme ? :o)

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